YA BA (MÉTHAMPHÉTAMINE) EN THAÏLANDE

Rien de commun avec le cannabis récréatif en Thaïlande, les profils de consommateurs sont à l'opposé. Le ya ba est une drogue de synthèse aux effets dévastateurs qui connait un large succès dans tous les pays du Sud-Est Asiatique. Souvent élaborée au Myanmar, cette méthamphétamine est très appréciée par les jeunes thaïs.

Consommer de la drogue oui pourquoi pas ? Mais pas n'importe laquelle et sans excès si possible... Personnellement, je n'ai jamais très bien saisi l'intérêt de prendre un produit pour être speed ou suractif. J'ai toujours apprécié par contre les hallucinations et la léthargie provoquée par certaines substances. J'ai également la veine de ne pas avoir un tempérament propice à l'addiction. Je ne suis pas un spécialiste absolu du sujet mais j'ai suffisamment d'expérience pour pouvoir affirmer que la méthamphétamine est un poison dangereux sans grand intérêt...

RAPPEL CONCERNANT L'USAGE D'AMPHÉTAMINES EN FRANCE

La consommation d'amphétaminiques peut être à l'origine de dépendances, de troubles neuropsychiatriques, de symptômes dépressifs, de troubles digestifs, neurologiques et cardio-vasculaires potentiellement mortels ou aux conséquences pathologiques sérieuses. 
Observatoire Français des Drogues et des Tendances addictives
CONSOMMER DES DROGUES EN THAILANDE
Publié par Rawai.fr - Mis à jour le 22/09/2023

LES RAVAGES DU YA BA EN THAÏLANDE

Il fut un temps pas si lointain où la Thaïlande accueillait un tourisme de la drogue. Quelques milliers d'Occidentaux se rendaient tous les ans dans les montagnes de la région de Chiang Mai, pour y fumer l'opium. Une période quasi révolue tant la production est aujourd'hui insignifiante. Et puis, les temps ont changé, la mode fut à l'éradication du pavot et aujourd'hui, les méthamphétamines remplacent l'opium. Résultats aux conséquences encore plus désastreuses. L'opium avait le mérite d'être un produit 100% naturel contrairement au populaire ya ba. Rien que sa composition chimique donne la nausée : phosphore rouge, iode, lithium, ammoniac anhydre, ainsi que des solvants, bases et acides (toluène, acide sulfurique, acide iodhydrique et chlorhydrique, soude et ammoniaque), entre autres... Une mixture bien évidemment dangereuse et fortement addictive. Selon l'Agence Antinarcotique Thaïlandaise, le nombre de toxicomanes envoyés dans les hôpitaux psychiatriques a augmenté annuellement de 300 à 400%, dans les dernières années.

LA SITUATION ACTUELLE

La méthamphétamine est d'abord appréciée des trafiquants parce qu'elle peut se fabriquer n'importe où, dans une grotte ou un cabanon, avec quelques bidons et trois bouteilles de gaz... Avec deux ou trois samlo chargés de matériel, trois personnes peuvent produire entre 10 et 50 kg par semaine... À condition qu'ils ne se fassent pas sauter en préparant leur cuisine, l'opération est hautement explosive.
Un quart de gramme de méthamphétamine, vendue en cristaux, en poudre ou en comprimés et qui s'inhale, s'avale, s'injecte ou se fume, peut suffire à tenir un weekend entier sans nourriture, ni sommeil. Cela en fait une drogue dite de fête, utilisée par les jeunes "couche-tard", étudiants, touristes ou katoeys anorexiques...
La Thaïlande cherche trop à s'enrichir pour prendre les décisions salvatrices. Ce serait une véritable provocation devant son évidente implication dans le trafic. Le pays du sourire est neutre, c'est-à-dire profite tout azimuts du fait qu'on a besoin de son territoire. Il se conduit en commerçant pour qui "un client est un client".

L'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) estime à un minimum de 1,4 milliard le nombre de pilules de ya ba, fabriquées dans le pays. La plupart vient de petits laboratoires mobiles et isolés au coeur de la jungle de l'Etat Shan, dans l'est birman. Une marchandise estimée à 8,5 milliards de dollars.
L'arrivée de la crise a coïncidé avec un re-positionnement des barons de la drogue ­de la frontière birmano-thaïlandaise. Sans abandonner leur traditionnelle production d'héroïne, ils se sont mis à inonder le marché thaïlandais en métamphétamines.
En 2003, le premier ministre Thaksin lance une répression féroce contre le trafic de ya ba, unanimement condamnée à l'étranger, elle avait conclu à la mort par erreur de 1200 personnes dans cette opération organisée contre les trafiquants de drogue du pays.
Depuis 2006, la culture de l'opium a repris et augmenté sur six années consécutives, atteignant des niveaux alarmants pour les opiacés comme pour les méthamphétamines. Les trafiquants sont plus menaçants, des caravanes de 20 à 30 personnes en armes traversent la jungle. Et les accrochages sont réguliers, comme lorsque huit trafiquants présumés ont été abattus par les forces de l'ordre, en 2012. Mais du point de vue des consommateurs thaïlandais, rien ne change.
Aujourd'hui, la junte militaire affirme poursuivre la lutte, mais que penser de soi disant complicités de l'armée et de certains politiques avec les plus gros producteurs d'opium et d'amphétamines ?

