TOUTES LES INTERVIEWS

Une page devenue obsolète depuis la prolifération des interviews sur youtube. Nos amis influenceurs s'efforcent de respecter les exigences de l'algorithme et interrogent n'importe quel clampin sous prétexte de publier au moins une fois par semaine. Cette tendance ne nous encourage pas à développer notre rubrique.
AEROPORT DE SUVARNABHUMI (BANGKOK)
Pourtant, nous nous efforcions de dénicher des personnages qui avaient quelque chose d'intéressant à dire ou à partager. Voici les principaux entretiens réalisés depuis la création du guide de Phuket, rawai.fr. Sont interviewés, le guide français de Siam Evasion : Thierry Costes, l'expatrié breton : Paul Pinson, retraité à Phuket depuis 10 ans, l'ancien militaire américain engagé à Korat en 1966 : John "Fes" Cannady, la directrice française de Latitudes Magazine : Caroline Laleta Ballini, le fondateur de Gope Editions : David Magliocco, et votre serviteur : Christophe Entem, interrogé par Paul Pinson. 

THIERRY COSTES

THIERRY COSTES PHUKET

Thierry Costes créateur de Siam Evasion. Excursions et circuits en baie de Phang Nga, à Phuket...

L'INTERVIEW DE THIERRY

CAROLINE LALETA BALLINI

CAROLINE LALETA BALLINI

Caroline Laleta Ballini, ex-rédactrice de Paris Phuket et directrice du magazine Latitudes...

VOIR L'INTERVIEW DE CARO

DAVID MAGLIOCCO

DAVID MAGLIOCCO

David Magliocco, créateur de Gope éditions. Label spécialisé sur l'Asie du Sud-Est.

VOIR L'INTERVIEW DE DAVID

PAUL PINSON

PAUL PINSON INTERVIEW

Paul Pinson, expatrié à Phuket et collaborateur au courrier des lecteurs de  Rawai.fr...

VOIR L'INTERVIEW DE PAUL

JOHN CANNADY

JOHN CANNADY

John Cannady, militaire à Korat en 1966. Préparateur d'armes et photographe amateur...

VOIR L'INTERVIEW DE JOHN

CHRISTOPHE ENTEM

CHRISTOPHE ENTEM

Christophe Entem, créateur et webmaster de Rawai.fr, le guide francophone de Phuket...

VOIR L'INTERVIEW DE TETEN

JACQUES FACIAL

UN ECCLESIASTIQUE FRANCAIS A PHUKET

L'Abbé Jacques Facial nous explique ses fonctions sur l'île de Phuket. Un ecclésiastique hors normes...

VOIR L'INTERVIEW DE L'ABBÉ


ENTRETIEN AVEC THIERRY COSTES DE SIAM EVASION

THIERRY COSTES SIAM EVASION
Originaire de la région toulousaine, Thierry Costes a fondé sa compagnie Siam evasion en 2004. Il propose des circuits accompagnés dans la région de Phuket. Thierry nous détaille son parcours et nous fait partager son expérience au cours de cette entrevue.

 L'INTERVIEW

Pas moyen d'obtenir de rendez-vous avec Thierry, avant 19h00... En haute saison, ses journées sont interminables, debout à l'aube pour éviter les embouteillages et prendre en charge ses clients à l'hôtel, puis découvrir toute la journée les plus beaux sites de la région... Quelle que soit l'heure de la journée, les neurones de ce personnage hyperactif sont en perpétuelle effervescence ! La soirée promet quelques débats animés autour d'une bonne bouteille puisque le responsable fondateur de Siam Evasion, m'invite au restaurant français "La Cabane", pour cette interview. J'ai déjà quelques Pastis dans le nez quand Sa Majesté décide de m'honorer de sa présence... En fin de repas, enfin rassasié et légèrement ivre, il m'autorise à sortir mon dictaphone.

-Rawai.fr : Quand et comment vous est venu ce projet de créer cette entreprise de visites guidées dans la région de Phuket, et quelles ont été vos principales motivations ?

-Thierry : J’ai créé Siam Evasion quatre jours avant le tsunami en 2004 mais je n’ai pu conclure, tsunami oblige. J’ai donc finaliser la création de Siam Evasion un an et demi plus tard lorsque les touristes sont revenus sur Phuket.
En fait, ma fille Nina est née en 2004 et je me devais de trouver un business pour générer quelques revenus et ainsi nourrir les miens.
Je trouvais le monde des excursions pathétique sur Phuket alors que c’est la première place balnéaire d’Asie. Seule l’industrie du tourisme est reine sur cette ile et les guides n’ont aucune formation digne de ce nom pour en apprendre vraiment sur ce pays à leurs clients. Il était tant que cela change. C’est pourquoi j’ai crée Siam Evasion afin de donner enfin un service de qualité.
Douze ans après, j’ai l’impression d’être encore le seul à œuvrer à contre-courant de l’industrie de masse et offrir à mes clients les plus beaux sites tout en leur donnant la clé pour comprendre cette singulière culture thaïe. En une seule journée lors d’une excursion avec Siam Evasion, ils en savent davantage sur ce peuple et ce royaume que bien des expatriés qui vivent ici depuis pourtant longtemps, sans plaisanter.

-Rawai.fr : Depuis combien de temps êtes-vous installé à Phuket ?

-Thierry : Je suis venu à Phuket il y a presque vingt ans déjà. Je suis tombé amoureux de ce pays. Puis, j’ai rencontré une fille issue d’une famille séculaire de Phuket avec qui j’ai composé un triangle œdipien, la mère de ma fille. Une histoire banale en somme. Sauf que je n’avais jamais vu de toute ma vie une fille aussi jolie et plus encore, même si les filles sont jolies partout en ce monde.

-Rawai.fr : Pourquoi avoir choisi la Thaïlande et plus précisément l'île de Phuket ?

-Thierry : Je suis venu ici, à Phuket, pour faire des recherches historiques pour écrire un livre sur les deux ambassades envoyées par Louis XIV au Royaume de Siam fin XVIIème siècle mais je n’ai jamais publié le livre.

-Rawai.fr : Quelle fûrent les difficultés majeures rencontrées, pour monter cette compagnie ?

-Thierry : Les difficultés furent multiples et cela nécessite un coût. N’oubliez pas que je suis un littéraire et que thésauriser n’est pas ma faculté première. De plus, il ne suffit pas de créer une société d’excursion pour avoir des clients, c’est toute la difficulté d’une telle aventure.

