LA LETTRE DE THIERRY 

 TSUNAMI      Le 06 Octobre 2018

Ça va, vous ?!... Les volcans se réveillent, il parait, dans les îles insoumises, la terre bouge et les raz de marées déferlent sur les rivages, c'est la saison des tsunamis ! Les hommes meurent, et ceux qui restent les pleurent... Et nous, pauvres fous égarés dans la multitude, écrasés de ténèbres, on déambule dans les décombres, on marche sur les ruines, on court sur les braises, le regard hanté par notre destinée, notre calvaire...

Les dieux n'en ont cure, ils sont blasés. Leurs orgies et banquets terminés, repus à souhait, ils se rendorment dans leur sommeil opiacé. Nous, les damnés, on garde la misère comme seul attribut, peines et labeurs comme pain ou riz, les tourments pour seul bagage, seul avenir.

Un ange qui passe, un vertige, une ivresse... et mon âme qui galope dans les enfers. Hyènes et vautours à mes trousses, je zone dans les bas fonds à la recherche de mon moi évaporé, de mon identité, de mon péché.

Allez, venez ! Je vous emmène danser sur les volcans, nous irons toucher au feu sacré, nous irons prendre le pouls de la bête dans les entrailles de notre terre, de nos tombes.

Bon, j'ai remplacé les tisanes par le café... ça fait chuter la température, il parait.

Un peu de musique, une clope, des folies qui dansent dans la tête... et c'est reparti sur le fil de l'existence tel un funambule perché sur le palais des vents à l'assaut des tempêtes et des furies qui passent.

Entre fièvres siamoises et délires paludéens, je me réveille au milieu des marées dans un océan de mangroves. Un dédale de racines gît sous les palétuviers, des cathédrales burlesques surgissent entre mer et chlorophylle, et tout un monde semi aquatique émerge de cette fange surréaliste, c'est la fête aux reptiles, aux batraciens.

Des lézards géants, gros comme des longtail-boats, déboulent des Enfers et menacent comme Cerbère pendant que mille et un oiseaux de feu, martin-pêcheur et pitas, nous la font Septième Ciel. Ils se la jouent multicolore, nos amis piafs, et se drapent des plus beaux atours, c'est l'heure des voluptés, la saison des amours. Crabes, moustiques et sangsues se jettent dans les interstices et inondent vite les derniers espaces afin de participer au festin. On dirait que l'atmosphère change... serait-ce moi, le dîner ?!

Enfin, un rayon de soleil perce à l'horizon, le déluge touche à sa fin, le sud-est asiatique gît sous des inondations historiques et nous baignons dans un décor surréaliste, c'est l'apocalypse.

Je me rappelle... des flamboyants sur la route, des écarlates en délire sous l'azur, un océan de chlorophylle et des pitons karstiques plantés comme des obélisques sous la voûte... Des mosquées, des temples rutilants érigés entre ciel et terre...

L’asphalte qui défile et mes neurones qui claquent dans la lumière... je me rappelle.

Les paysages roulent sur mes paupières et semblent surgir d'un songe. C'est sûr, c'est ici qu'est né le monde !
stephan audiger photographe phuket
Photo Stephan Audiger

 FESTIVAL VÉGÉTARIEN. 
 UN OPÉ RA LYRIQUE... OUVERTURE !

L'heure du muezzin a sonné, il emplit la nuit de ses psaumes veloutés à la gloire de son dieu sous les feux follets, c'est la nuit musulmane entre croissant de lune et étoile du berger dans les yeux de Morphée avant le réveil du Big Bouddha perché sur le Mont Indra à l’aube nouvelle. 

Entre bonzes et imams, Rawai s'éveille sur des accents de Chine, mille et un drapeaux flottent aux couleurs du Tao dans les transes du Festival Végétarien, une foule drapée de blanc se presse au passage de ce joyeux cortège dans l'écho des pétards annonçant la farandole sur un ballet de mille et un dragons en ce premier jour du Festival Végétarien.

Esprits, dieux, elfes et génies se mêlent à la multitude afin d'en découdre sur un sursaut ultime dans une flaque de soleil dès l’aurore. Ce soir, ils rentreront tous dans leurs temples et se rendormiront d'un sommeil opiacé trainant leurs chapelets de prières sous les fumées d'encens jusqu'au bout de la nuit avant de resurgir demain pour un nouveau défilé dans la lumière des tropiques. 

Me berçant de ma prose dans les lueurs de l'aube, je réalise tout à coup que ta venue est proche, mon Eurydice. Ciel, j'ai perdu pied avec l'horloge du temps et ne sais jamais si l'on est octobre ou février, je vis comme un fantôme entre deux mondes et porte la lucidité de ces fous illuminés qui errent sous la voûte en quête d'éphémère, d'éternité. 

Je dialogue avec les anges sur le chemin des crucifiés avant de faire mon entrée sur la piste de danse, c'est le bal des damnés. La nuit venue, je m’en vais trainer mon ombre dans les cimetières. Ici on peut enfin s'oublier, respirer, et profiter un instant de quelque légèreté. Laissez-moi m'enivrer au milieu de ces tombes, j'écoute les murmures de l'humanité. Dans tous les coins, ça chuchote. Ici, pas de tabou, pas de chichi, on danse même dans les égouts. On communie avec les rats, on s'aventure aussi sur le domaine des loups. On marche sur des braises, le sourire aux lèvres, les yeux désorbités par l'attrait de l'abîme. Enfants de nulle part au milieu de rien, innocence et corruption viennent se mêler sur un air d'opéra ivre et basanée aux couleurs de la vie. 

Voici l'aurore venue enfin nous saluer, une virgule, un point d’exclamation, une grimace complice dans le petit matin.
Ça y est, c’est reparti, tous les temples chinois de Phuket défilent à nouveau sur un parfum de Tao, leurs autels fièrement exhibés dans la multitude, ils nous honorent de leur délire. Un ballet à la fois joyeux et macabre. Une ronde mystique. Un tango surréaliste entre ombre et lumière. Un opéra lyrique !

STEPHAN AUDIGER
STEPHAN AUDIGER FESTIVAL
(Photos Stephan Audiger)

 FESTIVAL VÉGÉTARIEN PHUKET (Octobre 2018)

Un festival haut en couleur commence aujourd’hui, probablement le plus spectaculaire qui soit sur Phuket. Pendant neuf jours des processions parcourent toute l’île avec force pétards et exhibitions durant lesquelles un nombre effarant de figurants se lacère tout le corps à grands coups de hache, épée, hallebarde et autres couteaux de charcutier, festival végétarien oblige. Limite boucherie. D’autres marchent sur le feu ou bien se pendent à des crochets la journée entière tels que des maquignons le feraient dans une foire pour exposer pintades, cochons ou bœufs avant l’abattage. Neuf jours sans viande, alcool ni sexe, c’est la règle.

A vrai dire, j’avais oublié le jour d’ouverture. Je me réveille donc, peinard, comme à mon habitude et m’en vais prendre une première bouffée d’oxygène sur le perron dans la lumière de l’aube. Putain, un mec s’était embrochée sur mon portail équipée d’une herse redoutable afin de dissuader le clébard du voisin de venir nicher dans mon jardin. J’accours pour lui porter secours mais le type me prie de ne rien faire, c’est sa façon à lui de participer au festival m’explique-t-il. Le bonhomme pissait le sang de partout mais semblait aussi serein que vous et moi quand on se la joue bain dans le jacuzzi, il avait l’air content. Il attendait ses copains qui étaient déjà en chemin et désirait leur faire une surprise pour lancer les festivités. Je le connaissais bien, il habitait trois maisons à coté, un vendeur d’assurances toujours tiré à quatre épingles en tenue impeccable. Je lui fais donc la conversation le temps que sa confrérie déboule.

Tenez, justement ses potes arrivent, une bande d’allumés grave. Ils étaient tous embrochés comme des poulets à l’heure du barbecue. Il y en avait même un qui poussa le vice à se mutiler épais, trois lances de chevaliers plantées dans les joues avec des quartiers de bananes qui pendaient de chaque coté manière d’en rajouter. Pas des lances de PD, les mêmes qu’Ivanhoé, un fada complet. Leur surprise fut de taille de voir ainsi leur pote agoniser au milieu des barbelés sur mon portail. Je pense qu’ils étaient un peu jaloux, leur copain avait eu la meilleure idée, c’était définitivement lui la star de la journée.

Bref, ils l’aidèrent à se dégager, cela dura bien trois heures tellement il était empêtré. Et puis, ils s’en allèrent rejoindre la procession du jour à Phuket-Ville. Sans rire, il avait bien perdu deux litres de sang mais n’en semblait point affecté tellement il était content d’avoir ainsi bluffé sa bande d’ahuris. Des mystiques, quoi.

Avec ces conneries, je n’avais encore déjeuné, moi. Faut dire que de les voir ainsi se vider comme des poulets, je n’avais plus très faim, à deux doigts de tomber dans les pommes. Je me décide quand même à sortir de chez moi pour m’alimenter afin de retrouver quelques forces. Je prends ma douche en chantant mais je n’arrivais point à me sortir ces images de la tête, je fis trois syncopes dans la salle de bain. Avouez que c’est du lourd ce Festival Végétarien. Tant bien que mal, j’arrive à m’habiller, j’étais blême, je n’en menais pas large, je voyais encore l’autre hurler comme un goret au réveil lorsqu’il s’enfourcha sur mon portail avant qu’il ne retrouve ses esprits. Que ne faut-il pas faire pour épater ses potes.

J’arrive à gérer le stress généré par ce spectacle et déboule dans l’avenue au sortir de ma rue. Je vous dis pas le choc, il y en avait de partout qui déliraient plus encore. Certains étaient pendus avec des crochets de bouchers sur les lampions, d’autres rivalisaient à qui mieux mieux à grands coups de hachoir pour emporter la palme du plus dingue. Une ambiance extraordinaire. La « rave » de l’année !... On se serait cru au Moyen-Age à une époque où tous subissaient la question au temps de l’inquisition. Sauf que là, ils en redemandaient encore, rien ne pouvait les arrêter dans leur « trip », séance « extasy », le bal des furies.

Sans rire, je les enviais d’ainsi se lâcher mais j’étais définitivement trop douillet pour les imiter. Ils voulaient juste s’affliger de tous les maux durant neuf jours pour prendre ne serait-ce qu’un peu de cette souffrance que vit l’humanité au quotidien, leur credo, un grand projet. J’avoue qu’ils travaillaient grave du chapeau pour en arriver là. De grands humanistes en somme.

Finalement, je n’ai pu avaler la moindre bouchée entre carottes, navets et poireaux, Festival Végétarien oblige, tellement des rivières de sang coulaient sur le pavé. J’ai fini dans l’ambulance avec Miss Thaïlande qui venait de s’évanouir devant cette boucherie, un fada lui avait mis trois coups de hache dans sa frénésie, le roi du festival. Il aurait obtenu la médaille d’or de l’année, dit-on, tellement il s’est haché menu, une dextérité inouïe le possédait. Un pro.

Les toubibs m’ont certifié que je n’avais rien après trois minutes d’examen, je pouvais revenir chez moi peinard. J’ai refusé de partir pour assister Miss Thaïlande dans son agonie à l’hosto, brave que je suis. L’empathie et la compassion m’ont rivé à son chevet. Faut dire qu’elle était vraiment jolie, Miss Thaïlande

 BON DIMANCHE !       Le 06 octobre 2018

Quelqu’un sonne, dring ! dring !... deux, trois, cinq coups.

« Oh Machin, c’est bon, j’arrive, on se calme ! » que je gueule en direct des chiottes où je me coule un bronze peinard tout en feuilletant Madame Figaro juste avant de me torcher avec, un vieux numéro sur la libido débridée du caniche, un collector que j’ai trouvé dans les poubelles du voisin.

C’est pourtant dimanche, qui peut bien venir me faire chier à une heure pareille ? A peine 7h du mat.

Et vas-y que ça recommence… dring ! dring ! dringdringdring !... Je sors furax jusqu’au portail et aperçoit deux vendeurs aguerris de tapis. La discussion commence :

_ Moi vendre tapis

_ Moi pas acheter tapis

_ Pas cher !

_ Ça vaut pas un clou tes tapis pourris, dégage abruti !

_ Moi pas abruti, moi Baba Ali

_ Moi Thierry, moi pas gentil »

Bref, nous échangeons ainsi tels que des gentilshommes peuvent le faire un dimanche à une heure si matinale.

Le second rentre en scène et veut direct me foutre son tapis sur la gueule, un vrai molosse, un borgne avec une cicatrice énorme sur le visage.

_ Moi très méchant, moi te plier en deux

_ Je vais t’arracher les couilles Scarface. Moi Bruce Lee

_ Moi te casser toutes les dents

_ C’est ça, fais le malin avec ton compère. Dans deux minutes, tu vas pleurer ta mère !

Ça se gâte. Le ton change, l’échange s’envenime, le débat tourne court et le mec devient carrément vert. L’incroyable Hulk veut me tirer une droite mais vise mal de son seul œil valide et se prend le pot de fleur, un cactus géant que j’affectionne. Le type hurle, la main ensanglantée et truffée d’épines, il se met à escalader le portail. C’est là que j’envisage un repli stratégique avant de lâcher les chiens, deux caniches nains et débiles qu’un pote m’a demandé de garder trois jours. Je me barricade grave tellement il est en furie. Les deux cleps commencent à flipper épais devant la masse du colosse, ils me supplient de les laisser entrer.

Ni une ni deux, le cyclope les explose à grands coups de pompes, un massacre. De la viande partout, des bouts de caniches dans tout mon jardin, j’en ai même retrouvé quelques morceaux sur la cime des cocotiers le lendemain. Ne vous fâchez jamais avec un vendeur de tapis, ces gens-là n’ont aucun sens de l’humour, ils prennent tout au premier degré, inutile avec eux de plaisanter. Une fois passée sa rage sur les deux clébards, il finira enfin par se barrer. Je l’ai échappé belle. Adieu Goldorak.

