LES MOKENS, LES GITANS DE LA MER

GITANS DE LA MER RAWAI PHUKET

 LE VILLAGE GYPSY DE RAWAI, À PHUKET

Les premiers habitants de Rawai furent assurément les chaoleys (gitans de la mer), installés durant la seconde guerre mondiale. Les thaïlandais et les chinois ont longtemps privilégié la ville de Phuket et ignoré le sud de l'île. Pourtant ces dernières années, le gouvernement a souvent évoqué une possible expulsion des chaoleys et leur avenir demeure incertain; Leur terrain en bord de mer attise les convoitises des promoteurs non-scrupuleux. C'est sous-estimer cette peuplade Moken qui, si elle était chassée de son village pourrait répondre à l'injustice, extrêmement violemment...


  QUI SONT LES GITANS DE LA MER ?

VILLAGE DES GITANS DE LA MER RAWAI PHUKET

En Thaïlande, on dénombre trois principaux groupes de "gitans de la mer", les Mokens, les Moklens et les Urak Lawoi. Surnommés chaoley (Chao : gens - Ley, diminutif de thale : mer) par les thaïlandais.
Ils sont experts en natation, plongée, apnée et pêche d'où les autres dénominations ”gypsies, hommes de la mer”.
Les Mokens, aujourd'hui, restent un peuple traditionnellement nomade, comme leurs ancêtres, ils vont de criques en criques, y restant le temps de profiter des poissons et des ressources de l'endroit mais repartent ensuite afin de laisser la nature rétablir la balance écologique. Il est très difficile de suivre la trace de leur style de vie historique et culturel car ils ne possèdent aucune langue écrite. On rapporte seulement que leur origine se trouverait sur les îles Andaman et Nicobar entre l'Inde et la Birmanie. Ils sont généralement installés dans les îles du nord de Phuket et dans la province de Phang Nga.
Les Urak Lawoi et les Moklens, eux se sont installés sur les côtes. Trois villages de Gitans de la mer sont campés sur Phuket. L'un à Rawai semble être le plus ancien (probablement débarqué durant la seconde guerre mondiale). Un autre à Sapam Coast à 8 km au nord de la ville de Phuket, et le troisième sur l'île Siray accessible au départ de Phuket town.

Leur façon de vivre a rapidement changé ces dernières années, mais en voyant leurs sourires, tout laisse à croire qu' ils ont conservé une joie de vivre inaltérable. Ils parlent leur propre langue proche du malais mais influencée par le thaï. Ils suivent leur propre croyance animiste qui attribue une âme aux animaux, aux choses, etc...
La légende dit qu'une femme chaoley fut changée en tortue de mer à tête humaine. Depuis, les gitans de la mer associent les tortues à des soeurs du genre humain et leurs consacrent une cérémonie pendant laquelle ils ont le droit de les pêcher et les manger...
Dans leur vie quotidienne, ils pratiquent encore couramment le troc. Mais vu le flux touristique incessant, une micro-économie s'est récemment développée : Marchés aux poissons et coquillages, restaurants, commerces de souvenirs et transports en long-tail vers les îles voisines.
Quand vous visiterez ces villages vous pourrez découvrir les qualités indéracinables de cette ancienne culture : Insouciance, liberté, couleurs, hospitalité et faible criminalité.

NOMADE DE LA MER A PHUKET

  ENTRE OUBLI ET EXCLUSION...

JEUNE MOKEN A RAWAI PHUKET

Malgré leur exposition, les victimes moklens du tsunami de décembre 2004 ont été peu nombreuses. Leur savoir traditionnel les a épargnés. La fureur apaisée, la vie aurait pu reprendre comme avant, entre oubli et exclusion, mais libre de ses mouvements. C'était compter sans la seconde vague – la vague humanitaire.
Cette ethnie, qui vivait aux marges des lois de la globalisation et de la pensée néolibérale, n'a eu d'autre choix que de se plier à la volonté d'acteurs humanitaires animés par des stratégies ignorant les réalités locales complexes.

Lors d'un récent meeting entre membres du gouvernement et représentants de la communauté chaoley, de nombreux problèmes ont été évoqués. Le représentant de Rawai Sanit Saechua estimait sur les côtes Andaman, en Thaïlande, les 12,000 gypsies séparés dans plus de 30 groupes différents. Il déclarait qu' en dépit de la publicité accordée à leur style de vie différent lors du désastre de 2004, ils vivaient encore comme des citoyens de seconde classe et ne bénéficiaient pas des même droits et avantages que les citoyens thaïlandais. L'absence de droit de propriété sur les terres est le principal problème. La plupart de ces populations sont basées sur les côtes et n'ont pas de titres de propriété. Certains de leurs villages sont répertoriés d'autres non. Yupa Chaonam de la communauté de Phi Phi Island, expliquait lui, qu'ils n'étaient pas autorisés à construire ou entreprendre le moindre projet. Mr Sanit déplorait également que 30% des gypsies vivant sur le territoire thaïlandais ne possèdent pas de carte nationale d'identité. Ils n'ont donc pas accès aux services publics, notamment la santé. De plus, ils ne peuvent pas voyager sans être considérés comme des étrangers en situation illégale, ils sont donc emprisonnés lors des contrôles policiers et douaniers. Le gouvernement thaïlandais assure qu'il met tout en oeuvre pour résoudre ces problèmes en instaurant des mesures spécifiques permettant de protéger la culture traditionnelle de la minorité gypsie face à la politique touristique menée.

Affaire à suivre donc, en souhaitant que les droits de ces petits villages soient respectés pour éviter leur disparition.

CHASSEUR MOKEN PHUKET
CHASSEUR MOKEN PHUKET

CREDIT PHOTOS : Christophe Entem, Guillaume Cloup.