-Rawai.fr : Combien de temps avez-vous bouffé de la vache enragée avant de connaître ce succès ?

-Thierry : Malgré tout, j’ai eu la chance que le Club Med signe un contrat dès les débuts avec Siam Evasion. Grace à ce contrat, j’ai pu immédiatement bosser. Puis d’autres hôtels m’ont contacté tels The Slate, Novotel et j’en passe. J’ai donc pu avoir de nombreux clients sans attendre et ce fut un succès. A croire que ce nouveau concept d’excursion séduisait tout ce monde.

-Rawai.fr : Sur votre site et sur les réseaux sociaux, vous vantez les qualités uniques et originales de vos circuits, expliquez-nous ce qui différencie vos excursions de celles des autres tour operators.

-Thierry : Non seulement lors d’une excursion, nous nous devons de montrer les plus beaux sites et panoramas à nos clients. Il nous faut aussi les contenter quant à leur curiosité légitime de ce pays visité. Les touristes sont avides d’en connaître davantage sur la Thaïlande et je les comprends aisément.
C’est notre challenge à Siam Evasion, les satisfaire au-delà de leurs espérances. Je m’y emploie au quotidien depuis toujours avec les guides thaïs qui nous accompagnent et que je forme en chemin au vrai métier de guide.
Je suis content de voir revenir mes clients du jour avec toutes les clés pour leur faire apprécier ce pays que j’aime tant. Sans arrogance aucune, ils reviennent émerveillés et c’est tant mieux.

-Rawai.fr : Quels sont selon vous, les sites incontournables que les voyageurs se doivent de visiter ?

-Thierry : Étrangement, les sociétés d’excursions sur Phuket ne choisissent pas toujours les plus beaux sites. Elles pensent trop au business et se retrouvent toutes sur les mêmes sites au même moment, l’heure la pire.
Peut-être passent-elles des contrats avec les commerçants sur place pour ainsi toucher des commissions sur les sommes dépensées par leurs clients ? Peut-être manquent-elles d’originalité dans leurs excursions sachant que le monde entier vient à Phuket et que les clients seront toujours plus nombreux ? Je ne saurais dire.
Quant aux sites incontournables, je resterai muet sur le sujet afin de ne point me faire copier. Il est hors de question que je livre ici tous mes secrets. Je préfère réserver à mes clients ce privilège.

-Rawai.fr : Pouvez-vous nous parler en avant première, de votre récente expérience avec la chaîne de télévision Arte ou préférez-vous rester discret ? On susurre également en coulisse, que vous auriez d'autres projets avec la chaîne ?

-Thierry : Je viens en effet de réaliser avec eux leur dernier reportage sur La Thaïlande à leur demande. Ce fut un réel plaisir de travailler avec Arte, cette chaîne ne se suffit aucunement de reportages moyens et leurs journalistes sont très pointus. Je n’en dis pas davantage, vous verrez tous ce documentaire dès le mois de juin prochain sur vos écrans.
La réalisatrice, Marisa Cattini, est une fille qui surfe sur l’élément culturel, elle ne se suffit pas d’informations lambda, elle assure grave. Le cameraman venu avec elle, un pro de chez pro, fait partie du panthéon dans le genre au vu de ses multiples documentaires réalisés, du très lourd !
Quant à la suite, il est trop tôt pour en parler. Néanmoins, il est possible qu’un nouveau documentaire se fasse ici bientôt mais je ne vous en dirai le thème. Un thème majeur, sachez-le, si jamais…

-Rawai.fr : Vous pouvez nous en dire davantage sur le thème du reportage ?

-Thierry : Oui, bien-sûr. En fait, le sujet du documentaire est sur Alex Garland, l’auteur de ce fameux roman « La plage (The Beach) » qui fut adapté au cinéma par Hollywood et qui connut le succès que l’on sait avec Di Caprio. 

L’équipe d’Arte revenait donc sur les pas de cet écrivain dans le sud thaïlandais. Alex Garland, issu d’une bonne famille de la middle-class anglaise, se destinait à être, tel son père, un dessinateur commentant l’actualité tel que Plantu le fait en France aujourd’hui pour ne vous donner qu’un exemple. Sauf que son voyage en Thaïlande, dès sa première année de fac, bouleversa ses plans. C’est ainsi qu’il se mit à rédiger ce roman et devint finalement écrivain. La Thaïlande est un pays tellement inouï que je peux comprendre ce changement soudain dans le cours de sa vie, il en fut de même pour moi dans mon existence mais dans une plus modeste mesure. 

Il eut la chance qu’Hollywood fut séduit par ce scénario, il vendit 200 000 exemplaires de son livre et toucha une somme considérable pour le film ce qui lui permit de continuer à écrire. Son second roman « Tesseract » fut également adapté au cinéma dans un film de Oxide Pang Chun. En 2004, il publia « Le Coma » dans un genre fantastique, un roman qui prend naissance aux Philippines, encore le sud-est asiatique. Bref, dès son premier voyage en Thaïlande, son existence fut bouleversée et sa vie fut toute autre que celle qu’il avait imaginée jusqu’alors. Faut croire que tout séjour dans ce royaume libère des énergies nouvelles. 

Avec Arte, à travers ce mini reportage, nous avons donc tenté de revenir sur son itinéraire et toucher quelque peu à l’essence de cette contrée insolite comme aucune autre. J’espère que nous aurons réussi ce challenge. L’émission du 5 juin à 16h30 sur cette chaîne nous l’apprendra mais je n’en doute pas malgré le peu de temps que nous avons passé sur ce sujet. 

Lors de ce reportage, je les emmène sur un site inconnu et pourtant majeur, un ermitage bouddhique ancien oublié depuis un siècle déjà entre jungle et concrétions calcaires, un site étonnant que j’ai découvert il y a trois ans, un musée encore vivant composé de multiples statues d’argile à couper le souffle, un univers insolite représentant l’enfer dans l’école indienne du bouddhisme dont la Thaïlande est le pays-phare. Vous verrez, ce site est ô combien saisissant, on prend une claque lors de cette visite, on reste muet devant ce spectacle dantesque. Un must !... Je pense que l’équipe d’Arte a été impressionnée durant cet épisode, comment ne pas l’être ? Du très lourd, croyez-moi, je pèse mes mots. 