Je reviens dare-dare aux chiottes, j’en ai la diarrhée tellement ce fou m’a impressionné. J’essaie d’imaginer un scenario pour mon pote qui sera forcément démonté de ne pas revoir ces deux caniches blancs chéris. Je l’avais pourtant prévenu que je n’étais pas le plus doué avec le genre animal. Peu importe, après avoir tout nettoyé, demain, afin qu’il ne voit le moindre poil qui traine de ses deux chérubins, je lui annoncerai qu’ils ont profité d’une seconde une fois le portail ouvert pour se faire la malle pendant que j’allais relever mon courrier. A moins d’aller braquer les deux caniches gris du voisin, je lui dirai que je leur ai fait une couleur, il n’y verra que du noir. A voir.

Non encore !... dring ! dring ! dring !... Je le crois pas, ils ont tous décidé de m’emmerder aujourd’hui. Je mate par la fenêtre de peur que ce soit le yéti qui revienne. Aucun danger, juste deux babas gringalets en bicyclette. Je vais pouvoir la ramener plus encore et les pourrir tout azimut. J’arrive au portail et les branche d’entrée :

_ C’est pas fini les conneries !... Vous n’avez rien à branler le dimanche ?

_ Désolé, nous sommes les envoyés de Jah et venons vous apporter la parole divine.

_ C’est ça, oui. Et ma sœur, elle s’appelle bat-le-beurre ?

_ Pardon ?

_ Laisse tomber et remonte vite sur ton vélo avant que je lâche les chiens.

J’ai un peu menti, les chiens étaient déjà loin depuis le passage des frères Tapis, le purgatoire les accueillait au moment où je vous parle.

Le mec reste de marbre et commence à m’expliquer que sa secte d’allumés est notre seule option pour enterrer tous nos péchés et retrouver le chemin vers la lumière :

_ Seul le royaume de Jah peut nous sauver.

_ Oh Machin, faut arrêter les tarpés.

_ Pardon ?

_ C’est pas fini ce cirque, tu te crois chez Pinder ?

_ Belzebuth est en toi. Accepte la rédemption, frère terrien.

_ Alléluia ! C’est ça, va faire le clown chez le voisin.

Sur ce, il me balance son pitch sans sourciller pendant que son pote entonnait des chants mystiques avec des carillons dans les mains. Ils se mirent à exécuter une danse frénétique sur le pavé, limite Parkinson. Tous les chiens du quartier hurlaient à la mort pendant que Simon et Garfunkel partaient « en live », les crapaud-buffles en rajoutaient en prévision de l’orage, cigales et grillons participaient au concert et même les corneilles vinrent se joindre à la chorale sous un ciel déjà menaçant. Ces deux fadas jubilaient et chantaient de plus belle, ils étaient maintenant déchainés, rien n’aurait pu les arrêter. Une transe les possédait dans leur radio-crochet improvisé, une foi inébranlable les animait, seule la camisole les aurait définitivement calmés. Je les ai plantés direct et m’en suis retourné vider mon sac dans les techio sous le regard des anges.

Dring ! dring ! dring !... Je rêve, c’est pas possible !... Putain, un vendeur de balais maintenant !... Je lui ai acheté tout son stock, j’ai déclaré forfait avant que les pompiers n’arrivent pour me vendre leur calendrier.

Vivement lundi !

 LEÇ ON DE FRANÇAIS       Le 29 septembre 2018

J’adore ce pays, la Thaïlande, pour ceux qui ne le sauraient encore.

Je file acheter quelques bières, au 7/11. C’est carrément une institution dans ce royaume, il y en a absolument partout, tous les cent mètres. En gros, sur Phuket, vous trouvez un salon de massage qui jouxte un 7/11 et juste après un concessionnaire scooter ou auto, les trois business-phare, la trilogie commerciale de l’ile hormis hôtels, restaurants et bars qui pullulent dans cette première station balnéaire d’Asie, la troisième en ce monde après Cancun et Hawaï. Un des temples majeurs de la civilisation des loisirs.

Je pars donc au 7/11 et me retrouve dans une queue infinie au milieu des locaux, je ne vis pas sur une plage. Pour passer le temps avant d’arriver à la caisse, je discute d’un ton léger dans la file et participe à la conversation de mes plus proches voisins. Un ladyboy, une musulmane en hijab et une bouddhiste, deux étudiantes, un professeur, un vendeur de brochettes, une employée de banque et une ladybar plaisantent ensemble, je me marre avec eux. Ce petit monde qui caractérise cette contrée vit dans un élan fraternel sans se soucier de barrières, de statut social ou castes, de préjugés, de faux-semblants. Tout ce qui n’est pas amusant n’est pas digne d’intérêt à leurs yeux, leur précepte philosophique majeur. Ils se marrent en permanence et rient de tout sans pour autant être dénués de compassion lorsque le moment l’impose. C’est pourquoi j’adore Phuket et ne saurais vivre ailleurs tellement le monde est aujourd’hui gangrené par tant de haine,  de conflits, d’intolérance.

Les deux étudiantes me demandent si je peux leur donner un cours de français, le temps de se changer et de se défaire de leur uniforme d’université, elles habitent juste à coté, je dis oui sans hésiter après leur avoir donné mon adresse. Le ladyboy, la banquière et la ladybar me demandent aussi de participer à ce cours offert généreusement à titre gracieux. 
La musulmane arrive chez moi la première. Elle a délaissé l’hijab et se présente les cheveux lâchés, en petit short et tee-shirt comme sa copine bouddhiste juste après. Les trois autres arrivent ainsi, tenue tropicale oblige. A tel point qu’on ne saurait qui est qui puisqu’elles arborent toutes la même tenue. C’est ce que j’aime ici, l’habit ne fait pas le moine une fois libéré de toute convention vestimentaire professionnelle ou autre en fin de journée.

Nous commençons cette première leçon de français qui dure jusqu’au crépuscule. Je demande à ma fille de m’aider pour quelques traductions que je ne sais faire, Thaïe qu’elle est, et nous passons trois heures tous ensemble à nous marrer entre La Fontaine et Molière. Entre temps, les filles m’apprennent quelques expressions de la langue thaïe que je ne savais encore et je ne sais définitivement pas si nous sortons d’un cours de thaï ou de français, c’est tout le charme de cette leçon improvisée, je serais incapable de dire qui furent élève ou maitre. 

Nous nous sommes promis de remettre ça la semaine prochaine afin de cultiver nos différences et nos réjouissances, un vrai bonheur dans ce pays comme nul autre pareil. Un vrai miracle quand je pense à ce qu’il en est aujourd’hui en France si j’en crois les témoignages de mes touristes en excursion quand ils savent que je ne suis rentré dans l’hexagone depuis dix-sept ans déjà. Ils me disent tous : « Ne rentre pas, Thierry, tu vas souffrir, crois-nous, t’es mieux ici »
Vous savez quoi ? Demain, je m’en vais refaire mon pèlerinage au 7/11, mon chemin de Compostelle.

 SPICY        Le 27 septembre 2018

Des clients me demandent de les emmener dans un resto thaï sans chichi où l’on peut goûter à la fameuse cuisine de ce pays, la même que les locaux. Ils me prient de ne pas commander une version édulcorée et ne craignent aucunement les plats épicés. Je les préviens que la surprise pourrait être de taille si jamais. Peu importe, ils sont prêts au pire et me rient au nez arguant qu’ils ont goûté à tout en ce monde et qu’il n’y a vraiment pas de quoi fouetter un chat tellement leur palais est exercé. Ils me disent qu’ils vont souvent au Maroc où ils possèdent une résidence et n’hésitent jamais à doubler la dose d’harrisa, leur péché mignon. J’ai beau les prévenir que nous ne sommes pas à Marrakech, les Thaïs culminent dans les records question piment quand ils se lâchent. La dame me répond que c’est bon pour la ligne, le piment, ça brule les graisses affirme-t-elle sur un ton qui ne souffre aucune polémique. Son mari surenchérit et me prie de croire qu’ils ont goûté aux plats les plus redoutables dans leur hôtel à Laguna Beach sans pour cela pleurer comme les autres touristes, des petits joueurs qu’il ajoute.

J’obéis donc et les emmène direct dans un boui-boui que j’affectionne sur Rawai. Aucun touriste ne vient manger là, la cuisinière a carrément pété les plombs et prépare des plats surréalistes, seul un dragon peut dîner ici. Je commande le menu « Feu à tous les étages », un drôle de nom pour ce restaurant qui ne compte pourtant qu’une salle au rez-de-chaussée. Song Tam, Lap Kai et Keng Som Pla entre quelques autres misères sur le panthéon de ce repas exceptionnel. Je demande aussi trois bassines de riz, une pour chacun, afin de calmer le délire des piments sachant qu’on sera tous au sommet après avoir ingurgité ce volcan gastronomique. La dame ne mange pas de riz, c’est mauvais pour la ligne. J’insiste pour qu’elle fasse une exception dans son régime alimentaire sinon elle ne pourra goûter à tout. Rien n’y fait, elle reste de marbre. Pas de problème, c’est parti !

Le Song Tam arrive et je vois mes invités y aller à grandes bouchées tellement ils étaient morts de faim, ils finissent le plat à vitesse grand V. Un calme apparaît tout à coup, un grand silence, je vois leur visage virer à l’écarlate, on dirait la robe pourpre d’un cardinal, ils deviennent carrément violets. 

Une pause s’impose. Je ne les verrais que peu durant cette demi-heure, seules les toilettes les intéressent. Ils reviennent me disant qu’ils ont dû manger un truc pas clair, la veille, et qu’ils déclarent forfait. Je leur conseille de goûter aux autre plats qui viennent sinon personne ne comprendrait, les Thaïs sont très susceptibles et la cuisinière a mis toute son âme pour les mystifier sachant qu’elle avait affaire à un couple de VIP. 

« Pensez qu’elle ne voit jamais de touriste dans son bouge alors que cette île en compte tant, elle serait vraiment vexée de nous voir ne pas toucher aux autres mets. S’il vous plait, ne lui faites pas un tel affront, les filles de ce pays ne plaisantent jamais avec la bouffe, elle serait capable de nous égorger avec ses couteaux de boucher, sans déconner ! » que je leur dis. Je leur laisse une autre demi-heure pour se remettre et ils acquiescent à ma supplique. La dame me demande une grosse assiette de riz malgré son régime diététique. Ça y est, la suite arrive. Je ne sais pourquoi mais je les sens paranos, comme une hésitation qui les saisit tout à coup. Ils ne veulent faire mauvaise figure et finissent par se lancer même si l’enthousiasme a subitement baisser d’un cran. Aussi incroyable que cela paraisse, ils avalent tout en matant les regards appuyés de la matrone du lieu armée d’une hache de cuisine qui vérifie que nos assiettes soient pleines. Ils arrivent à finir le Lap Kai, les douze travaux d’Hercule, mais calent sur le Keng Som Pla, l'enfer de Dante, après y avoir goûté un tantinet en pleurant. 

Mes clients commandent 25 litres d’eau afin de calmer ce feu qui les incendie, limite appeler les pompiers. Je n’ai jamais vu des gens boire autant, un vrai tsunami. Je leur conseille de fumer une cigarette pour éteindre ce volcan, la meilleur option face au piment. Aucun d’eux n’est fumeur. Ils écoutent mon conseil et fumerons deux paquets au « finish ». Je les ramène dans leur hôtel, ils restent perchés sur le parcours et pas un mot ne sort de leur bouche. Juste trois arrêts au 7/11 pour racheter 25 litres d’eau encore et trois paquets de clopes. 

Ils m’ont rappelé le lendemain, ils étaient déjà rentrés en France avec Europ-Assistance et se faisaient opérer pour enlever des myriades d’hémorroïdes. Le toubib leur a dit qu’ils en avaient pour six mois de traitement au bas mot et qu’ils en chieraient vraiment. Il les a mis direct sous morphine après l’opération tellement le cas était grave. Ils ont ajouté lors de cette conversation téléphonique : « T’inquiète pas, on va te soigner dans notre avis sur tripadvisor, ça va être ta fête ! »

Je n’ai pourtant fait qu’obéir à leurs souhaits. Les gens sont si ingrats aujourd’hui.

 MASSAGE        Le 10 septembre 2018

Je n’ai pas pour habitude de fréquenter les salons de massage alors qu’il y en a tant, tous les cinquante mètres sur Phuket, à croire que cette île est vouée essentiellement à cette activité. Non pas que j’en nie les bienfaits, sauf que tout ce qui dépasse le stade des caresses ne me branche pas vraiment, je suis tellement douillet de nature que j’évite de me faire ainsi torturer. Un comble pour un mec immergé dans ce royaume depuis si longtemps. J’en aurais pourtant bien besoin à force de m’abimer sur mon pupitre, j’en ai le dos qui pleure.

Bref que ce soient massages, yoga ou bien dîners avec la communauté d’expatriés de l’île, je préfère zapper. Entendez-moi bien quant au dernier élément invoqué de cette trilogie, loin de moi l’idée de dénigrer la communauté française installée sur cette île, bien-sûr que non, je veux juste dire que tout ce qui est protocolaire m’ennuie, mon coté libertaire, et je n’ai aucunement vocation de sauver le désœuvrement de mes compatriotes pour la plupart retraités sur Phuket lors du 14 juillet ou autres. Sachez cependant que parmi mes meilleurs potes, ici, qui bossent comme moi ou qu’ils soient rentiers ou retraités, la majorité d’entre eux sont francophones, c’est si géant d’échanger, de rire et de polémiquer dans la langue de Molière. Mais ce ne sont que des moments en aparté, café, apéro ou bien dîner sur le rivage sous la ronde des astres. Mes potes, quoi.