LA LOI THAÏLANDAISE

méthamphétamines en Thaïlande

La peine de mort est réservée pour les produits stupéfiants de catégorie 1 comme l'héroïne, l'ecstasy, le Ya Ba et l'Ice (ces dernières étant deux formes de méthamphétamine extrêmement populaires localement). Par ailleurs, la culture du pot-de-vin qui prévaut en Thaïlande, peut occasionnellement jouer en faveur des touristes qui sont interpellés en possession de cannabis ou de toute autre drogue illégale car, malgré l'injustice inhérente, un pot-de-vin peut représenter très peu dans la plupart des monnaies occidentales et est habituellement préférable, de loin, à toute négociation avec l'inflexible système judiciaire thaï.

En cas d'arrestation pour possession de drogue, une amende de 5 000 bahts (environ 130 €) est perçue par un juge à l'issue d'une comparution, qui interviendra habituellement après plusieurs jours d'emprisonnement. Toutefois, à la discrétion du juge, une peine de prison peut être prononcée. Une caution (pouvant atteindre plus de 15 000 €) peut être déposée si les ressources de l'accusé le permettent. Pour les charges de possession, il n'est pas nécessaire d'être en possession physique de stupéfiants illégaux : si la police soupçonne une consommation de drogue, elle peut soumettre les personnes interpellées à un test de dépistage de drogue. En cas de test positif, une charge de possession est prononcée.

Les autorités thaïlandaises ont affirmé que la consommation de méthamphétamine en Thaïlande avait augmenté de plus de 1 000 % entre 1993 et 2001.
Depuis 2004, le nombre de cas impliquant du ya ba ont augmenté de 256 % - de 34 860 en 2004 à 124121 en 2009, tandis que les cas impliquant « l'ice » (cristaux de chlorhydrate de méthamphétamine) ont augmenté de 1 411%, à partir de 265 cas en 2004 à 3 464 cas en 2009.

UNE RÉPRESSION AVEUGLE

Les autorités policières sont encouragées à concentrer leurs efforts sur le maintien de l’ordre dans la rue, incitées à cibler les usagers de drogues par un système de primes lié au quota d’arrestations. Les résultats sont terribles : les données de 2015 montrent que près de 40 % des arrestations effectuées sont liées aux drogues.
Le système pénitentiaire, lui, est surpeuplé depuis des années, avec un taux d’occupation général de près de 150 %. La Thaïlande a la sixième population carcérale mondiale, et le taux d’incarcération chez les femmes le plus élevé. Près de 90 % des femmes incarcérées le sont pour des infractions liées à la drogue. Le nombre d’arrestations, de saisies et de condamnés pour ce type d’infraction continue d’augmenter : la croissance du marché illégal des drogues a distancé la réponse policière.
Le climat politique général continue à favoriser la répression au détriment de la réinsertion, de la santé publique ou de l’équité de la justice.

LES DANGERS DU YA BA

Le ya ba provoque une euphorie et une forte stimulation mentale (à noter que les individus crétins à la base ne deviennent pas plus intelligents après avoir consommé ce produit).
Le ya ba a l'inconvénient majeur d'entraîner une hypertension artérielle et une augmentation du rythme cardiaque. Il expose les consommateurs aux risques d'accidents vasculaires, d'arrêt cardiaque, d'hyperthermie et de convulsions.
Les effets secondaires les plus caractéristiques sont psychiques : agressivité, perte de contrôle de soi, tendance à la violence paranoïaque, parfois même des attaques de panique et des hallucinations, pouvant conduire à des actes incontrôlés.
Les autres effets secondaires :
Impatience, irritabilité décuplée, anxiété, agitation, diminution de la concentration, importante perte de poids, inflammation de la peau, léthargie, déshydratation, lésions et destruction sévère des dents et de la cavité buccale.
Autres effets à long terme :
Hallucinations, délires, paranoïa, comportements violents, dépression, troubles du sommeil et de la circulation sanguine, dérèglement du cycle menstruel chez les femmes.