Toujours est-il que ce fut sympa de faire ce documentaire. Nous avons beaucoup ri ensemble tout en échangeant des propos culturellement majeurs qui n’apparaîtront vraisemblablement pas dans le reportage. 

Évidemment, nous avons fini notre rencontre sur une note épicurienne, nous nous sommes quittés sur un dîner bien arrosé au Blue Elephant à Phuket-Ville juste après nos pérégrinations hautes en couleur de la journée afin de clôturer ce documentaire sur un océan de dièses. 

Nous restons en contact depuis et – qui sait ? – peut-être de nouvelles aventures naîtront ensemble lors d’un prochain reportage, il y a tant à dire encore sur cette Thaïlande où je vis aujourd’hui depuis si longtemps et que j’aime tant.

-Rawai.fr : De nombreux jeunes occidentaux pensent qu'il est simple de s'installer et monter sa propre boîte en Thaïlande... Est-ce vrai ? Et si oui, quels seraient vos conseils pour réussir un business ici ?

-Thierry : À dire vrai, je pense que c’est tout sauf facile de créer un business à Phuket aujourd’hui comme hier. Le monde entier est sur le créneau et les places sont chères. A moins d’avoir une idée géante. Ceci dit, j’ai appris en chemin que rien n’est impossible.

-Rawai.fr : Quelle est votre plage préférée à Phuket ?

-Thierry : Quand je suis arrivé ici, ma plage préférée était Nai Harn Beach, un rêve. Mais très franchement, je n’y vais plus depuis des années, c’est obsolète. Un monde fou la fréquente désormais. S’il me fallait faire un choix, j’élirais Hat Sai Kaew, la plage aux tortues-luth dans les confins nord de l’ile de Phuket. Elle est ignorée de tous, le seul rivage oublié, un espace immense s’offre au promeneur amoureux de la Mer Andaman. Oui, c’est cette plage que j’aime entre toutes sur Phuket aujourd’hui.

-Rawai.fr : Quelle est votre île favorite dans la région ?

-Thierry : Je ne saurais répondre tellement les îles autour de Phuket sont envahies par l’industrie de masse. Des milliers de speed boat quittent Phuket au quotidien et emmènent le monde entier à la découverte des îles. Je crois bien que les seuls sites majeurs sont continentaux dans le sud thaïlandais qui recèle encore de lieux non-visités à couper le souffle sans touriste aucun pour gâcher l’atmosphère. Le sud thaïlandais, version continentale, nous offre les plus beaux sites du royaume, soyez en certain.

-Rawai.fr : Quels sont vos bars préférés à Phuket ?

-Thierry : Je ne vais jamais dans aucun bar. Les potes viennent boire l’apéro chez moi sachant que je me lève tôt et m’endors tôt. Faut dire que, malgré le boulot, je reviens dans ma demeure avec un seul credo, continuer à écrire sur mon pupitre. Des crêtes mélancoliques m’envahissent dès le crépuscule et je n’ai que mon alchimie verbale pour exprimer mon spleen. Mes billets d’humeur sur votre site web en sont un modeste exemple.

-Rawai.fr : Quels sont vos restaurants favoris à Phuket ?

-Thierry : Par contre, j’adore les restaurants, j’y dilapide l’essentiel de mon budget et adore m’oublier des heures sous le firmament au bord du rivage. Je n’en citerai aucun, ils n’ont pas besoin de moi pour un élan publicitaire. Si je vous donne les noms, il est évident que demain une foule s’y pressera et je ne pourrai plus ainsi rêver peinard sur la table d’Épicure au chant des grillons. Je garde donc ces quelques adresses au secret.

-Rawai.fr :  Merci Thierry de nous avoir consacré un peu de votre temps, de nous avoir fait profiter de votre expérience.

-Thierry : Merci à vous de m'accueillir sur votre site !

Je vois bien que Thierry est insatiable, aussi je l'invite à venir boire à la maison, un Calvados 10 ans d'âge... 

INTERVIEW DE CAROLINE LALETA BALLINI

Magazine paris-phuket

PARIS PHUKET : LE MAGAZINE DES CULTURES FRANCO-THAÏES

L'équipe de rawai.fr a été séduite dès le premier numéro du PARIS PHUKET et a récemment choisit de diffuser le magazine sur une page du site, afin d'en offrir la lecture à nos internautes. Aussi, pour marquer ce nouvel événement, nous vous présentons une interview de la créatrice et rédactrice en chef du mensuel, Caroline Laleta Ballini, une parisienne exilée à Phuket et amoureuse de Rawai. Caroline nous en dit plus sur son formidable parcours professionnel, elle nous dévoile aussi les contraintes et les joies de ce nouveau challenge dont la réussite se confirme de mois en mois.