Je disais quoi, là ?... Ah oui, les massages. J’ai beau ne pas en être féru, je fais donc une exception aujourd’hui après que certains m’aient convaincu des bienfaits d’un salon digne du panthéon. J’ai beau paraître parfois chien dans mes avis, je suis, en fait, très influençable quand mes proches insistent pour ne point rater un scoop, le massage du siècle en l’occurrence. Ni une ni deux, je file donc à l’adresse indiquée prêt à me soumettre aux mains expertes qui, soi-disant, me rajeuniront de dix ans question bien-être selon les dires de mes potes. Je vous raconte pas la suite…

Si, finalement, je vous la conte, je ne vous ai point fait ainsi languir pour éluder la chute. Gaillard comme jamais, je me présente auprès des hôtesses qui m’accueillent, toutes Miss Thaïlande, et m’introduisent dans une cabine VIP où l’on fait, me disent-elles, des miracles. Apparemment, mes potes ne m’ont pas embrouillé, je me méfie avec eux tellement ils sont souvent chelous, je trouvais zarbi qu’ils se cotisent tous pour me payer la séance. Les filles me proposent une putain de liste avec vingt différents massages à la clé, comment choisir ? J’ai bien hésité pourtant, le seul qui me branchait à priori était le massage réjouissance, le « massage extasy », trois déesses s’affairaient durant une heure et vous infligeaient un massage hors pair qu’elles exécutaient nues avec leurs corps de rêves dans une baignoire géante aux mille et un jacuzzis entre bulles, champagne et tsunami. Très franchement, je ne voyais aucun autre massage sur la liste pour me redonner vie. Finis les maux de dos, les crises existentielles, les petits soucis. Malgré tout, je n’ai pas voulu faire mon blaireau et j’ai opté pour le massage thaï traditionnel puisque mes potes me l’ont fortement conseillé.

Les hôtesses ont donc été chercher la seule masseuse qui culminait dans cet art légendaire. Sans déconner, j’ai flippé grave quand je l’ai vue arriver, la Mama pesait au bas mot 120kg, un air patibulaire la possédait, une furie illuminait son regard. A elle toute seule, elle aurait pu mettre à bas une armée, une seule gifle de sa part aurait mis chaos un bataillon tout entier. J’ai bien essayé de parlementer et dire que mon doigt avait fourché sur la liste des programmes proposés, elle fut imperturbable et commença à me tordre dans tous les sens, j’en ai encore le vertige. Elle me secoua tout azimut et j’ai beau eu la supplier d’arrêter, rien ne put la retenir. J’ai essayé de la soudoyer et lui promettre vingt fois le prix du massage en pourboire, elle fut sourde à mes suppliques. Une heure à gémir, à pleurer, à prier, une heure à crier pitié. Rien n’y a fait. Elle en a appelé trois autres à la rescousse pour me tordre plus encore durant un court instant qui me parut éternité, de vraies sadiques. Je ne sais pourquoi mais je pensais au bouquin de Houellebecq que je venais de lire, « Soumission ». La grosse vache se mit à me marcher dessus pendant que les trois autres chameaux me torturaient, sous prétexte que ça libère les ondes négatives, j’eus la soudaine impression d’être piétiné par un troupeau d’éléphants, du lourd !

A l’heure où je vous parle, je suis à l’hosto, encore. Ils ont direct appelé l’ambulance après la séance de massage, trois vertèbres déplacées, cinq cotes fêlées, le bassin fracturé, coudes et genoux pliés et un bras cassé, limite AVC. Elle m’a même proposé une petite gâterie en fin de course, j’ai pas osé dire oui. Alléluia !

 EXCURSION FORÊT PRIMAIRE        Le 08 septembre 2018

Nina Costes - Phuket
Nous partons dès l’aube, les premières lueurs viennent diluer cette nuit d’encre et l’asphalte défile sur ce désert urbain. Nous traversons cette ville fantôme sans croiser la moindre âme si ce n’est quelques cabots qui errent, au coin d’une rue, affairés par deux ou trois poubelles qu’ils mettent à sac, un véritable lynchage. Il y en a un qui nous prend en chasse croyant qu’on veuille prétendre à son butin, il gueule telle une meute derrière le minibus, enragé qu’il est, un vrai démon, avant de revenir tout fier vers son nonos et se la mettre cher avec sa bande à grands coups de crocs et de grognements dignes des enfers. La bagarre éclate, une rixe incroyable, le partage n’est pas leur mode de vie, c’est la loi du plus fort, leur monde est sans fraternité aucune. Des chiens, quoi.

Nous continuons dare-dare notre route pour cette journée vouée à l’observation animale. Espérons qu’une fois sortis de la ville, la faune est davantage cool, soumise aux accents bucoliques qui peuplent nos campagnes. Nous voilà déjà sur le Pont Sarasin qui relie Phuket au continent. Nous entrons dans la province de Phang Nga, la nature s’offre à nous, des parcs nationaux en veux-tu en voilà, des chutes d’eau en cascades, des cathédrales de forêt primaire, des mangroves à perte de vue, le sanctuaire de la vie animale. Nous nous réjouissons de cette odyssée qui nous attend, nous trépignons carrément et chacun songe aux futures rencontres qui jalonneront notre parcours dans cet univers digne de la Genèse. 

Après une petite demi-heure de trajet, notre premier arrêt. Nous rentrons dans un sous-bois délicieusement ombragé par des bouquets de palmiers avant de franchir une jungle épaisse par un sentier qui borde une magnifique cascade. Une pause baignade s’impose, à nous les joies du Jardin d’Eden. Chacun jouit de ce moment intense et nous voilà repartis, gonflés à bloc, dans les profondeurs des sylves d’Asie.

Nous entendons un bruit et tombons nez à nez avec un groupe de singes qui batifole sur les lianes environnantes, le charme opère et les appareils photos de mes invités canardent la scène. Sauf que c’était sans compter sur les susceptibilités du mâle dominant, le chef de la bande, qui prend ombrage de notre présence et décide sa meute à nous foncer dessus. Sauve qui peut ! Les macaques nous rattrapent sans effort et braquent d’entrée smartphones et appareils photos, l’embrouille commence. Ils nous barrent tout retour et nous sommes obligés de fuir dans les profondeurs de cette jungle désormais hostile. Quelques morsures et griffures ornent nos peaux en lambeaux mais aucun d’entre nous n’est resté sur le carreau. Saloperie de macaques !

Enfin, nous les avons semés, chacun retrouve ses esprits si ce ne sont deux ou trois qui flippent grave, ils sont au bord du « burnout » et commencent à prier au pied d’arbres centenaires. Je leur assure que Jésus est trop loin de nous, sa seule sphère était le désert de Palestine, la bible n’a jamais prévu un scenario tel que le nôtre, seuls les esprits de la haute forêt peuvent nous venir en aide si jamais tout est perdu. Qu’importe, je leur suggère de revenir en arrière mais sans emprunter la sente que nous avons jusqu’alors suivie puisque les macaques nous attendent encore pour nous infliger la pire des raclées. Il nous faudra affronter ronces et futaies entre scolopendres et cobras pour nous sauver de ce guêpier. 
A l’unanimité, malgré la trouille qui saisit notre sauvage équipée, nous rebroussons chemin mais progressons lentement tellement la marche est pénible dans cet enfer végétal. Les fourmis rouges, féroces, et noires, les pires, se régalent à notre passage et nous arrachent quelques larmes. Je les prie tous de ne faire aucun bruit pour ne point alerter les macaques qui guettent notre retour, y a pas plus malin qu’un singe. Putain, une averse tropicale nous douche tout à coup. Les sangsues déboulent de tout coté et nous assaillent sans pitié. Je leur conseille, plutôt que de tout prendre au tragique malgré les plaies, de profiter de cet instant privilégié pour considérer cette faune qui nous entoure, un moment unique. La magie des excursions Siam Evasion !

Nous rejoignons enfin le sentier du retour sans attirer l’attention de ces putains de macaques, plus que deux ou trois kilomètres dans cette jungle démente avant de retrouver le minibus. Mais c’était sans compter sur le python réticulé qui nous barrait le chemin, il faisait bien dix mètres, le con, prêt à avaler un de nous pour son déjeuner. C’est pas gagné. Ni une ni deux, nous reprenons la jungle épaisse pour l’éviter et nous écorchons grave dans un amas de ronces et d’épines. Nous revenons en sang dans le minibus, heureux d’être encore vivants. 

Elle est pas belle l’observation animale dans nos jungles du sud thaïlandais, hein ? Saloperie de bestioles ! Espérons tout de même que les avis seront au top sur tripadvisor. Après tout, il parait que les mésaventures se transforment souvent avec le temps en bons souvenirs, non ?

 MOUSSON        Le 07 septembre 2018

Allez, c’est parti.
Des myriades d‘écarlates défilent sur mon pare-brise, un ballet de couleurs comme jamais entre fuchsia, pourpre et rouge vermillon. Des lambeaux d’azur déchirent ce ciel de mousson avant que le crépuscule ne tombe. Les flamboyants trônent sur cette route que j’emprunte déjà depuis plus de vingt ans et qui relie Phuket à Krabi. Entre spleen et mélancolie, j’avale les kilomètres à la vitesse grand V sur quelques airs de blues qui hurlent dans mon cockpit à m’en faire péter les tympans. Des monolithes karstiques peuplent ce décor surréaliste entre ciel et terre, des ombres gigantesques parsemées de forêt primaire envahissent ces formations calcaires, les nuages passent ici à la vitesse de la lumière. Tout, ici, me parle, montagnes, cieux, arbres séculaires aux racines aériennes, palmiers et buissons ardents, ma bible n’est autre que ce roman de la Genèse au royaume des tsunamis. 
J’attaque le rivage et accélère encore, grisé par ces paysages qui sont miens aujourd’hui, des défilés de filaos me saluent au garde-à-vous à l’infini. Les flots dansent sur la Mer Andaman, c’est la rage des éléments sur un air de mousson, l’atmosphère s’emplit de noires colères avant que l’orage, tout proche, ne vienne. Des éclairs déchirent maintenant cet espace et le tonnerre redouble de fracas dignes de l’apocalypse, on dirait un géant théâtre aux allures titanesques, sons et lumières déferlent sur l’asphalte, la foudre tombe à corps perdu ici ou là, des cortèges d’anges et de démons rentrent en scène, le spectacle s’emballe et tout part en « live »
Une véritable furie s’empare de ce maelstrom devenu diabolique, des bourrasques furibondes me déportent de tout coté, je suis à deux doigts de quitter la chaussée, ma bagnole devient un bateau ivre entre vents et marées, je tiens bon la barre et fonce dans la nasse. Une impression de vivant envahit ma sphère émotionnelle, le moindre sentiment prend des élans de tragédie antique, Ulysse m’accompagne dans cette odyssée tropicale. Le ciel est prêt à me tomber sur la tête mais il ne pleut encore, je peux foncer tout azimut dans ce délire dantesque. 
Je suis seul désormais sur cette route infernale, je vire, je virevolte, enivré par la mousson, ma saison préférée, je déboule comme un dingue dans ce chaos hurlant, chevauchant mon bolide sous les cieux en feu au Royaume du Siam. 
Ça y est, le déluge ! Des torrents s’abattent sur l’asphalte, des montagnes d’eau inondent la route. Je fonce encore, deux ou trois pick-up s’envolent devant moi, aquaplaning oblige, il y en a même un qui fait une cabriole sur mon capot sans me toucher, la chance me sourit, j’étais à deux doigts d’y passer. Je sais pourtant que je ne suis qu’en sursis si je ne ralentis ma course à fond de train. Des ambulances surgissent, des sirènes hurlent sur le macadam, c’est le bal des damnés. J’entrevois quelques macchabés, quelques cadavres sur le pavé.
Le téléphone sonne, ma nana me demande qu’est-ce que je branle à une heure pareille depuis qu‘elle m’attend, je lui réponds que je m’envoie en l’air sur un air de mousson. Je lui dis que je roule tel un dingue dans ce bordel ambiant et que c’est vraiment niqué ce soir pour notre diner, la mousson sera ma seule fiancée.
Malgré tout, je ris avec Dante, le rire du fou qui échappe aux gémonies, et fonce encore dans cette nuit comme nulle autre, la nuit de tous les dangers, j’en suis le seul rescapé jusqu’alors même si je ne donne pas cher de ma peau dans les minutes qui suivent. Je m’allume une clope, celle du condamné, celle qu’on fume comme aucune autre au bord du précipice, au bord de l’abime. 
Quelques kilomètres me séparent de Krabi, mon but ultime, je suis à deux doigts d’être un miraculé, un camion déboule et je m’encastre dans son arrière-train, je finirai donc la nuit à l’hôpital au milieu des mourants qui peuplent mon cauchemar, c’est le bal des fantômes. Je vous rassure, la chance encore, juste quelques fractures sous le regard des anges malgré quelques frissons au moment de l’impact, ma vie défila tel un livre avant que je ne revive. Appelez-moi Lazare !

 LA DENGUE ENCORE        Le 02 septembre 2018


Dites, je crois bien que j’ai encore chopé la dengue. C’est quand même dingue, non ? Les toubibs m’avaient pourtant dit que je ne risquais plus rien puisqu’il n’en existe que 4 formes. Sauf que, là, c’est ma cinquième, ça commence à bien faire ces conneries. Ils me certifient qu’ils n’avaient encore identifié cette dernière et que je serais selon eux un cas unique dans l’humanité. Allons donc.