L'HISTOIRE DU YA BA

Ya ba, une invention hitlérienne

Après de premières recherches au Japon et aux États-Unis dans les années 1920, c'est en Allemagne, en 1937, qu'un chimiste arrive à synthétiser une amphétamine particulièrement efficace, la méthamphétamine. Elle est commercialisée la même année par la firme Temmler sous le nom de pervitine. Très vite, les médecins de la Wehrmacht s'intéressent à ce nouvel excitant du système nerveux qui accroît la vigilance, la résistance à la fatigue et le sentiment d'invincibilité. Distribuée aux conducteurs de chars et aux pilotes d'avions aussi bien qu'aux fantassins, la « pilule magique » permet à l'armée allemande d'envahir la France et l'URSS à marche forcée. La pervetine est distribuée dans les divisions à tous les niveaux. Elle est utilisée sous le nom de "Panzerschokolade", "tablettes Stuka" ou encore "pilules Hermann Göring". Le but recherché était de diminuer l'anxiété et d'augmenter la puissance et la concentration chez les soldats et les pilotes.
Entre avril et juin 1940, la Wehrmacht et la Luftwaffe auraient utilisé plus de 35 millions de comprimés de Pervitine.
À partir de 1943, la production de pervitine devenant insuffisante pour répondre à la demande, les soldats en manque, écrivent à leurs familles pour en obtenir à titre personnel.
Elle a aussi été largement utilisée par les Finlandais, les Japonais et les pilotes de bombardiers américains. L'étude des effets secondaires n'ayant pas été poussée encore très loin à cette époque, des doses étaient ainsi fréquemment administrées.
Elle fut un temps commercialisée comme un médicament aux États-Unis pour divers problèmes médicaux, allant de l'obésité à la dépression. Mais depuis 1970, elle est classée comme stupéfiant. Sa consommation s'est développée à partir de la Corée et des Philippines sur la côte ouest des États-Unis vers 1985, puis la côte est, au cours des années 1990.

En Thaïlande, les pilules étaient (vendues dans les stations services !) utilisées par les chauffeurs routiers pour rester éveillés, elles furent interdites par le gouvernement en 1970 après avoir provoquées une multitude d'accidents.

Le principal producteur serait une milice ethnique et indépendante alliée à la junte militaire birmane, la United Wa State Army (UWSA ou « Armée unie de l'État de Wa ») qui contrôle une partie de la province de l'État Shan. D'après les spécialistes de la drogue dans le monde, cette armée serait la plus structurée et la plus puissante des producteurs de drogues (près de 30 000 hommes). Depuis une dizaine d'années, en raisons de son tarif très faible et de sa rentabilité pour les trafiquants, cette drogue fait des dégâts de plus en plus importants sur la population thaïlandaise, malaisienne, birmane, laotienne et sur les jeunes touristes étrangers.

LE TRIANGLE D'OR (PAR P-A CHAUVY)

Le Triangle d'Or correspond à cet espace d'Asie du Sud-Est continentale où est concentrée l'une des deux plus importantes productions mondiales d'opiacés illicites et où sont désormais aussi produites des centaines de millions de pilules de méthamphétamine. Produites en Birmanie, la méthamphétamine est exportée en Asie du Sud-Est continentale et en Chine, tant pour le marché régional que mondial, à travers de longues frontières poreuses.
La Birmanie partage quelque 1 800 km de frontière terrestre avec la Thaïlande.
Les producteurs et les trafiquants de drogues illicites, ont réussi à exploiter avantageusement des espaces particuliers pénalisés par leur situation, du moins selon les critères du développement modernes. Les caractéristiques géographiques de ces espaces qui, du fait de leur difficulté d'accessibilité et de contrôle, sont autant de contraintes pour les autorités étatiques, ont été judicieusement exploitées par les différentes populations : c'est en effet dans le Triangle d'Or que la méthamphétamine est désormais fabriquée.
La Thaïlande a toujours été un transit privilégié de l'héroïne et, désormais, du ya ba. Toutefois, la Thaïlande, même si elle reste la voie royale du trafic de méthamphétamine birmane, via sa frontière ouest et notamment les villes frontalières de Mae Saï, Mae Sot et Ranong, ne revêt plus la même importance au regard des flux régionaux d'opiacés. Depuis le début des années 1990, un certain nombre de facteurs a en effet contribué à la réorientation de quelques routes du trafic et à l'émergence de nouveaux axes. En Thaïlande, la répression du trafic, qui a suivi la mise en place de la politique nationale d'éradication du pavot (1984), a en effet considérablement et progressivement réduit l'emploi par les trafiquants de l'excellent réseau routier du pays.

Ainsi, le Triangle d'Or connaît, depuis les années 1980 et surtout 1990, une très importante tendance à la diversification et à la multiplication des itinéraires du narcotrafic. L'augmentation de la production birmane d'opium pendant cette période d'une part, le revirement de la Thaïlande qui s'est transformée d'Etat trafiquant en Etat répresseur d'autre part, et enfin l'explosion soudaine de la production de méthamphétamine en Birmanie, ont très nettement joué en faveur d'une complexification des réseaux du narcotrafic dans le Triangle d'Or et à sa périphérie (Chine bien sûr, mais aussi Inde du nord-est). Mais il ne faut toutefois pas omettre le fait que le Triangle d'Or, caractérisé par une production dépassant très largement la capacité de consommation régionale, exporte également son héroïne jusqu'à des destinations aussi lointaines que l'Australie, les Etats-Unis et l'Europe.

Pierre-Arnaud Chouvy est géographe chargé de recherche au CNRS. Il est l'auteur de deux ouvrages : Les territoires de l'opium. Conflits et trafics du Triangle d'Or et du Croissant d'Or, aux éditions Olizane et, en collaboration avec Joël MEISSONNIER, Yaa Baa – Production, trafic et consommation de méthamphétamine en Asie du Sud-Est continentale, aux éditions L'Harmattan – IRASEC

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