CAROLINE LALETA BALLINI, DIRECTRICE DE PUBLICATION

CAROLINE LALETA BALLINI

- Rawai.fr : En quelques mots pouvez-vous nous rappeler les principales étapes de votre parcours professionnel en France et en Thaïlande ?
- Caroline :  J'ai démarré comme assistante de pub pour France Dimanche lorsque j'avais 18 ans, mon Bac en poche et après une année universitaire ennuyeuse en Langues Étrangères. Je suis devenue chef de pub pour Le Figaro et Canal +. Mon père, journaliste, concepteur-rédacteur puis éditeur de livres anciens et de monnaies et médailles par correspondance, avait le rêve de lancer un magazine. J'avais 20 ans, et il m'a proposé de créer un magazine de bandes dessinées, alors que je n'y connaissais pas grand-chose en dehors de Tintin. Nous avons créé ensemble BD Magazine en 1985 et j'ai beaucoup appris avec lui. C'était une bête de travail qui exigeait de moi le même investissement que le sien, total. Nous avons travaillé ensemble plus de 2 ans et j'ai vécu une expérience formidable : arriver seule à Angoulême avec ma maquette sous le bras, pour négocier avec tous les éditeurs de bandes dessinées qu'ils nous fournissent leur contenu tous les mois, dont des pages extraites de leurs albums... Sur 38 éditeurs, j'en ai eu 37. Seul Casterman n'a pas joué le jeu.
C'était un véritable challenge pour moi et même si j'ai encore vendu de la pub par la suite, je savais pertinemment que la vente n'était pas trop mon truc. Trop de scrupules. Le jour où Thérèse Declerck, ma directrice de pub au Figaro quotidien m'a proposé de créer le studio de création de France Soir, qui lançait ses éditions régionales, ça a été la chance de ma vie, surtout de sortir de la vente et de rentrer enfin dans la création. Les 2 chefs de pubs au lancement sont passées à 40 au bout de 3 mois et avec mon assistante, nous réalisions toutes les annonces publicitaires insérées dans le journal. Je rappelle qu'à cette époque, nous étions toujours en traditionnel, sans ordinateur, mais avec simplement des livres de typos, des crayons et beaucoup d'imagination. Chaque jour nous demandions des centaines de lignes de textes, de petits dessins, à des boites de photocomposition et nous devions attendre 24h pour voir le résultat et recevoir nos petits bromures de textes, que nous collions enfin sur les pages de France Soir avec les ouvriers du Livre. Une superbe école néanmoins. Une année d'encarts publicitaires de toutes tailles, soit des centaines d'annonces toujours à faire pour le lendemain.
Après cela, la troisième personne qui m'a donné ma chance fut Thierry Frébourg, dans son groupe de presse musicale : 4 magazines à sortir par mois, nous étions 3 à la maquette. On m'a offert un salaire plus important que celui que j'avais demandé, mais à la seule condition d'apprendre à me servir d'un ordinateur et des logiciels de PAO, en 3 jours et 3 nuits. La découverte de cet outil a été révolutionnaire et une révélation pour moi. Plus besoin d'attendre 24h pour recevoir mes bouts de textes, en 2 secondes je les avais directement. Un gain de temps extraordinaire. Je connaissais les fontes, les corps de texte par cœur et j'avais enfin la possibilité de voir le résultat directement et immédiatement. De surcroit, la presse est un vrai travail d'équipe, un bouillonnement d'idées qui fusent du matin au soir, a fortiori pour 4 magazines de musique avec tous les avantages autour : concerts à gogo, début des CDs, qui pleuvaient dans nos bureaux, bancs d'essai de matos de son à tester… le directeur artistique est parti au bout d'un an, et le boss m'a nommée directrice artistique. Nous avons créé 2 nouveaux magazines : CD Mag et Home Studio : 5 années de rêve total avec un travail qui me passionnait tous les jours. Le groupe a fini par intégrer des investisseurs qui ont mis dehors toute l'équipe d'une façon honteuse…
Gaston, mon ex-directeur artistique venait de créer Infomatin, le quotidien de Rousselet avec Edwy Plenel, premier dans son genre tout en couleur et de petit format. Gaston est parti et m'a laissé la place pour tenir les rênes artistiques du quotidien et la responsabilité de 8 maquettistes, pendant 1 an, jusqu'à la disparition du journal.
J'ai ensuite travaillé dans quelques magazines spécialisés, fait des brochures à droite à gauche et surtout je suis rentrée dans une boite de photocomposition pour travailler la nuit sur les grosses charrettes de l'énorme agence de publicité Ogilvy & Mather. Au bout de 6 mois, ils m'ont dépêché au sein de l'agence de pub à Paris. Puis au bout d'un an, Ogilvy a proposé de m'intégrer comme salarié. J'ai passé 8 ans dans l'agence comme chef de studio et directrice artistique sur des projets d'édition et 6 ans sur le budget IBM Europe et IBM France. Dans le studio nous étions une douzaine, dont 3 salariés. Les autres étaient des créateurs et maquettistes free-lance, tous avec leurs spécialités. Une super équipe dans un super bureau, une bonne ambiance, un échange de connaissances constant, de trucs, de raccourcis clavier et ce pendant 6 ans. Puis le studio a été restructuré et les uns et les autres sont partis vivre leur vie. C'est à ce moment-là que je me suis mise à ne travailler que sur des projets d'édition de A à Z, mais toujours pour le compte de l'agence. Beaucoup de brochures, pour la Fnac, HEC, 9 Telecom, Eurodisney, Paribas, etc. dont je gérais l'intégralité, de la création à l'impression, seule. C'est à cette époque que j'ai commencé à travailler 15 à 18 heures par jour. Mais ma santé à joué de moi. 10 ans de névralgies faciales insoutenables qui m'ont fait quitter la France définitivement pour essayer de trouver un équilibre loin du stress de Paris. Je rappelle que je suis une vraie Parisienne. Je venais déjà depuis mes 18 ans régulièrement en Thaïlande en vacances et j'ai voulu prendre une année sabbatique après un bilan de compétences qui m'a poussé à travailler à mon compte sur un projet personnel.

- Rawai.fr : Pourquoi s'installer à Phuket ? En quelle année ? Pourquoi précisément Rawai ?
- Caroline :  J'ai atterri tout d'abord à Koh Phang Ngan où j'ai vécu avec mon conjoint thaï 3 années sabbatiques géniales et ma grossesse. Mon père est décédé à ce moment-là. Une page était tournée, ce pays me comblait. Ma fille grandissait, s'épanouissait et je me délectais.
Mais les finances ont finalement mis un terme à la trêve et nous avons décidé de nous installer à Phuket pour trouver du travail. Une amie du père de ma fille nous a fait visiter une petite maison à Rawai et nous avons déménagé sur le champ. C'était en décembre 2005. Mais nous ne connaissions personne. De petits boulots en petits boulots, j'ai commencé à écrire dans Gavroche, une page mensuelle sur Phuket. J'ai refait le concept de leur maquette à l'occasion de leur numéro anniversaire des 15 ans, puis j'ai monté mon propre studio de création. J'ai réalisé des tas de brochures et de posters, distribué Gavroche sur l'île, enregistré des livres audio pendant 1 an, tout en continuant ma passion en tant que DJ et tout en faisant des collages (une autre de mes passions). Après j'ai tenté une expérience comme directrice du marketing et directrice artistique au Novotel Phuket Resort, mais les contraintes d'emploi du temps entre ma fille et l'hôtel m'ont ramenée à l'indépendance et continuer à gérer d'autres projets plus personnels