Il est vrai que je me fais sucer depuis déjà vingt ans par les moustiques sous nos tropiques sans me protéger pour autant. Je n’ose user de répulsifs anti-moustique pour ne point ajouter au trou d’ozone, grand écologiste que je suis devant l’éternel. Je me suis juste équipé d’un lance-flammes mais ne l’utilise que quand je pète un plomb à force de me faire sucer tout azimut dans la nuit de l’ile. Et dire que certains s’étonnent que je déménage tous les trois ans, j’ai tellement de problèmes avec mes proprios quand la demeure flambe, lance-flamme oblige, qu’il me faut impérativement bouger pour retrouver un toit digne de ce nom. Du coup, j’ai des procès en cascade tellement les plaintes ruissellent. Cela dit, ça les calme quand ils me voient débarquer à la cour armé du dit lance-flamme, je ne m’en sépare jamais, même pas quand j’emmène ma fille à l’école pour fumer le premier blaireau qui oserait me klaxonner sous prétexte que ma conduite serait dangereuse alors que je ne dépasse jamais les 120kh/heure en réseau urbain, je ne suis pas aussi fou que certains le disent. Il paraît que je roule trop vite mais mettez-vous à ma place, ma fille est toujours en retard, elle a le réveil difficile et je me dois de foncer grave pour que ses profs ne la blâment. Je la comprends aisément car j‘avais le même syndrome autrefois. J’arrivais à l’école à 10h le matin alors que tous rentraient à 8h et je ne cessais de me faire incendier par les enseignants. J’avais beau leur dire qu’il ne fallait aucunement le prendre avec tant de courroux et que la clémence suffisait amplement, ils ne décoléraient point. Je leur expliquai que j’avais pourtant de quoi être excusable, j’écoutais Jimmy Hendrix jusqu'à 5h du mat à l’époque, il est bien évident que je ne pouvais arriver à la même heure que tous les autres élèves, ce n’était pas de ma faute si tous s’endormaient vers 8h du soir bercés par Aglaé et Sidonie, une émission quotidienne qui faisait fureur alors auprès des mioches à la télé pour les endormir. Mes références culturelles n’étaient point les mêmes, pas davantage, pas de quoi en faire un fromage. Les profs n’ont pas voulu le voir ainsi, ils m’ont fait passer devant le conseil de discipline de multiples fois sauf que le seul élève du bahut qu’ils ne pouvaient virer, c’était le délégué des élèves, le seul élève à être présent lors de ce conseil pour défendre le cas incriminé, l’avocat des autres lycéens. Je me suis démerdé toutes ces années pour être justement l’élu afin de parer à toute éventualité. Je les ai ainsi niqués, ils pouvaient gueuler tout azimut, j’étais protégé par mon statut. J’avais dès le début, au lycée, senti la patate venir avec mes retards répétés au quotidien et ce fut la seule option possible pour continuer mes études sans changer de bahut tous les trois mois. Chaque année, le challenge fut de me faire élire par les autres élèves au conseil d’administration, cela marcha au-delà de mes espérances, ils savaient tous que je serai leur meilleur avocat devant profs et proviseur le cas échéant tellement j’étais déjà le mouton noir.

Vous comprendrez donc aisément que je ne peux incriminer ma fille pour son réveil lent, le matin, au moment d’aller au collège. C’est pourquoi je roule comme un fada afin qu’elle ne souffre des complaintes de ses professeurs, elle n’est pas déléguée des élèves, elle, et le risque est gros de n’arriver à l’heure pour le lever de drapeau et l’hymne national avant de rentrer en cours.

Je disais quoi juste avant ? Ah oui, j’ai encore chopé la dengue. Putain, une semaine de fièvre à terrasser un pachyderme, un délire paludéen avec des râles comme sur ton lit de mort, des farandoles de fantômes tout autour, tu ne sais plus à qui tu parles, vivants ou morts, les ombres et la lumière s'enlacent pour s'évaporer à souhait, un univers surréaliste, une lucidité nouvelle, une autre conscience… Ouste la comédie humaine, des images d'outre-tombe, un dépassement de soi à tomber dans les pommes, la raison transcendée par le bouillonnement du corps afin de toucher à son identité plus encore, à son essence. C’est dingue !

 FRATERNITÉ        Le 20 Août 2018

Le genre humain est partout le même, que ce soit en Thaïlande ou bien en France et partout ailleurs à vrai dire, il hérite des mêmes qualités et des mêmes travers où que l’on soit. Par contre, quelques nuances de taille le différencient selon la latitude, selon la culture qui le caractérise. C’est pourquoi nous nous sentons mieux dans tel pays plutôt que dans un autre, l’atmosphère change vite d’un endroit à l’autre et, en fonction de notre quête, de notre philosophie en un mot, nous préférons telle contrée qui correspond davantage à nos aspirations même si celles-ci peuvent changer en chemin, rien n’est figé, statique, définitif.

C’est ainsi, donc, que ma terre d’élection est la Thaïlande depuis longtemps déjà. Je suis véritablement tombé amoureux de ce royaume et de son peuple à la culture si singulière, je ne saurais vivre ailleurs. Vingt ans après, je suis davantage encore collé qu’à mon arrivée ici, je ne me lasse de ces atmosphères qui embaument mon quotidien et je me plais ô combien d’échanger tout propos sur un air de gaité entre mille et un sourires et de multiples rires avec ce peuple incomparable à mes yeux. Un air de fraternité rare inonde mes jours qui passent depuis toujours en ce pays, un air léger que je sais apprécier. Qu’ils soient bouddhistes, musulmans (14% de ce peuple mais 50% dans les provinces du sud) ou bien taoïstes (15% de la population, les Sino-Thaïs), je me plais de vivre avec eux tous, mes frères et sœurs désormais.

Entendez-moi bien, je ne fais pas d’angélisme et suis le premier à dénoncer les dérives ici comme ailleurs mais j’avoue que le peuple thaï me charme comme aucun autre. Au cours de mes différentes pérégrinations en ce monde, à peu près partout, sur tous les continents, je n’ai absolument jamais rencontré une telle fraternité, un tel sentiment de bien-être, une telle volupté dans les rapports au quotidien entre humains. A tel point que cela revêt un caractère surréaliste comparé à toute autre société.

S’il fallait réduire en deux phrases seulement la philosophie de ce peuple thaï haut en couleur, je dirais : 1. Eviter le conflit en permanence ; 2. Tout ce qui n’est pas amusant n’est pas digne d’intérêt. Avouez qu’avec de tels préceptes, la vie prend tout à coup une dimension légère qu’il est difficile de retrouver ailleurs. De plus, la Thaïlande jouit d’une culture matriarcale à l’échelle d’un pays tout entier, je ne connais d’autres pays où il en est ainsi. C’est probablement pour ça que toutes les tares de nos cultures patriarcales ne sévissent ici. L’homophobie est inexistante dans ce royaume et les filles sont reines aucunement soumises au genre masculin ; le proxénétisme est absent du monde de la prostitution et les filles de bar affichent leur prix en fonction de leurs clients sans que qui que ce soit leur prélève une dime ; les agressions sexuelles sont quasi-nulles tellement il existe de bars et de salons de massage où ceux qui seraient à ce point en manque peuvent se soulager d’un accord commun avec quelques billets sans importuner le genre féminin en dehors de cette sphère. En outre, la drogue est un problème mineur et peu s’adonnent à ces paradis artificiels (quoiqu’en pensent certains) contrairement aux autres pays de ce monde où elle coule à flots, la bouffe est vraisemblablement leur seule came tellement ce peuple est épicurien et gourmand, à croire que ce peuple est le dernier peuple heureux sur cette terre.

Tout le monde peut s’acheter à crédit ce qu‘il veut, il suffit juste de bosser dans cette économie de plein emploi qu’est la Thaïlande comme il en fut autrefois chez nous lors des Trente Glorieuses, il suffit juste de payer les traites. La délinquance est un phénomène mineur aussi, ce n’est pas ici qu’on vous arrachera votre sac en chemin et si, par mégarde, vous l’oubliez au resto ou bien ailleurs, le staff vous le ramènera avec empressement avant que vous ne quittiez les lieux. Cerise sur le gâteau, personne ou presque ne vous affligera de son humeur mauvaise pour vous pourrir la journée. Les seuls qui vous importuneront peut-être seront quelques taxis avides de commissions en vous arrêtant sur votre trajet dans quelques boutiques que vous n’aviez prévues en chemin.

Il est bien évident que certains me contrediront dans tout cet énoncé tellement ils ont oublié ce qu’il en est ailleurs qu’en Thaïlande, on peut toujours broder. Sachez cependant que je n’essaie point de vous mystifier, je vous balance l’histoire telle que je la pense et la vis depuis vingt ans déjà ici. Je ne ferme jamais la porte à clé la nuit lors de notre sommeil. Je n’ai jamais un accent paranoïaque quand ma fille âgée de 14 ans seulement sort avec ses copines jusqu’à minuit entre cinéma et party, il en serait tout autre en France.

Bref, je ne vous conte pas un quelconque paradis, il n’y en a aucun, je vous balance en vrac ce qu’il en est de l’existence ici tel qu’au quotidien je le vis. Ceci dit, le seul bémol est le trafic urbain, il est tel que je flippe tout azimut quand je sais que ma fille revient de l’école en scooter avec sa mère, sa sœur ou bien avec une de ses copines plus âgée qu’elle, on peut conduire un scooter en Thaïlande dès l’âge de 15 ans révolus une fois le permis en poche. N’oublions pas que vingt mille personnes succombent sur les routes de ce pays annuellement, un des pires qui soient en ce monde. De plus, personne ne porte un casque en scooter, même pas ma fille, ils ont tous neuf vies ici, réincarnation oblige. Je vous l’accorde, c’est pas géant, le danger reste présent malgré tous les dièses énumérés auparavant.

 DEUIL        Le 10 Août 2018

Un malheur est arrivé aujourd’hui dans notre demeure. Les rideaux sont tirés comme il en est ainsi dans pareil cas dans toutes les demeures, un parfum de mort hante l’atmosphère. La joie s’en est allée, les cœurs se remplissent de larmes et chacun essaie désespérément de trouver désormais un sens à la vie si tenté que cela soit à nouveau possible, un jour. Les condoléances de circonstance ne peuvent aucunement soustraire une once de chagrin, rien ne peut à chaud relativiser la perte de cet être cher qui inondait chaque moment d’une immense volupté au quotidien dès que nous nous retrouvions tous, le soir, autour d’un humble repas pour célébrer la gloire de notre triangle œdipien entre mille et un rires sur un air d’insouciance.

Bien-sûr, l’actualité est là pour nous rappeler que les pires malheurs inondent ce monde, il suffit d’allumer la télé pour nous en rendre compte, je ne sais dans combien de chaumières les larmes débordent tel un tsunami. Il en est ainsi de la condition humaine depuis toujours. Les plus terribles calamités déferlent en continu quand on prend conscience de notre quotidien à l’échelle de la planète entière. Je ne saurais dire combien d’êtres perdent la vie chaque jour qui passe, ce chiffre doit être insolent si l’on consulte seulement les affres de l’Histoire. Qu’importe, rien ne saura soulager la perte d’un compagnon depuis tant d’années, rien ne pourra nous consoler.

Se réveiller demain après ce cauchemar, si tenté que le sommeil ne nous quitte, sera un défi majeur pour retrouver un goût à l’existence. Le souvenir de tout être aimé qui disparait laissera un vide à tout jamais. Seul le temps, peut-être, pourra nous réconcilier avec la vie mais rien n‘est sûr, certains ne s’en relèvent jamais. J’en connais plus d’un qui perdirent ainsi ne serait-ce que l’envie de sourire des années après, trop peiné pour encore pleurer tellement de larmes ils avaient versées, leurs yeux trop secs aujourd’hui pour explorer encore ce malheur rencontré un jour dans cette vie de damné.

Malgré tout, il nous faut bien survivre même si quelques-uns ne trouvent le salut que dans le suicide afin d’en finir au plus vite. Mais comment retrouver un semblant de joie de vivre quand il en est ainsi ? On peut débattre longtemps sur ce sujet, aucune réponse censée ne pourra nous éclairer quand les ténèbres nous assaillent de tout coté. On peut être croyant, fou de dieu, animiste, agnostique, philosophe… comment gérer une telle souffrance ?

Toujours est-il que nous ne rentrerons plus jamais dans notre douce chaumière – home, sweet home - le cœur léger, de multiples élans lyriques à la clé, pour se raconter notre journée, qu’elle soit faite d’heureux évènements ou de multiples galères comme il en est souvent au quotidien. On rentrera désormais le cœur lourd, des kilos sur les épaules, un chagrin immense qui nous terrasse à chaque seconde qui passe. Chaque bouchée lors de nos repas aura un goût de cendres et nos veillées ressembleront à un chemin de croix, le chemin des gémonies, une lourdeur sans pareille nous plombera à tout jamais.

Babouche nous a quitté, Il paraissait peinard sur le perron tellement il venait de se gaver de croquettes quand je suis arrivé, trop vite, je l’ai malencontreusement écrasé, un vrai massacre, une vraie boucherie, une tuerie. J’étais à deux doigts d’écraser ma fille aussi qui ronronnait en sa compagnie. Une mare de sang giclait sous ma roue, un pugilat, y avait même des bouts de viande sur le capot par ricochet, un bon coup de karcher et on n’y verra que du feu. J’ai beau eu essayer de panser les plaies, rien ne put arrêter l’hémorragie, il s’est vidé à la vitesse grand V. Les tripes gisaient sur le pavé, la cervelle ruisselait sur l’asphalte, les fourmis déboulaient de partout pour se faire un chat tartare, un festin. Babouche n’était plus que l’ombre de son fantôme, les dés étaient jetés, on ne reverrait jamais Babouche si ce n’est que dans nos rêves.

Le petit chat est mort.