- Rawai.fr : Comment a germé cette idée de créer le magazine PARIS PHUKET ? Quels ont été les soucis majeurs rencontrés au tout début de l'aventure ?
- Caroline :  Un jour, Long, la femme de Denis Rochel de l'Alliance française de Phuket m'a demandé pourquoi je ne créerais pas un magazine à Phuket, puisque j'avais de l'expérience dans ce domaine. Bien sûr, j'en aurai rêvé, mais n'avais aucun budget pour un tel projet. Je savais que je pourrais gérer la création, la direction artistique et la pub au début, mais il fallait quelqu'un pour gérer la rédaction. Après une première association qui n'a pas abouti, j'ai réuni une équipe de 4 personnes, qui sont toujours près de moi en ce moment. Oye (Montri Thipsak) mon compagnon de vie, pour toute la partie du magazine en thaï, Laëtitia Botrel, mon assistante qui m'a accompagné pour tout depuis le début et qui est devenue aussi ma maquettiste, Christophe Chommeloux, mon rédacteur en chef exécutif, basé essentiellement à Nantes, avec qui j'ai travaillé préalablement pendant une dizaine d'années à Paris et qui écrit une partie des textes, corrige, réécrit et habille tous les papiers et donne les “bons à tirer”, et mon ami Régis Roué, chef de rubriques et co-directeur artistique, qui est à mes côtés depuis le début. Nous sommes une table à 5 pieds. Nous avons démarré avec rien, une maquette sous le bras, comme 25 ans auparavant à Angoulême. Laëtitia et moi avons démarché les annonceurs que je connaissais en priorité pour lancer ce magazine gratuit. Nous avons commencé à travailler sur le projet en août 2011, avons sorti le premier numéro du Paris Phuket en décembre 2011 et nous travaillons aujourd'hui sur le numéro 18 du mois de juin 2013. Nous avons reçu de l'aide de différentes personnes depuis le mois de juin 2012, investisseurs et nouveaux collaborateurs, dont mes vendeurs.
Même si il y a eu des moments difficiles, nous sommes tous amis et le parfum du Paris Phuket reflète parfaitement ce petit noyau d'amis que nous sommes. Parfois c'est difficile, car je fais aussi office de directrice des ressources humaines. Depuis un an et demi chacun a eu ses hauts et ses bas, ses crises existentielles, ses doutes, ses cris et ses pleurs. Mais nous sommes toujours là même si nous n'avons toujours pas atteint l'équilibre. Nous avons besoin de plus d'annonceurs pour pouvoir couvrir les frais d'impression, de distribution et de salaires. Si nous voulons pouvoir continuer à produire un tel magazine gratuit tous les mois, il faut qu'il s'autofinance à très court terme. L'investissement personnel des protagonistes depuis des mois, mérite que chacun reçoive maintenant un salaire pour continuer à donner le maximum tous les mois tout en vivant normalement.

paris-phuket staff

- Rawai.fr : À combien d'exemplaires publiez-vous le magazine aujourd'hui et rappelons à nos internautes où ils peuvent se le procurer ?
- Caroline :  Le magazine est imprimé à 5000 exemplaires et ces derniers mois pendant la haute saison à 6000 exemplaires, répartis dans plus de 300 spots à Phuket, plus 500 exemplaires qui partent à Bangkok, une centaine à Pattaya et quelques exemplaires à Chiang Mai, Chiang Rai et Koh Phangan. Nous aimerions en imprimer davantage et étendre encore notre distribution, mais pour cela il nous faut davantage d'annonceurs. On peut toutefois consulter le magazine en ligne sur http://issuu.com/leparisphuket

- Rawai.fr : Déjà plus d'un an depuis la sortie du premier numéro de PARIS PHUKET, on imagine que les rouages de la machine sont bien huilés, une confiance a dû s'installer au sein du groupe rédactionnel avec l'accueil très chaleureux des lecteurs, pourtant les doutes et la pression ne sont-ils pas les mêmes avant chaque bouclage ?
- Caroline :  Le succès du magazine et l'accueil ont été tel que ce projet, peut être un peu trop ambitieux pour Phuket, nous a donné la fureur de vaincre. Le magazine regorge des coups de cœur de chacun que je mixe pour en faire un tout. Des jours sans fin et des nuits blanches, des angoisses de ne pas y arriver, de longs mois sans être payés, mais toujours cette volonté de continuer pour offrir un produit de qualité. De nouvelles idées, de nombreux sujets qui nous sont proposés, et tous les mois ce challenge de 4 petites semaines pour tout faire et la course pour trouver les fonds nécessaires.

CAROLINE LALETA BALLINI PARIS-PHUKET

- Rawai.fr : À l'exemple de nombreux websites sur la Thaïlande, ne craignez vous pas, au fil du temps, de finir par manquer de sujets et tomber dans une certaine routine ?
- Caroline :  Ce ne sont pas les sujets qui manquent. Jusqu'à présent le contenu n'a jamais posé de problèmes. Beaucoup de personnes extérieures participent au projet du Paris Phuket et proposent des sujets et beaucoup de photos. Et comment pourrait-on résumer le royaume du Siam en 1 an et demi. Il y a des tonnes de sujets à traiter sur la Thaïlande, l'Asie du Sud-Est et nos contrées francophones. Le temps pour réaliser le magazine est plus un problème, car nous devons également gérer la publicité sans quoi nous ne pourrions continuer. De plus, de nombreuses rubriques, comme la mode, l'agenda, la vie à Phuket, l'économie, la high-tech, le cinéma ou la musique suivent une actualité qui se renouvelle constamment.

- Rawai.fr : Publier le magazine sur ISSU est certes bien apprécié des lecteurs qui ne sont pas en Thaïlande mais quand trouvera-t-on le propre site du PARIS PHUKET sur la toile ?
- Caroline : Pour cela il faut concevoir le site et l'alimenter tous les jours, et c'est un gros travail si l'on veut qu'il soit vivant et non un copié-collé de la version papier. Nous n'avons pas le temps de nous y consacrer pour le moment. Les semaines passent très très vite et le magazine papier demande une énorme charge de travail. Nous avions entrepris le début du site avec un amoureux du Paris Phuket, mais de sérieux ennuis de santé l'ont contraint à interrompre le projet récemment. Donc nous en sommes au point mort. Pour l'instant nos lecteurs se contentent de notre page Facebook, qui fait office de blog : http://facebook.com/leparisphuket

- Rawai.fr : Pourquoi ne pas envisager la rédaction d'une version en anglais ?
- Caroline :  Tous les amoureux du Paris Phuket qui ne sont pas francophones nous demandent une version anglaise. Mais il faut une équipe plus importante pour arriver à gérer de concert les 3 langues (français, thaï et anglais) et tenir les délais. Avec notre petite équipe, c'est impossible dans l'immédiat. Nous arrivons tant bien que mal à assurer la sortie du numéro tous les mois et vous le voyez, la pagination n'a pas bougé depuis le premier numéro. Mais nous y pensons...

- Rawai.fr : Votre meilleur souvenir depuis le début de cette aventure ? Le pire ?
- Caroline : Le meilleur : la création du numéro 1, où l'on part de rien et les idées et les coups de cœur de chacun de nous, que j'ai traduits graphiquement. Le calage du premier numéro chez l'imprimeur et le jour où nous avons reçu le premier numéro imprimé. Depuis, les éloges de tout le monde depuis un an et demi restent des souvenirs inoubliables qui nous poussent tous les mois à continuer, mais je garde aussi de très bons souvenirs des coups de gueule de chacun.
Le pire : les angoisses de la comptabilité et de la facturation. Il y a quelques mois, cette partie commençait à représenter 70% de mon emploi du temps, de la facturation au recouvrement de créances, de la compta à la distribution, tout l'administratif à gérer et les centaines d'e-mails à traiter tous les jours. Aujourd'hui, j'arrive à avoir un peu plus d'équilibre entre toutes ces tâches administratives et la partie créative : choix des sujets, recherche des photos et mise en page… Le jour, c'est la partie administrative et la nuit je me détends en faisant des pages. La dernière semaine avant le bouclage, là je ne fais plus d'administration du tout, trop de données s'amoncellent au dernier moment et je dois rester concentrée sur les pages, leurs contenus et les corrections.

- Rawai.fr : Comment réagissez-vous face à cette vague de snobisme qui consiste à dénigrer l'île en évoquant un développement immobilier à outrance qui a défiguré ses paysages et un changement de comportement des habitants vis à vis des touristes et des expatriés ?
- Caroline :  Et oui c'est le revers de la médaille. Pourquoi autant de projets immobiliers ? C'est bien qu'il y a une demande croissante chaque année. L'idée de nous installer à Phuket nous a tous séduits à une époque différente et pour diverses raisons, mais malgré tout, nous ne sommes pas seuls à vouloir en profiter. C'est de bonne guerre. C'est vrai que le paysage à changé, le comportement des habitants, non, je ne trouve pas. Mais pour tous ceux qui se plaignent et passent leur temps à dénigrer leurs voisins et leurs conditions de vie et patati et patata, je leur conseille vivement de rentrer chez eux et d'aller voir où on y vit le mieux. Personnellement, je suis très heureuse d'être ici. Bien sûr ce n'est pas l'île déserte paradisiaque, telle que j'ai découvert la Thaïlande il y a 28 ans, mais je trouve que c'est un bon compromis justement entre Paris et l'île déserte. Il fait beau toute l'année, les gens sourient et ça change tout. Ma fille a la chance de parler 3 langues, de vivre tout le temps dehors et cela n'a pas de prix lorsque l'on vient de Paris.

- Rawai.fr : Quels sont les endroits dans toute cette magnifique région qui vous impressionnent le plus ?
- Caroline :  Je connais plus le Sud du pays que le Nord, mais je continue d'adorer la côte est de la Thaïlande, sur le golfe, pour ses îles et ses plages bordées de cocotiers. Autour de Phuket, mon coup de cœur va à au lac Cheowlan, dans le parc national de Khao Sok, qui offrent des paysages à couper le souffle, tels ceux de la baie de Phang Nga, mais avec de l'eau douce et sans les hordes de touristes envahissant les sites quotidiennement. Les conditions de séjour dans des bungalows flottants à 2 heures de route de Phuket réveillent en nous cette âme d'aventurier qui nous a fait traverser la moitié du monde. Dépaysement total.

- Rawai.fr : En exclusivité pour rawai.fr, pourriez-vous nous dévoiler quelques sujets du prochain numéro de PARIS PHUKET ?
- Caroline :  Outre nos rubriques fixes, nous abordons un sujet sur les trains et comment circuler gratuitement dans tout le pays, présentons pour ceux qui ne les connaissent pas les HHH et décortiquons les enseignes thaïlandaises et leur emprunt à la langue de Molière…

- Rawai.fr : Merci à vous Caroline de nous avoir accordé un peu de votre temps et bravo à tous vos collaborateurs pour nous faire découvrir un peu plus chaque mois, une Thaïlande authentique et toujours aussi surprenante.
- Caroline : Merci Christophe, vous faîtes partie des premières personnes que j'ai rencontrées à Phuket il y a 7 ans. Et je suis très honorée aujourd'hui d'être publiée sur votre site rawai.fr. Longue vie à nous deux !


Aujourd'hui, l'ex-rédactrice du magazine Paris Phuket, Caroline Laleta Ballini, est directrice du magazine Latitudes.

ENTRETIEN AVEC L'ABBÉ JACQUES FACIAL DE PHUKET

JACQUES FACIAL PHUKET
Nous avons croisé l'Abbé Jacques Facial un jour béni, lors d'une promenade à Koh Sire. L'ecclésiastique français s'occupait alors à distribuer quelques offrandes dans un village de pêcheurs. En observant cette soutane inhabituelle à Phuket, nous avons été d'abord surpris, puis avons décidé d'interpeller le saint homme. Après une prise de contact fort sympathique, nous lui avons demandé s'il était prêt à nous accorder une interview, ces jours prochains. Sans aucune hésitation, l'Abbé a accepté notre rendez-vous en bord de mer, à Rawai. Nous serons donc quittes à passer pour des grenouilles de bénitier, voire des demeurés, vis à vis de nos amis et connaissances du quartier.

Toujours affublé de son accoutrement ridicule, soutane noire et sandales en cuir de phoque, le gaillard débarque à vive allure avec une vieille Hondadream vintage, à l'échappement défaillant, le casque intégral vissé sur le crane. Difficile de ne pas s'empêcher de s'esclaffer en assistant à la scène. Nous reprenons nos esprits, accueillons chaleureusement notre curé et débutons l'entretien.

-Rawai.fr : Quand êtes vous arrivé sur l'île de Phuket et quelles raisons vous ont motivé à venir en Asie ? Mais, peut être que l'on peut se tutoyer, si vous l'acceptez ?