 GASTRONOMIE        Le 07 Août 2018

Je reviens de chez des potes qui ont acheté une maison sur Rawai, au sud de Phuket. Ils vivent quelques mois ici comme tant d’autres, un pied en Occident et l’autre en Extrême-Orient. Ils me ramènent quelques bouquins et vins de France à chacun de leur passage, je leur en passe aussi, non pas des vins mais des bouquins, les derniers qui restent dans ma bibliothèque, les quelques-uns sauvés depuis le tsunami, essentiellement des livres sur l’Histoire du Siam, notamment sur les ambassades envoyées par Louis XIV fin XVIIème siècle, le Grand Siècle dit-on. Je déteste voir les bouquins mourir dans ma bibliothèque et les prête, voire les donne, volontiers.
Bref, entre copains, rires et bières, bières seulement à la veille de leur retour dans l’hexagone puisque nous avons écumé dès leur arrivée les quelques bouteilles des grands crus ramenés de Bourgogne pour la plupart, nous fêtons le dernier pot ensemble avant leur départ. J’ai pu lire un soupçon de tristesse avant qu’ils ne quittent nos tropiques mais bon, le boulot les attend et la vie n’est pas faite que d’apéros le crépuscule naissant entre cigales et grillons. Nous avons donc éludé tout bémol pour se la jouer dièses seulement autour de la piscine sans pour autant oser une baignade tellement nous fûmes volubiles dans nos élans lyriques et quelque peu éthyliques.
Cathy, Michel et Maël, trois noms que j’invente pour respecter l’anonymat, s’en vont donc. Ils vont me manquer. C’est vrai quoi, moi qui vis en mode ermite désormais tellement tout déplacement implique des heures d’embouteillages sur Phuket aujourd’hui, je me plais en leur compagnie et leur résidence est à à cinq minutes à peine de chez moi, à pied, en bagnole trois heures aller/retour.
Je ne vais pas vous dire qu’on recompose un café littéraire lors de l’apéro, on peut toutefois se marrer sans être obligé de raconter toutes ces grivoiseries débiles issues de notre misérable culture patriarcale et oser quelques références d’un ton léger sur des bouquins qui nous ont marqués entre Baudelaire, Céline et Houellebecq pour ne citer qu’eux. N’oublions pas que la Thaïlande est un pays matriarcal et que l’humour ici est de tailler les mecs, un humour sur le fil du rasoir, j’adore. Juste un air de Rabelais plane dans l’atmosphère entre pâté, saucisson, jambons, fromages, vins ou bières. La substantifique moelle.
Néanmoins, mes amis me quittent, les noms bidons précédemment donnés afin de cacher leur vraie identité. Je vais vraisemblablement vivre ces derniers mois de mousson dans mon antre avant qu’ils ne reviennent armés de chapelets des meilleures charcuteries et autre fois gras du terroir gaulois ainsi que quelques bouteilles issues du panthéon de Bourgogne et du bordelais. S’ils ne m’amènent, la fois prochaine, Petrus et Romanée-Conti, je les zappe direct dès leur retour ici.
Juste pour l’info, je vous balance que ma fille me parle encore de ce diner avec eux dès leur arrivée sous nos tropiques où fromages et saucissons dansaient sur notre table. Nina est la seule Thaïe du royaume à bouffer charcuterie et fromages, les autres trouvent ces mets sans intérêt, ils cherchent tous le bol de piments pour épicer l’histoire quand ils y goûtent tellement c’est dégueulasse pour leur palais. Ils en font aussi ainsi pour le foie gras, apparemment ce n’est pas leur tasse de thé. J’ai beau leur dire que le fromage c’est notre durian à nous, ils me regardent tous comme si j’étais un Martien. A leurs yeux, comment comparer fromage, ce machin abject, et le durian, ce fruit issu de leur Jardin d’Eden à eux. Je n’essaie jamais d’argumenter à voir leur mine dégoutée. Un fossé culturel abyssal nous sépare sur ce sujet. Même ma fille n’ose avouer son engouement sur les fromages à ses copines de peur de se retrouver seule à la récré.
Par contre, elle ne cesse de se gaver aussi de durians avec sa mère, leur fruit de la passion à elles, j’en ai la nausée. Il suffit de gueuler « durian » même si elles dorment à poings fermés que tous leurs sens soient aux aguets, le réveil est immédiat. Si je hurle « école » le matin, c’est pas gagné, il me suffit seulement de susurrer « durian », le mot magique, pour que Nina ouvre grand les yeux. C’est inouï comme ce fruit les rend dingues dans ce pays. La dernière fois que j’ai goûté au durian, les filles ont dû appeler l’ambulance, je me tordais de douleur, des maux de ventre digne de l’enfer de Dante, à croire qu’ils ont estomac et intestins bétonnés dans ce royaume, n’essayez jamais à moins de vouloir vous suicider.
Dites, je vous balance une dernière info entendue sur Radio Potins ce matin. Deux Américains, le couple Mc Donald - des empoisonneurs notoires à l’échelle planétaire - en vacances à Paris se commandent une assiette de roquefort en fin de repas, notre durian à nous, ils ont dû appeler l’ambulance, ils sont transférés direct en soins intensifs. A l’heure où je vous parle, on ne sait encore si on pourra les sauver. Ça craint.

 CROCODILE PARTY        Le 26 Juillet 2018

Le retour du crocodile ! Encore un qui s’est échappé d’une ferme pour ne pas finir en sac à main ou bien dans un show pour touristes à deux balles, je le comprends. Et dire que ma fille me reproche que je ne l’emmène point à la plage depuis des années alors que je lui ai ainsi sauver la vie, les mioches sont plein d’ingratitude.
Le saurien se balade sur nos plages dans le sud de Phuket, c’est la parano à tous les étages comme si le machin pouvait grimper au balcon la nuit venue. 
Pour l’instant, il n’a bouffé que deux ou trois poissons mais le monde le recherche activement pour lui faire son compte, une battue en continu mobilise toute force, le moindre blaireau qui se faisait chier à mourir depuis longtemps trouve désormais un sens à la vie, certains ont même ressorti grenade, bazooka et fusil, ça craint. Des milices se créent sous la voute et le moindre bruit suspect peut déclencher à tout moment un tonnerre de feu, c’est la fête aux neuneus. Les amoureux n’osent plus se promener sous le firmament de peur, non pas du crocodile, d’être pris pour cible par des énergumènes ahuris qui patrouillent armés et vraisemblablement bourrés dès le crépuscule. 
C’est pourquoi j’ai dû annuler mon dernier rendez-vous galant avec Miss Thaïlande que je courtise pourtant depuis déjà neuf mois sans pouvoir conclure, je ne la vois que le soir au bord du rivage pour notre quotidienne balade sous le regard des anges, une muse éprise du clair de lune. Je n’ai pas envie de finir criblé de balles dans la nuit de l’ile alors qu’un ouf nous aurait confondu avec Super Crocodile. Je suis même à peu près sûr que certains m’auraient volontiers assassiné en toute impunité sous prétexte d’avoir aperçu une ombre suspecte sous les cocotiers. Je n’ai pas toujours bonne presse auprès de cette « fine fleur » qui nous entoure dans notre communauté d’expatriés avide de pugilat et d’instincts guerriers quant aux quelques-uns, pas nombreux heureusement, qui se pensent au temps des colonies et traitent les Thaïs comme des sujets soi-disant inferieurs, on croit rêver. Jean Boulbet, malgré son statut consulaire, avait ce même problème, il a eu affaire à de multiples cabales contre lui, ce qui m’a rapproché immédiatement de lui, un homme qui suscite autant de polémiques envers lui mérite ma sympathie, il ne savait point se taire dès qu’un individu issu de sa communauté osait dire des contre-vérités sous la voute, il était bien plus chien que moi dans ce domaine, il ne laissait rien passer.  
« Au village, sans prétention
J'ai mauvaise réputation
Qu'je m'démène ou qu'je reste coi
Je pass' pour un je-ne-sais-quoi
Je ne fais pourtant de tort à personne
En suivant mon chemin de petit bonhomme »
J’ai emprunté ce refrain de Brassens pour imager ma position ici-bas, comprenne qui pourra.
Toujours est-il que mon ami crocodile est encore en fuite. J’ai de la sympathie pour lui, je suis sûr qu’il ne ferait de mal à une mouche. Par contre, s’il pouvait en bouffer une brochette de ces quelques escrocs et fachos néo-colonialistes qui sévissent sur notre ile, ce ne serait que justice, on ne pourrait que le féliciter et l’honorer de quelque offrande en lui donnant les derniers qui auraient échappé à son festin.
Qu’importe, je ne vais pas refaire le monde, je me contente de vivre tel que je suis, perché mais gentilhomme, sans participer pour autant aux diners protocolaires de la communauté qui me bassine souvent et entonner le chant des partisans à tout bout de champ, quitte à déplaire, je n’ai pas pour vocation de sauver l’ennui de mes compatriotes sur cette ile. Désolé mais j’ai mieux à faire entre mes extrapolations littéraires et les dingueries de ma fille qui s’imagine que je serais Dieu le père dès que l’heure du shopping arrive, la seule heure où elle m’aime avec un grand A.
Dites, je repense à mon pote crocodile en cavale, je suis prêt à l’accueillir dans mon jardin où je ne fous jamais les pieds tellement je flippe d’une mauvaise rencontre entre serpents et varans, le monde des reptiles, je suis certain qu’il se sentirait comme chez lui et que personne ne penserait à le trouver ici. Qu’en pensez-vous ?

 FOOT        Le 12 Juillet 2018

Je ne suis pas un passionné de foot aujourd’hui, depuis longtemps déjà, contrairement à autrefois, j’ai joué au foot durant onze années pourtant dans mon enfance jusqu'à l’adolescence, je ne voyais alors que cette sphère qui encore maintenant emporte tous les suffrages auprès de la jeunesse surtout mais pas seulement, même les seniors se passionnent pour ce sport-roi, particulièrement lors de cet évènement majeur qu’est le mondial tous les quatre ans. 
J’avoue néanmoins que je participe à cet élan quelquefois comme en 1998 ou bien aujourd’hui lorsque la France est au premier rang. Je ne suis pourtant pas chauvin, je vis en Thaïlande depuis si longtemps et ne suis comme tant d’autres qu’un immigré sans référence constante à mon pays contrairement à beaucoup qui se croient issus de la cuisse de Jupiter. Vous remarquerez en chemin que je n’emploie le terme expatrié tel que les autres le font afin de se donner un statut qui serait soi-disant davantage valorisant. Soyons sérieux, nous ne sommes que des immigrés lorsque nous quittons notre pays de naissance quel que soit le pays d’origine.
Bref, je vibre donc et m’inscris parmi les supporters des Bleus tout au long de cette coupe du monde alors que certains ne donnaient pas cher de notre équipe, même Deschamps était raillé et traité de bras cassé, il en était ainsi aussi avec Aimé Jacquet en 98. Toujours est-il que les voilà en finale, bravo les mecs, sans savoir pour autant à ce jour s’ils la gagneront face aux Croates, une équipe redoutable.
A travers les post qui inondent FB quant à ceux qui détestent le foot et qui nous ressortent ce vieil adage romain : « Du pain et des jeux pour contenter les foules », pour se donner un air supérieur loin de nos passions débiles dignes, à les entendre, d’un crétinisme aigue, je pense au contraire qu’il est sain et amusant de se joindre à cette fête. Avouez que c’est mieux qu’une guerre, non ?
Au risque, donc, de paraître un blaireau pour m’animer ainsi quant à cette compétition-reine dans le monde du sport, je crie : « allez les Bleus ! ». Et même si jamais les Croates remportent la coupe, il est évident que nous aurons passé quelques bons moments entre quatre bières et deux pétards, entre espoir et désespoir pour un ballon rond. Pensez que Bernard Pivot adore le foot, et le mec est loin d’être un blaireau. Pensez aussi à Cantona qui, au-delà de son statut de footballeur, le mec nous invite à réfléchir dans ses émissions TV par le biais des légendes du foot qui ont osé s’affranchir des dictatures en Amérique du Sud quitte à en souffrir dans leur chair. Arrêtons de penser que le foot est un sport d’idiots, c’est tout le contraire. Vive le foot ! 
Certes, nos conditions ne seront point changées pour autant une fois le mondial passé, champions du monde ou non, mais qu’importe, le foot n’est pas une religion, c’est juste un challenge qui occupe les nations dans un élan sympathique et ludique, pas davantage, c’est juste un élément culturel qui permet à chacun de crier, rire ou pleurer et plus encore dans ce monde fou de dingues avides de légèreté sur un air lyrique au milieu des feux d’artifices.
Allez les Bleus !

 SPLEEN           Le 27 Juin 2018

C’est mon anniversaire. Je redoute ce jour entre tous chaque année tel un tsunami qui déboule sur le chemin de ma vie. Non pas à cause du temps qui passe, ce n’est pas mon souci. Un spleen m’envahit que je ne saurais expliquer, un putain de blues me taraude, me submerge, me saisit. C’est le bal des mélancolies.

Les miens, qui se comptent sur les doigts d’une demi-main, je n’ai point fondé de dynastie, se désespèrent devant mon peu d’entrain. Pas question de gâteau ou même de cadeau, ils savent tous que je ne ferai pas le beau.

Moi qui ne sait ce que sont les larmes, cœur tendre mais endurci, malgré les nombreuses épines, les multiples folies pas toujours très douces inhérentes à notre existence, le chemin des gémonies, il m’arrive d’en verser quelques-unes en ce jour pourtant symbole de ma venue ici-bas. Ne me demandez pas pourquoi, je n’en ai aucune idée, il en est juste ainsi. Pourtant, la vie fut clémente avec moi jusqu'à aujourd’hui, allez savoir d’où me vient ce syndrome zarbi.

Me réveiller est déjà une tannée, une véritable galère. C’est pourquoi je m’en vais humer le parfum des tempêtes sur les rivages oubliées là-bas, c’est le temps des moussons, plutôt que de me fondre dans des atmosphères fastes dignes d’un anniversaire, faire tapis-bas et moisson question cadeaux et autres feux de joie. C’est le temps des tsunamis.

Ma philosophie est noire de chez noire me disent mes potes, le syndrome Charlie Parker, une bulle de jazz sur un lambeau d’azur, l’influence des Poètes Maudits peut-être entre Miles Davis et Apollinaire. Je leur réponds que c’est elle qui me donne ce sourire sur la vie puisqu’ils sont tous d’accord pour penser que je serais selon eux l’être le plus jovial et enthousiaste qui soit sur leur parcours éphémère, un vrai mystère. Peu importe les considérations de tout bord, on se la joue les copains d’abord malgré vents et marées au-delà de cette journée pourrie. Raz le bol des conneries.

Je mets donc ma crise existentielle en veille, à l’aube du crépuscule, après des heures passées à respirer le vent du large et, enivré par les éléments, je reviens et réapparais parmi les miens, mes copains et surgis comme hier, c’est le temps des agapes, le temps de l’amitié et des franches rigolades sur un air de légèreté, c’est parti.

Du coup, on se la fait enfants des rues, épris d’innocence, d’insouciance et, sans le dire, on fête enfin ce putain d’anniversaire comme s’il s’agissait d’un jour sans protocole aucun, un jour béni, un jour comme tous les autres dans ce monde qui nous a vu naître, un jour lambda qui passe sans feu ni gloire dans cet univers, un jour comme hier ou demain entre ombre et lumière.