-L'Abbé : Bien sûr, tu peux aussi m'appeler Jacques, je suis un homme de l'église moderne... J'ai mon smartphone et un compte facebook auquel tes lecteurs ou internautes peuvent d'ailleurs me contacter directement s'ils le désirent. Quant à mon circuit en Thaïlande, il peut surprendre. J'ai tout d'abord officié 4 années à Pattaya dans une ONG. Cette période m'a tellement enchanté que j'ai décidé ensuite de ne plus quitter le Royaume de Siam. Je suis pour ainsi dire tombé amoureux de ces charmantes pécheresses. J'ai grâce à elles, appris le thaï très rapidement. Je me suis vraiment senti utile et consacrais la plupart de mes soirées à inviter de jeunes filles de bar un peu paumées, dans mon humble demeure qui faisait office de paroisse car l'église Saint Nikolaus de Pattaya, ne se prêtait guère à ce genre d'activités. Je tentais de jauger en profondeur, l'état de détresse psychologique de ces demoiselles, pour la plupart thaïlandaises mais sur la fin de mon séjour, j'ai aussi eu l'occasion de m'entretenir avec quelques russes au caractère plutôt affirmé. Cela m'a d'ailleurs occasionné quelques déboires... Depuis, j'évite les femmes russes, je ne leur viendrais jamais plus en aide. Je consacre tout mon temps et mes actions uniquement aux jeunes filles thaïlandaises et aux jeunes garçons.

-Rawai.fr : Peux-tu nous dire de quelle paroisse dépends-tu exactement et quelles relations entretiens-tu avec le clergé ?

-L'Abbé : Et bien, c'est assez complexe, j'ai été responsable du monastère de St-Vigord-du-Ménard dans l'Indre, pendant 3 ans et j'ai par la suite conservé mon titre, par habitude, mais je n'ai plus guère d'attache là-bas, juste 2 moines avec lesquels nous avions des relations très complices... Je leur donne des nouvelles régulièrement, nous sommes des passionnés de photographie, alors nous échangeons régulièrement quelques clichés par mail. En fait, je suis un simple fonctionnaire du culte, j'ai la capacité de procéder au service liturgique, je confesse, je conseille, je soutiens, je soulage. Je suis en quelque sorte un freelance de l'église catholique.

-Rawai.fr : Excuse notre sans-gène, mais de quoi vis-tu exactement si tu n'as pas de financement de "la maison mère" et de quel visa bénéficies-tu ?

-L'Abbé : Jusqu'ici, j'ai toujours réussi à obtenir mon work permit avec différentes ONG ou en arrosant un gradé à l'immigration. Pour ce qui est de mes  appointements, je survis essentiellement de dons faits par quelques amis moines des différents temples de Phuket et d'autres versés par les généreuses âmes que j'accompagne dans leurs difficultés. Je me tiens à l'écart du diocèse de Surat Thani, j'y suis certainement fiché "S".

-Rawai.fr : Doux Jésus ! Justement, au début de notre entretien, tu n'as pas vraiment précisé les motivations qui t'ont entraîné en Asie du Sud-Est...

-L'Abbé : Effectivement, je me suis égaré... Je suis donc arrivé à Pattaya en 1983 et me suis tout de suite senti comme un poisson dans l'eau, ce village côtier était à l'époque un lieu idéal pour la méditation et le recueillement. L'ambiance nocturne me changeait considérablement de la petite bourgade de St-Vigord-du-Ménard... Je me sentais pousser des ailes. Personne ici, pour m'édicter les règles d'un clergé totalement dépassé par la vie moderne ou surveiller mes activités nocturnes.
À Saint-Vigord, les Frères étaient tous de très intimes et bons compagnons, nous avions nos rituels, nos distractions mais la vie était plutôt tranquille et monotone, j'ai fini par me lasser de voir toujours les mêmes bobines et surtout, l'ambiance s'est brusquement dégradée après une histoire assez trouble dont la presse a fait largement écho à l'époque. Un enfant de coeur retrouvé menotté dans une crypte de l'abbaye. Je suis même passé au 13 heures de Mourousi, j'en garde un excellent souvenir. De Yves, non pas de ce fait divers malheureux. Bref, j'ai dû quitté le monastère, puis la France.
Mais dis-moi, tu ne comptes pas écrire tout ça dans ta gazette, je compte sur toi pour édulcorer un peu le récit de ce malencontreux événement.

-Rawai.fr : Tu as raison, restons évasifs sur ce point.

-L'Abbé : Après cette péripétie juridique, je devais me faire très discret. J'ai contacté Charles, un très bon camarade du collège, nous nous entendions merveilleusement bien... Il m'a alors proposé un poste à Pattaya au sein de son organisation humanitaire consacrée aux orphelins de la ville. L'occasion était idéale pour m'éclipser et employer mon esprit de dévouement à bon escient.

-Rawai.fr : De quelle manières les Thaïlandais bouddhistes t'accueillent-ils, comment réagissent-ils face à la différence de culte ?

-L'Abbé : Sous ma soutane, se cache un coeur énorme, j'exprime mon empathie aux âmes égarées et leur propose mes généreux services afin de leur faire découvrir d'autres horizons plus réjouissants. Ils, et elles y sont généralement très réceptifs. Peu importe l'habit, c'est une main bien tendue qui compte. Douceur, persévérance et bienveillance m'accompagnent au quotidien pour qu'au final, ces jeunes esprits frivoles et cupides accèdent à quelques moments de grâce mêlés d'une once de spiritualité.

-Rawai.fr : Peux-tu nous décrire une journée type de l'Abbé Jacques Facial, à Phuket ?

-L'Abbé : Je ne suis pas un lève tôt mais je précise qu'il m'arrive de me coucher à 4 heures du matin ! Pas plus tard qu'hier j'ai été appelé par "Nut", un katoey de 19 ans qui avait besoin de mes services. Le pauvre jeune livré à lui-même, ivre, marchait dans la nuit et paraissait en grande souffrance morale. Je l'ai raccompagné en scooter jusqu'à sa petite chambre, à quelques kilomètres de Bangla road. Sur son lit, nous avons longuement discuté, j'en ai conclu qu'il manquait énormément d'affection. Ce genre de situation n'est pas rare, ces jeunes sont confrontés à beaucoup de violence, il leur manque une épaule paternelle sur laquelle se poser, une parole tendre pour les rassurer, un brin d'humour pour qu'ils retrouvent leur sourire, un geste amical, une douce caresse, un simple conseil ou quelques bahts pour une bonne grosse soupe bien chaude.

-Rawai.fr : Donc, tu es plutôt spécialisé dans l'assistance aux prostituées désorientées ou en danger.

-L'Abbé : Tout à fait, mon agenda est bien rempli et je ne compte plus le nombre de numéro de téléphone de ces âmes en peine. Il m'arrive parfois d'être moi aussi au bout du rouleau. Les situations peuvent être compliquées, je dois alors faire preuve d'imagination pour réconcilier ces tourtereaux avec la vie. Si jeunes et déjà embarqués dans les abîmes du stupre et de la luxure. Mais, je réponds toujours, quelle que soit l'heure, je suis toujours là, avec eux, au garde à vous, je vis avec eux, je les soutiens en partageant mon inépuisable tendresse et en tentant d'apaiser leurs plaies si profondes. Ils font entièrement partie de mon quotidien. Je les aime de toutes mes forces et ils me le rendent bien. J'admire leur courage. Avec certaines et certains d'entre eux, les liens sont devenus très passionnés, il ne se passe pas une journée sans que je ne les vois, souvent en cachette car ils n'apprécient pas vraiment m'accompagner en public. L'effet soutane certainement... Grâce à eux, je reste jeune et vigoureux malgré mes 65 ans.

-Rawai.fr : Ben dis donc, c'est chaud tout ça...

-L'Abbé : Tu sais, ce qui compte, c'est de leur faire comprendre qu'il faut profiter de tous les bons moments que la vie propose, que la cupidité est nocive, le consumérisme est une foutaise, qu'ils ont l'avenir entre leurs mains et que personne ne peut décider à leur place, surtout pas Dieu. Dieu t'assiste mais ne décide pas pour toi. Une fois l'assimilation faîte, le tapis rouge est déroulé. Le reste ne devient plus que bagatelle.

-Rawai.fr : Bah, bon dieu de nom de dieu, ça expédie sévère comme programme, carrément radical ! On dirait pas que t'as fait l'école des curés...

-L'Abbé : Disons que j'ai une interprétation des écritures évangéliques, très personnelle, elle s'est façonnée ainsi au cours de ma vie et de mes aventures, l'important est d'avoir su conserver la foi. 

-Rawai.fr : Et cette liste de numéros de téléphones, elle est confidentielle ou on peut la voir ?

-L'Abbé : Es-tu fou mon fils ? Ne connais tu donc pas le secret de la confession ? Ces numéros sont privés, c'est chasse gardée.

Jacques a le vin de messe facile, le soleil n'est pas l'unique responsable de cette vilaine couperose aux reflets violacés... Je dois commander une 2ème tournée de cet immonde breuvage qu'est le MontClair... 

(Nous allons essayer d'écourter l'entretien, je n'ai pas envie d'y passer la journée et de me retrouver avec une énorme douloureuse. En plus, ce mec est louche, je me demande s'il ne souffre pas de troubles psychiques et s'il n'est pas complètement mytho...)

-Rawai.fr : Durant la crise sanitaire et la fermeture du "business nigthlife", tu as dû avoir fort à faire...

-L'Abbé : Effectivement, la détresse financière s'ajoute aujourd'hui aux problèmes existentiels de mes protégés. La plupart des sexworkers de Patong sont rentrés dans leurs provinces avant le tout premier confinement. Certains sont restés et se débrouillent comme ils peuvent mais la situation est très critique. Quelques-uns d'entre eux logent d'ailleurs dans ma petite maison de Kamala. Actuellement, nous sommes 6 à y vivre, autant te dire que la promiscuité est incongrue, je vois des corps dénudés toute la sainte journée et comme vous le savez, le chaste célibat auquel je suis voué, est supposé me tenir éloigné des tentations de la chair... Nous avons donc établi des règles. La principale concerne la tenue vestimentaire, le port du slip est devenu obligatoire pour tous. J'ai également mis un terme à la consommation de stupéfiants, seul l'alcool est autorisé. Je m'efforce de mettre un peu d'ordre dans cette confusion. J'ai donc aussi attribué des tâches quotidiennes à chacun d'entre eux. Les 2 filles s'occupent de la cuisine, 2 katoeys se chargent de nettoyer la maison bien à fond et le jeune garçon entretient mon potager. Il est très doué, les légumes sont abondants et charnus. Ce jardinier improvisé était stripteaser avant la crise, sa conversion nous sauve aujourd'hui de la famine. Lorsque les choses vont reprendre leur cours normal, je crains de me retrouver bien seul... J'espère qu'aucun d'entre eux n'oubliera mon hospitalité et que mes élans de générosité leur auront servi d'exemple.

-Rawai.fr : Je donnerais cher pour assister à une séance de travaux ménagers et voir un de tes katoeys en tenue légère repassant soutane et slips kangourous...

-L'Abbé : Je ne porte pas de slip sous ma soutane, mais si tu y tiens, je t'invite à venir boire un verre un de ces jours, ta visite leur fera le plus grand bien. Voici mon numéro, préviens simplement avant de passer afin que moi et mes hôtes ne soyons pas pris au dépourvu.
 
Ndlr : En fin d'interview et hors micro, Jacques n'ayant plus les idées très claires après 4 grands verres de vin, nous donnera 2 numéros de téléphone de 2 "angéliques créatures" (c'est ainsi que lui-même les nomme), en nous garantissant des rencontres d'un genre voluptueux. Le gars s'apparente plus à un maquereau qu'à un Abbé et le doute m'habite quant à la véracité de ses propos.

Dès mon retour au bercail, j'ai lancé quelques recherches plutôt fastidieuses sur l'Abbaye de St-Vigord-du-Ménard, et il s'avère que l'Abbé Jacques Facial a bel et bien été le dirigeant de l'établissement de 1979 à 1982. Par contre, pas moyen d'obtenir le moindre éclaircissement concernant la sombre affaire à laquelle il fut mêlé.

Si vous apercevez un crane chauve en sac de charbon à Phuket, il y a de fortes chances qu'il s'agisse de l'Abbé Jacques Facial, alors, si vous voulez vous faire confesser en bord de mer, préparez la bouteille de pinard...

Quant à moi, je m'apprête à faire un tour à Kamala les jours prochains, poussé par une curiosité diabolique...

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