Bon, j’arrête de vous gaver avec mes considérations débiles, je retourne sur mon sentier pépère auprès de mon arbre au cœur de la ville, je reviens sur le fil de mon parcours ô combien sinueux entre palmes et épines, sans couronne de lauriers, sans prétention ni croix aucune et continue mon bonhomme de chemin au milieu de cette zone qui nous entoure. La vie, cette chienne, est loin d’être une panacée, ce n’est pas une raison pour nous angoisser autant dans ce marasme. Raz de marée, guerres, malheurs et calamités nous pendent au nez mais je suis prêt à parier que notre dernier souffle n’est pas pour tout de suite, même nos souffrances transcendent parfois notre lendemain quand elles ne nous tuent.

Aujourd’hui, il n’en est rien, c’est le jour de mon anniversaire, un accent posé dans ce néant qui m’étouffe et qui pourtant me redonne ce souffle, tout n’est que paradoxe, je ne vis qu’en apnée et ris malgré tout, le rire du fou, sur cette planète dingue, seul mon désespoir me fascine.

Hier athée ou bien agnostique, aujourd’hui mystique amoureux de la lune et de chimères, je finirai demain animiste, pour sûr, sur le chemin des apsaras dans ce pays de mousson à la lisière des confins insoumis tout au fond de cette Asie qui peuple mon imaginaire, ma vie, alors que je ne suis que le fils d’Homère. Putain d’anniversaire.

 HÉCATOMBE           Le 20 Juin 2018

Non, je le crois pas, la foudre vient de tomber dans mon jardin sur mon plus beau palmier, un massacre, une tuerie. Pour une fois que je plante un truc dans cette jungle folle infestée de cobras et de scolopendres, c’est pas de bol. Je l’ai planté l’année passée, le jour de mon anniversaire, tout un symbole. 
C’est pas demain que je me remets à jardiner. Faut dire que c’était une première, j’avais jamais fait ça avant, je me demande même comment il a pu pousser tellement je suis mauvais pour opérer. A vrai dire, j’ai juste balancer le plan par la fenêtre en pleine extase de peur de rencontrer un reptile, y en a de partout, ils font des congrès, des séminaires, des concerts, des « raves » autour de ma demeure, leur Woodstock à eux. Et puis, un vrai miracle, le machin a grandi au milieu des ronces et des futaies qui peuplent ce délire végétal.
Ma fille m’avait pris la tête, alors, au retour de l’école sous l’influence de l’évangélisme bien-pensant de ses maitres jésuites, me disant qu’il fallait impérativement planter des arbres pour sauver la planète. Je culpabilisais grave sachant que, comme tout un chacun, je balance un wagon de sacs plastiques au quotidien. J’ai donc obtempéré pensant que mon palmier allait faire revivre l’humanité et l’oxygéner. La mousson venante en a décidé autrement, la salope. Elle m’a humilié dans mes élans de jardinier. 
Y a deux ou trois ans, il en fut de même, ma fille me prend soudainement le chou pour arrêter de fumer, ce cancer qui me pend au nez. Ses professeurs lui avaient bourré le mou ainsi qu’aux autres mioches de son lycée pour que les parents, surtout les pères, en finissent avec ce syndrome funeste. Résultat des courses, elle me dit que je fus le seul parmi les parents des copines de sa classe qui continua de fumer des clopes tout azimut, le mouton noir de l’histoire. Depuis, je suis carrément obligé de l’attendre en dehors de l’école tellement tous ses profs me matent d’un œil mauvais, ils ne m’ont pas délivré le badge d’entrée tant que je n’aurai arrêté de les enfumer. Ça craint. 
Bon, je vous rassure, ma fille n’en a pas fait une jaunisse ni un cancer des poumons, y a bien 25 mètres de mon pupitre à sa chambre et deux portes blindées qui ne laisseraient passer le moindre rayon atomique, même un tsunami ne pourrait l’atteindre.
Toujours est-il que mon palmier, un Keriodoxa Elegans s’il vous plait – ô mon palmier, roi des palmiers ! - le seul endémique sur l'ile de Phuket, n’a pas fait un pli lors de ce putain d’orage, il ne lui reste qu’un trognon en guise de couronne. J’assiste à son trépas et ces derniers restes ne feront pas long feu, les termites l’assaillent de tous cotés sans aucune pitié. Les fourmis ne sont pas les dernières non plus, elles débarquent par bataillons entiers et lui portent les ultimes estocades afin de le réduire en cendres. J’ai même vu deux ou trois corbeaux venus lui chier sur la gueule. 
Vous savez quoi ? Demain, j’achète une tonne de Glyphosate pour me débarrasser de toute cette vermine et je cimente le tout, j’ai un plan béton avec Monsanto, il me garantit un effet immédiat et me fait 30% de rabais à la tonne. J’ai aussi contacté les bras cassés d’à coté qui font le tunnel du rond point de Chalong à Phuket, à deux cent mètres à peine de chez moi, ils me font la tonne de ciment à prix béton. 
Mon jardin deviendra ainsi un mausolée, le tombeau de toute faune et flore, un cimetière. La foudre peut donc encore la ramener, elle n’aura que le jardin du voisin pour se la jouer, chez moi tout est mort désormais.

 NOMADE                  Le 20 Juin 2018

Je prends une pause et me fume une clope sur la terrasse. La mousson n’en finit pas de rugir entre vents furibonds et averses torrentielles. La mousson, quoi. Des heures que je m’active, déménagement imminent oblige. Non pas que j’amasse mes reliques dans des cartons dont je ne saurais que faire, bien le contraire. Des heures que je balance tout azimut ce qui me semble superflu, à peu près tout ce qui meuble ma demeure, je ne sais rien garder ou si peu. Une volupté inouïe s’empare de mes élans lors de ces grands mouvements migratoires dans mon espace-temps, je jette jusqu'à m’en saouler, même ce qui me paraissait hier le plus précieux. J’avoue que j’exagère au fur et à mesure, à tel point que mon seul bagage finit dans un modeste balluchon ne pesant guère avant de quitter ce lieu où je vécus naguère. Je déménage tous les trois ou quatre ans et suis parmi les quelques-uns qui ne veulent devenir propriétaire. Mon existence est faite d’errances, un éternel locataire, un nomade.  
Le quartier entier mate mes poubelles comme à chaque déménagement, je ne sais ce qui les enivre de récupérer ainsi tout ce gâchis issu de shoppings improvisés soumis à quelques atmosphères de moments éphémères. Ça y est, la bagarre commence, ils se battent carrément afin de s’emparer du dernier carton, du butin, même mon proprio s’en mêle plein de reproches à mon égard sous prétexte que je devrais lui réserver un droit sur mes poubelles alors qu’il me suce telle une sangsue depuis des années. Comme si je lui devais encore quelque chose à lui, ce chacal. Il est pourtant riche à millions, le con, mais se la joue pour le coup chef de la Croix-Rouge et compagnon d’Emmaüs, le menteur, le vénal. Il ne rêve que de vendre mes reliques à ses voisins, du haut de ses 85 balais, chef de la rue qu’il est, la réincarnation d’Oncle Picsou.
Certains s’apprêtent à passer la nuit dans mes poubelles, ils campent tout autour afin d’être les premiers là demain, dès mon réveil, comme on le ferait pour la finale de la coupe du monde devant le stade ou pour le dernier concert des Rolling Stones. Les marchands de brochettes et de barbe à papa déboulent alertés par la rumeur avant de disparaître dare-dare une fois leur stock écoulé, ils sentent la patate venir. La densité humaine devient terrifiante, on se croirait jour de soldes aux Galeries Lafayette. Un mini Woodstock s’organise. Sauf que l’ambiance n’est pas des plus fraternelles, les regards s’aiguisent à couteaux tirés, des intrigues se nouent, les empoignades redoublent, je crains le pire.
Peu importe, je continue de jeter sans frein, la foule s’amasse et en vient aux mains, ils sont à deux doigts de sortir les flingues, une véritable émeute anime maintenant mon palier. Les meilleurs voisins de la veille se balancent mille injures et se boxent avec entrain pour s’arracher des machins dont ils ne sauraient quoi faire le lendemain, un engouement matérialiste les possède soudain. Je ne suis pas peu fier de semer ainsi une telle zizanie juste avant de leur dire adieu. 
J’allume une autre clope en considérant cette nouvelle averse tropicale. Personne n’en à cure, le pugilat s’intensifie sous une pluie battante infusée d’une immense colère. C’est la guerre.

 NIGHT FEVER         Le 14 Juin 2018

Ce soir, je me la joue « nignt fever », du lourd. 
Après trois semaines de régime végétalien, sans clopes ni vin ou bière ; une heure de jogging au quotidien ; une libido en sommeil, même pas une masturbation libératrice en chemin ; une méditation en continu sous la contemplation des éléments ; une séance de yoga, ceux qui me connaissent n’oseront jamais le croire ; et des élans sympathiques comme jamais au volant, je laisse passer en souriant le moindre abruti qui se la joue le premier du lot dans cet enfer embouteillé et me laisse copieusement injurié par tout automobiliste ne supportant point ma conduite à 50kn/heure qui, je l’avoue, est une calamité dans ce monde pressé.
Bref, cette nuit, j’ai zappé. Me voilà dans un bar, un scoop, je m’enivre et reluque la silhouette des hôtesses belles comme le jour qui m’incitent à boire comme jamais. Moi, qui n’ai pour ainsi dire susurrer que trois phrases durant presqu’un mois, je suis volubile comme aucun ici-bas, je me venge de cette retraite digne d’un jeûne bouddhique, d’un ramadan ou bien d’un carême entre trois piliers de bar débiles et illettrés qui travaillent ici dans le monde de la plongée, deux anglophones et un francophone habitués à converser avec le monde sous-marin, un univers bubullesque. Ils me déversent leurs idioties quant à cette Thaïlande qu’ils croient connaître et qu’ils ignorent apparemment, crétins devant l’éternel qu’ils sont. 
Peu importe, je suis clément mais préfère converser aves les petites fleurs de lotus qui travaillent en ce lieu, trop contentes qu’elles sont que j’agite la cloche toutes les dix minutes pour une tournée générale, innocent et déjà bourré que je suis dans leur vie de bar où je ne vais que si rarement, voire presque jamais. Au-delà de leurs considérations vénales, elles s’éclatent en ce moment ludique, les Thaïs(es) sont ainsi faits que seul le moment compte, le présent occupe tout l’espace même si elles espèrent comme tous un billet pour demain se réveiller et ainsi se payer un petit déjeuner d’enfer, pas davantage, ce peuple ne pense pour la plupart qu’à la bouffe, un élan épicurien unique qui me bluffe encore.
Les trois poivrots qui meublent le bar en profitent pour boire gratos, tant mieux pour eux, c’est pas tous les jours Byzance. J’en rajoute une couche et dévalise le marchand de brochettes et de « song tam » qui passe devant afin de libérer les filles de toute faim. 
Quand je décide de m’échapper, toutes veulent me suivre ne serait-ce que pour un massage ou plus encore sauf que ma fille dort chez moi ce soir et non pas chez sa mère, je frôle l’excommunication si je déboule avec une fille. Ce n’est pourtant point l’envie qui m’en manque, j’en rêve après un mois d’abstinence devant ce parterre de magnifiques qui peuplent ma nuit. C’est niqué, quoi. Font chier ces mioches, y en a que pour eux, je m’en vais donc tel un bonze sur le sanctuaire de ma libido. Je reviendrai demain pour m’envoyer en l’air puisque ma fille passera la clôture du ramadan avec sa maman musulmane, j’aurai ainsi toute la nuit pour me la jouer entre Shiva et Dionysos, mécréant que je suis.

 FICTION                      Le 31 Mai 2018

Réveil au petit matin, une pèche d’enfer sur la route de mon petit déjeuner, une impression me saisit quant à cette merveilleuse journée qui s’annonce tel un sixième sens qui ne trompe jamais.
Allez, je me jette dans la lumière et sors de ma demeure attentif aux gazouillis des piafs qui fêtent cette aube nouvelle et des écureuils qui dansent sur les lignes électriques parcourant la ville. Des flaques de soleil inondent l’espace, une atmosphère bienveillante entoure mes premiers pas et quelques bonzes en quête de leur riz quotidien bénissent les généreux donateurs agenouillés sur un air d’humilité. Il semble évident que ce jour est empli de clémence et de poésie, un goût de paradis naît sur mon sourire. Un rêve !
A peine franchi la lisière de ma rue qui donne sur l’avenue, un gamin en scooter sur le chemin de l’école s’encastre dans un minibus à vive allure. Il a beau freiner, il part direct la tête la première sur la carrosserie ensanglantée. La boite crânienne s’ouvre telle une pastèque et sa cervelle gît sur l’asphalte, le choc est fatal, pendant qu’une foule s’amasse tout autour pour commenter le drame. Il n’avait point de casque pensant lui aussi que rien ne pouvait arriver sous un si bel azur. Je décide malgré tout de continuer ma route mais un sentiment contraire m’envahit soudain.
Je n’ai pas fait trois cent mètres que deux automobilistes en viennent au mains après s’être copieusement tamponnés pour une soi-disante priorité refusée. Il y a presque vingt ans que je vis là et, à dire vrai, je ne sais encore quelle est la priorité ici, je m’efforce juste de conduire à vue avec vigilance pour éviter un tel scénario funeste.
J’avance donc et me dit que c’est déjà assez que ces furies, il ne pourrait en être pire pour la suite. Sauf que c’était sans compter sur ce malheureux hasard qui hante nos routes. Tiens, un bouchon, un embouteillage d’enfer surgit tout à coup et la sirène des ambulances hurle de tout coté. Putain, c’est quoi encore que ce raffut. Un camion citerne a quitté la route, ses freins ont lâché. Bilan, trois piétons trépanés. Je commence à douter de mon sixième sens. J’ai comme une envie de rentrer chez moi et de ne plus en bouger.
Sur ce, continuant mon chemin en quête de ce putain de déjeuner à la con, même si la faim commence à me quitter après cette hécatombe, je m’arrête le premier au feu rouge déjà mûr depuis quelques secondes. Mais la bagnole, derrière moi, pensait que je le grillerai et me fonce carrément dessus. Un carnage. Indemne grâce à l’airbag, je sors de mon véhicule pour me faire copieusement insulté, le mec était furax. Depuis quand, on s’arrête au feu rouge me dit-il sur un air de colère non dissimulée. Il était à deux doigts de me boxer. Je m’excuse sur le champ et lui réponds que je ne le ferai plus désormais. Les flics arrivent et m’avouent que ce n’est pas de chance apeurés qu’ils sont par le VIP qui vient juste de me défoncer. Faut dire qu’il roule en BMW alors que ma charrette est une vulgaire bagnole à deux balles, preuve en est que lui n’a même pas une rayure même si ma caisse est pliée en accordéon. 
Je repars donc en taxi, un abruti devant l’éternel qui me prend pour un touriste et m’arrête dans toutes les boutiques afin de toucher sa commission. J’ai beau lui dire que son shopping ne m’intéresse aucunement et que la coupe est pleine aujourd’hui, il n’en démord pas et continue à n’en faire qu’a sa tête. Je pète un plomb et décide de continuer ma route à pied. Sauf que c’était sans compter sur le motard fou de la journée qui se la joue circuit sur les trottoirs, le con. 
Fracture ouverte du fémur et un bras cassé, le visage salement amoché et un litre de sang qui inonde le pavé. Heureusement que les infirmières sont jolies à l’hosto sinon, moi, j’arrête tout de suite et me débranche illico. Le toubib m’assure que j’ai eu une chance inouïe tellement les routes furent un pugilat aujourd’hui. Dans 6 ou 8 mois, je pourrai donc remarcher comme autrefois me dit-il., en attendant tu peux encore écrire, veinard. « Elle est pas belle la vie ! » ajoute-t-il sur un sourire en matant mon infirmière préférée qu’il vient vraisemblablement de niquer dans les alcôves de ce mouroir, le chien. J’ai envie de pleurer. 
Super journée, non ?!

 JEAN BOULBET, EXTRAIT DE SES MÉMOIRES (ÉPISODE PREMIER)     Le 26 Mai 2018

Quelques réflexions de Jean Boulbet en parcourant ses notes et mémoires. Ne venez pas m’incriminer. Si quelques-unes vous déplaisent, contrarient votre mode de pensée ou bien bouleversent vos croyances, adressez-vous à son fantôme puisque ce chercheur immense et philosophe à ses heures nous a quitté il y a déjà plus d’une décennie. Moi, j’adore, et non pas seulement parce qu’il fut mon ami, ses réflexions libertaires me parlent ô combien, agnostique et féministe que je suis. Allez, je balance tel que je lis : 
« Il me paraît que notre univers comporte suffisamment de pièges naturels et incontournables sans qu’il soit nécessaire de le concevoir par une Puissance éternelle et infinie qui passerait son temps à ajouter a nos maux des entraves nées dans les circonvolutions du cerveau humain puis divinisées par des lois elles aussi bien humaines au bout du compte. Autrement dit et de mon seul tout petit point de vue, l’homme a créé ses dieux, les a justifiés par des documents humains, leur a prêté des lois humainement conçues et obéit (ou s’efforce d’obéir) à sa propre création. Comme je ne prétends rien changer, je ne fais que passer entre palmes et épines bien terrestres et quotidiennes en m’efforçant de me couler au mieux parmi les palmes et de me déchirer le moins possible aux incontournables épines. Tout cela peut paraître bien égoïste alors que se créer un minuscule sentier qui trace au mieux un « petit bonhomme de chemin » ouvert à tous est, en bout de compte, plus profitable que d’obliger les foules à s’engager dans des voies plus prometteuses de Grands Rêves, à payer le prix fort pour de Grandes Incertitudes… parfois pour la dégringolade au fond du puits jamais sondé. En ceci, la religion rejoint les extrémismes politiques de tous bords qui, eux aussi, offrent des solutions incontournables et à ne point contourner puisque définitivement « vraies »… Encore que trop souvent, dans les cas où l’on s’accroche fermement aux Principes, c’est la femme qui doit supporter le poids de la Loi, pour elle non seulement plus lourd mais implacable et incontournable. « Vous savez, la Tradition… » s’excuse alors monsieur lorsque madame se doit de subir jusqu'à s’en glorifier elle même. Après tout, rendre la victime consentante et, parfois avec acharnement, n’est-ce pas la victoire même de la Doctrine souveraine ! »

 LOUISE MICHEL, MON HEROINE      Le 17 Avril 2018                                  

Putain, je me réveille entre rêves et cauchemars !... J’exulte, je jouis, j’agonise, c’est la fête aux neuneus !... Des feux d’artifice, des volcans, des tsunamis !... Et tout le feu de la terre qui embrase mes pores et neurones !
Ça y est, je distingue à présent le réel et sors de mes songes hallucinatoires dès que ma nana m’éclaire entre rire et colère, les filles sont ainsi faites. Ma fille en rajoute un bras et me traite de feignasse sous prétexte qu’il est déjà midi. Elles y vont fort les gonzesses pour une fois dans l’année où je me la joue sans insomnie.
En général, je ne dors qu’une fois effondré sur mon pupitre après tant d’heures de veille à noircir du papier dans la nuit des iles, les muses me tyrannisent. Sans rire, j’envie tous les humains qui s’endorment peinards la nuit venue. Moi, dès que le crépuscule s’annonce, je pars en live et me défonce de crêtes mélancoliques, c’est invivable. Entre firmament et mousson, je ne sais aller contre ce délire incessant qui pourrit ma vie et qui me poursuit sans fin. J’aimerais tant passer une soirée devant la télé à rire ou pleurer comme un benêt, en toute honnêteté, sans me moquer. 
Dante, Molière, Chateaubriand, Balzac, Baudelaire, Rimbaud, Proust, Céline et j’en passe ont bousillé mon existence, ce sont tous des enfoirés, je les hais. J’aurais tant aimé être un adorateur de Tarzan ou Rambo, ces deux débiles qui ne génèrent aucune pensée, mes héros. 
Du coup, j’interdis à ma fille de lire et ne lui impose que des jeux vidéos à deux balles afin qu’elle ne souffre des affres de son père. Et qu’elle ne s’amuse pas à lire Homère sinon je la déshérite. Sauf qu’elle est capable de tout, je l’ai surprise l’autre nuit avec un bouquin d’Apollinaire, les filles sont insoumises.
Quoiqu’il en soit, demain je l’emmène à Disney World pour lui apprendre des valeurs sûres dans ce monde pourri, il est essentiel qu’elle arrête immédiatement de se la jouer : « Je pense donc je suis » 
Vous savez quoi ? Demain, après Disney, je la place dans une école de religieuse, elle oubliera ainsi de la ramener avec Socrate, le père de la philosophie. Y en a marre de ces conneries. Sinon, je l’oriente direct dans un CAP de chaudronnerie, ça lui passera l’envie de passer son temps libre à réaliser des potions magiques, elle se prend pour Panoramix ou quoi ? Déjà qu’elle a hérité de sa mère le syndrome de Cléopâtre. Il me faut la contraindre à notre culture patriarcale, ce cancer que l’on subit depuis des millénaires.
Vous remarquerez en chemin que notre Histoire n’est faite que de mecs dans les noms cités dans mon délire comique. J’ai bien pourtant un exemple d’une fille formidable entre autres, une anarchiste barrée, une héroïne de la Commune en 1871, elle s’appelle Louise Michel mais ces clébards l’ont envoyée au bagne en Nouvelle Calédonie. Ce qui me fait penser que les mecs ne sont que des chiens au regard de l'Histoire envers le genre féminin depuis toujours si ce ne sont quelques exceptions qui confirment la règle. Il est temps que ça change !

 FURIE - chapitre 6 - 01 Avril 2018

Un après-midi, un pote vint me retrouver. Son anniversaire il fêtait en soirée m’apprit-il, il y aurait du vin français, du bon beaujolais, un tonneau entier et comptait impérativement sur ma présence.
Quelle farce ! Comment rater une telle orgie ? Irrésistible qu’elle était sa fête! Je ne pouvais, bien-sûr, me défiler et l’assurais d’être au rendez-vous le premier. 
Ah le beaujolais, c’était notre péché mignon, notre collective folie, nous aurions marché des jours et des nuits sous nos tropiques pour boire ce breuvage à nul autre pareil, une pleine barrique était pour nous tous un rêve fou et inespéré, une incroyable volupté.
Je suis arrivé vers les sept heures, à la nuit tombée, les mains dans les poches et sur mon visage un air gai. 
Nous étions une douzaine de potes à boire, à s’agiter, à rire, à gueuler comme seuls les Français le font, nous étions à nous seuls le village d’Astérix au grand complet. Filles et garçons mélangés, nous buvions en cueillant dans les plats des fruits de mer, des bouquets garnis.
Et puis, un peu plus tard, deux autres filles sont arrivées… Pour moi, le temps s’est arrêté.
L’une d’elles était un petit bout de Siam haut en couleur, elle arrivait juste à Phuket, sa terre natale, après quelques années en fac dans la capitale. Elle jouait du violon et parlait même la langue de Molière avec un adorable accent à foudroyer anges et démons. Cette fille m’a halluciné.
Aujourd’hui encore, je ne peux la chasser de mes pensées et rêve d’elle, éveillé ou non, sans cesse, sans frein aucun. Elle est mon diapason, ma source, mon orchidée. Elle me hante cette Déesse et suis condamné à vivre avec son souvenir jusqu'à mon lit de mort. J’errerai ainsi sans fin avec son image, le son de sa voix, le parfum de sa peau ambrée, le gout des ses lèvres - Ah ses baisers ! – et l’écho de son rire qui fuse dans la lumière des iles. 
Je suis à jamais collé et me damnerai volontiers pour à nouveau vivre à ses cotés une seule nuit, un fragment de seconde sous les feux des lucioles qui dansent dans le vent. Je ne peux même son nom prononcer sans que des torrents de braises m’inondent tout entier, coulent dans mes veines entre volcan et tsunami. C’est un feu que je ne saurai éteindre. Elle est passée, la Magnifique, et m’a définitivement aliéné. Cette fille est un mystère !
Je parle, je m’enflamme et oublie de dérouler le fil de cette soirée insolite et magique… Elle arrive, donc, cette Grâce, avec sa géante Australienne de copine, aussi conne que grande, et qui se prenait pour la star de la soirée parce qu’elle venait de se faire engager comme figurante dans un film à deux balles que personne ne verra jamais.
Etonnamment, tous les mecs présents étaient fascinés par la grande asperge. Ça tombait bien. Beaux gosses qu’ils étaient, je n’aurais jamais eu aucune chance auprès de Miss Phuket avec mon physique de Laurel et ma brillance intellectuelle de Hardy, j’aurais souffert le martyr de voir mes potes la courtiser, je me serais vraisemblablement suicidé en fin de soirée. Heureusement, il n’en fut rien. Faut dire que je choisis toujours mes potes en fonction de leur mauvais gout, je ne supporte aucune concurrence dès qu’une belle passe.
Bref, Eurydice vient me faire la bise et me dit bonjour avec un inoubliable accent qui roule dans ma tête vide et me liquéfie sur place.
Je me ressers un verre pour me remettre et hurle sous la voute entre deux émois. Pendant que tous ces fous mataient l’Australienne, j’offris un verre à ma muse sous la ronde des astres. Et puis, on s’est tous mis à brailler au milieu des fous rires comme des enfants perdus soudainement dans des jeux innocents quand le gâteau d’anniversaire arriva illuminé de multiples bougies pour célébrer ce jour unique. Il faut le dire, nous étions tous d’une légèreté inouïe. Et le vin coulait dans nos artères… 
Au milieu de tout ce vacarme, je plaisantais avec Miss Thaïlande. Son rire s’évaporait sous le firmament et ses yeux me dardaient à me faire tomber, je me suis resservi un verre de beaujolais, je n’en menais pas large, j’étais au bord de l’AVC. Je ne savais que faire, mourir tout de suite, là, ou attendre un peu encore ? Finalement, j’ai préféré attendre malgré les élans lyriques qui me possédaient, personne n’est parfait. J’ai calmé avec un autre verre l’orage qui me défonçait la cage thoracique. Tout mon être s’emballait, une véritable tempête le secouait.
Elle m’éclaboussait de lumière, la Divine. Ses rires en cascades dynamitaient ma folie. Béat, je la regardais émerveillé, un sourire idiot coincé sur un air crétin.
Plus tard, on a tous joué aux fléchettes sur une cible débile. Que faire, je vous le demande ? Nous avons formé des équipes. Inutile de vous dire que je me suis empressé de faire équipe avec elle tellement ces abrutis en mordaient pour la dingue Australienne. Je ne voulais pas la lâcher ma Venus, mon étoile du berger.
Je ne sais combien ce jeu à la con a duré ni qui a gagné mais je fus effaré de son score, toujours dans le mille. J’applaudissais systématiquement à chacun de ses lancés. Je faisais le fayot, quoi, le mec épaté.
Il est vrai que j’étais réellement mystifié, tous ses mouvements, ses onomatopées, ses clins d’œil, le flux qu’elle déplaçait autour d’elle me faisait tanguer. J’en avais le vertige. 
Mais d’où pouvait bien venir cette poussière de lune ?... Le beaujolais m’a permis de ne pas trop réfléchir à la chose et j’ai gardé le rond.

 FURIE - chapitre 5 - 15 Mars 2018

Le nom de ma rose.
C'est là ! Et nulle part ailleurs que cela est arrivé. 
Cette petite fleur immense m'a cueilli au bout d'un chemin et m'a fait entrevoir le passage. Le passage, vous voyez?!
Moi, sur le coup, j'ai rien vu du tout si ce n'est ce visage inouï à la jolie grimace. Je sentais bien quelque part une alchimie étrange. Un truc non raisonnable me retenait là. Un truc énorme !
On peut toutefois zapper un moment pareil, par fatalisme ou timidité, ou allez savoir quoi encore... Et, malgré tout, vivre éternellement avec ce souvenir teinté de regret, de mélancolie... par épisode... pour ne retenir, en fait, que cela. Comme dans "le nom de la rose" en somme.
Envers et contre tout, ce mystère m'a retenu là. J'ai voulu fuir, bien sûr. Trop de risques, trop de folie mêlée de démence... trop de tout impossible à démêler, à élucider, à dire, à comprendre, à écrire. Je me trouvais dans un couloir de vents sous un feu de mousson... Et, dans ces cas-la, on fuit généralement à toute jambe, on s'arrache dare-dare ! On n'attend pas que la rétine se décolle de son oeil. Trop de souffle ici-bas pour oser affronter les éléments. Plus facile de filer et de se remémorer, après, cette douce vision. Quitte à s'en mordre les doigts longtemps encore... La peur de se pétrifier si l'on reste. Un peu comme si l'on s'arrêtait au milieu des tempêtes... dans l'oeil du cyclone !
Cette douce vision, cette folie, ce maelstrom, ce tremplin des vents, de la furie des éléments a un nom: Hasana !
Le nom de ma rose !
Les différentes pérégrinations, routes et aventures qui ont composé mon chemin sur le fil de mon parcours ne furent rien devant cette énigme issue d'un mystère et apparue, là, sur un bout de sentier, entre ciel et mer. Ce fil d'harmonie imbibé de soleil riait dans la lumière. Ce petit diapason dressé au milieu des éléments vous offrait son La, debout sur une immense falaise perché sous la voûte au-dessus de l'océan.
Il vous suffisait de vous asseoir, là, vous croyant vraisemblablement sujet à quelque hallucination, planté dans ce décor surréaliste, les yeux bouffés par cet immense spectacle, les neurones disséminées dans ce colossal espace.
Des nuages surgissaient dans une nasse opaque et ténébreuse, et roulaient à la vitesse de la lumière... La foudre se jetait a corps perdu dans cette mer maintenant bouillonnante... Et la belle riait dans cet univers taillé à sa mesure.
C'était donc ça la clé, tout cela n'était que pour ce petit bout échappé d'on ne sait où. Une petite sauvage à la jolie grimace avait tout dompté sur son passage et la Géante Nature venait l'honorer de mille et une grâces. 
Bien sur, tout ça, sans elle, n'était qu'un film empli d'effets spéciaux maintes fois répétés. Sa présence amenait à la chose un scénario tout autre. Elle, qui pourtant ne prétendait à rien, détenait un pouvoir au-delà de toute force, sans commune mesure avec les plus grandes puissances. Sa fragilité même était conçue dans le but de damer le pion à toute mégalomanie terrestre ou céleste.
Si vous l'enleviez de cette géante fresque aux allures titanesques, pfft !... tout n'était plus que cliché. Un bide que c'aurait été une fois dissipés les quelques lueurs un tant soit peu captivantes des premiers effets vite oubliés.
On peut toujours broder sur quelques scènes soi-disant inouïes afin de se persuader d'avoir été spectateur de l'exceptionnel, de l'inédit... mais que cela est-il à coté de cette petite fleur étrangement si enivrante, hein?!
Aussi curieux que cela paraisse, cette fille est devenue la mère de Nina, ma fille… J’en suis baba encore aujourd’hui et délire toujours accompagné par le chant des grillons qui nous composent l’hymne d’un éternel été dans la nuit des iles. 
La vie est encore plus dingue que l’imaginaire du plus grand romancier, qu’on se le dise !

 FURIE - chapitre 4 - 14 Mars 2018

Je parvins dans ce lieu hautement touristique qu’est Phuket !

Située sur la Mer Andaman dans l’Océan Indien, cette ile jouissait de mille attraits, et des eaux magnifiques la baignaient. Un palmier la symbolisait, une espèce végétale endémique sur l’ile, il ne poussait qu’ici, à Phuket, sur la Montagne du vénérable Taew, dernier bouquet de forêt primaire intouchée, près de Talang. Keriodoxa elegans qu’il s’appelle, s’il vous plait ! C’est Jean Boulbet qui me l’a montré, c’était un peu son bébé, sa couronne, son brin d’olivier. A la fin, il gagatisait et voyait des farandoles de keriodoxa, roi des forêts, dans son salon, dans sa salle à manger. Il crut même voir pousser, un jour, un dipterocarpacea dans sa tasse de thé, c’est pour dire. Je plaisante, Jean ! Tout ce qui n’est pas amusant n’est pas digne d’intérêt, j’ai appris ça sur les chemins de Thaïlande, le coté « sanuk » des gens d’ici, au Siam.

Savez-vous comment appelle-t-on les feux d’artifice dans leur langue ?  Dok Mai Fai ! Des feux de fleurs ou des fleurs en feu, c’est comme vous voudrez. Tout un symbole.

Les temples rutilants dégoulinaient d’or et s’élevaient dans les cocoteraies, dans les cités rivalisant avec le soleil à qui mieux mieux en lumière et en feu. Les mosquées érigées sur les rivages dans les palmeraies offraient leurs dômes sous le firmament invitant les anges à la tétée.

Des dragons ailés surmontaient les temples chinois à l’assaut des cieux pendant que les Gitans de la mer, les Mokens, célébraient leurs rites animistes sur les rivages de Rawai ou de Koh Siley.

Les Thaïs trainaient tous leurs tongues en riant et en causant de tout coté. En fumant aussi, des Krong Thip qu’ils allumaient dans leur sourire.

Les filles, toutes jolies, déambulaient en pleine lumière dans leur sarong coloré ou bien en jean et en tee-shirt comme partout ailleurs. Elles étaient reines dans ce pays de matrilinéarité, ce concept les transcendait faut croire et leur donnait des ailes, elles occupaient tout l’espace, le sublimaient. J’étais mystifié !

Je me suis ici arrêté, posant mes fesses dans un quelconque bungalow, à la recherche d’un petit boulot.

Donnant quelque cours de français, à droite, et accessoirement guide touristique, à gauche, j’ai pu bouffer tout en vagabondant sur cette ile, le cœur et l’estomac contents.

Tous les ans, après la mousson, en novembre, le monde entier venait gouter aux plages… et aux filles aussi. Des hordes de touristes s’amassaient, des avions bourrés, des cars entiers, partout il y en avait, en taxi, en moto ou bien à pied.

Pour la plupart, c’est à Patong qu’ils débarquaient, infrastructure hôtelière oblige. Tous les bordels de Phuket ou presque étaient concentrés là, et les filles par grappes les attendaient. C’était la valse aux billets ! Les devises se distribuaient, changeaient de main et roulaient sur le pavé de cette balnéaire cité. Tous en prenaient pour l’année. Mais pas toujours, les Thaïs sont si dépensiers. Ils vivent, ces grands enfants, sans penser à demain, sans penser aux tourments du lendemain.

Ils sont possédés par le jeu quel qu’il soit. Pour un pays où les jeux d’argent, les paris sont interdits, c’est un comble, un vice qu’ils ne sauraient taire.  Loterie, boxe thaïe, cartes, combats de coqs, dés, foot et j’en passe, rien ne peut stopper cette rage effrénée de jouer, le fric leur brûle les doigts, tous des paniers percés face au bingo, le monde asiatique est ainsi fait.

Quoique chez nous, c’est pas mal non plus. C’est du pareil au même faut croire avec leur loto de millionnaires, on peut toujours rêver. Quant à moi, depuis que j’ai lu « Le joueur » de Dostoïevski, j’ai viré en ce domaine ma cuti.

Dites savez-vous comment appelait-on ce royaume jusqu’au siècle dernier ? Le Royaume de l’Eléphant Blanc ! Ca pèse lourd, non ?! Vous imaginez la blague célèbre du cheval d’Henri IV adaptée à nos latitudes : quelle était la couleur de l’éléphant blanc du roi de Siam ? Trop facile !

Pendant la mousson, le calme revenait. Six mois peinard, de mai à octobre, six mois où l’on pouvait à nouveau se baigner sur les plages désertées face à l’océan. Sauf que, question boulot, c’était pas géant. Forcément, sans touriste, ça devenait plus difficile… On compensait par la méditation, royaume du bouddha oblige, on respirait les éléments quitte à bouffer des racines, mais les filles nous invitaient toujours à partager leur gamelle, leur riz, chacune y mettait sa touche, sa folie, illustrant ainsi les mille et un plats des différentes provinces qui composent cette gastronomie, c’était tous les jours Byzance. Le palais des arômes et des épices, un hymne à l’espérance, un délice !

Ce peuple m’étonnait, un dièse le caractérisait, je n’avais encore percé leur secret mais je m’y employais, cet endroit méritait qu’on s’y attarde sans compter, au diable les jours qui passent. Je ne sais quel indéfinissable charme me retenait là, mais je ne pouvais me résoudre à quitter ce jardin d’éden. Les filles avaient conquis ce royaume, elles ne vivaient pas sous la pression des hommes, elles semblaient libérées, le genre masculin ne leur faisait plus peur sans pour cela ignorer sa fureur. Elles composaient comme des reines dans cet univers taillé à leur mesure, elles contrôlaient toute la sphère, elles maitrisaient leur domaine dans son entier et les mecs ne paraissaient point en être gênés. Ils n’en étaient aucunement outrés, un exemple unique dans l’humanité ! Ca méritait une pause, non ?!

D’un autre coté, je les comprenais aisément, les Thaïs. Leur genre féminin était surnaturel ! Des beautés à couper le souffle ! Toutes des stars, des miss-monde, des top-model, la moindre marchande de cacahuètes rivalisait facilement avec Kate Moss, même un prince aurait désiré l’épouser. Sympas comme seules les fées le sont, toujours à se marrer comme dans un rêve, une grâce à foudroyer les anges, et tout le feu de la terre dans leurs prunelles. Ces filles-là m’invitent au plus grand respect, je suis médusé, qu’on se le dise ! Si jamais je devais un jour faire une famille, j’aimerais bien que ce soit ici, en priant d’avoir pour enfant une fille. Si le sort s’acharnait ainsi à me donner un garçon, on le donnerait au temple afin de perpétrer l’élan du bouddhisme theravada. Néanmoins, c’est pas demain que je fonde une dynastie. Quelle gonzesse serait assez dingue pour faire un mioche avec le fou que je suis, hein ?! Quoiqu’on ne puisse jurer de rien, les filles sont capables de tout. On peut rêver… 

 BONNE ANNÉE ! 15 Janvier 2018

Il est vraisemblable que cette année sera pourrie au même titre que toutes les autres, voire davantage, non ? Il suffit d’ouvrir grand les yeux au-delà de notre condition éphémère pour en être conscient, nous plongeons tout azimut dans une phase obscurantiste malgré ce qu’en pensent les optimistes forcenés. Pour ceux qui douteraient encore, remettez-vous en mode replay la soirée offerte par Patrick Sébastien à la télé lors du nouvel an pour en être convaincu, peu échapperont au suicide.

Ou bien alors, regardez les news du moment, c’est carrément à pleurer. Des pugilats en veux-tu en voilà, des massacres à tout va et même des génocides si on pense à la Birmanie avec des bonzes en tête des cortèges appelant au meurtre pour inciter tous les autres à perpétuer les pires horreurs.

Bref, je me relis Voyage au bout de la nuit de Céline pour le fun et quelques proses de Rimbaud aussi, ça calme l’optimisme. Rien n’a changé ceci dit, c’est toujours d’actualité que ces deux géants, c’est indémodable. Leur angle de vue ainsi que leur puissance littéraire traverseront les âges, c’est indétrônable.

 Afin que vous compreniez bien ma prose en réaction à vos délires d’enthousiasme lors des vœux de la nouvelle année, je vais vous conter une petite histoire survenue lors de mes pérégrinations au pays des Khmers, le Cambodge, il y a plus de vingt ans déjà.

Dans un petit village perdu près des temples d’Angkor où je passais la nuit, j’assistai à une naissance. Je fus surpris qu’une fois le divin enfant enfin né, les femmes venaient le présenter à la communauté du lieu autour d’un feu en se lamentant de voir ainsi un bébé à ce point laid et mal foutu même si les expressions de leurs visages semblaient exprimer le contraire. Malgré leurs plaintes et grimaces, je devinais en filigrane une joie immense. J’appris plus tard que c’était leur façon à elles de l’éloigner des mauvais esprits afin que le bébé ne se fasse enlever par des mauvais génies jaloux d’une telle beauté venue ce jour ensoleiller l’humanité. Il est vrai que pour nos esprits occidentaux très cartésiens, il était plus facile de penser comme Astérix et Obélix : « Ils sont fous ces Khmers ! », alors que ces femmes voulaient juste éloigner le chérubin du mauvais œil, pas davantage. Pas si folles que ça, donc, les Cambodgiennes. Il suffisait juste de plonger dans leur élément culturel plutôt que de vociférer des jugements hâtifs et débiles tout azimut sur ce peuple pourtant haut en couleur à la Culture millénaire.

Il est évident que dans un cas semblable chez nous, nous aurions tous entonnés ensemble : « Il est né le divin enfant… » avec des élans lyriques dignes de la bible qu’on soit catho, athée ou bien agnostique. A ce propos, je note quelquefois chez des athées une morale judéo-chrétienne pire que les bigots, comme quoi il ne suffit pas d’afficher une vitrine.

Une autre nuance venait donc ce jour entrer dans ma cervelle, une humilité nouvelle. J’en garde encore le souvenir, cela m’évite d’être manichéen. Faut dire que suis célinien, Voyage au bout de la nuit oblige, et Mort à crédit aussi. Je sais bien que la polémique sur Céline défraie la chronique aujourd’hui, vous m’en direz tant. Ne confondons pas le romancier géant et le pamphlétaire indéfendable. C’est un peu comme si l’on disait que Gauguin est un mauvais peintre puisqu’il ne niquait que des mineures. L’argument n’est pas de poids, vous en conviendrez.

Bref, je voulais juste qu’on m’entende bien au-delà des clichés inhérents à notre monde moderne malgré cette paupérisation culturelle rampante caractéristique d’aujourd‘hui. Tout cela dit avec un océan de légèreté, qu’on se le dise ! Bonne année, donc...

 FURIE - chapitre 3 - 05 Novembre 2017

Enfin, je me réveille.
Ma fièvre est donc tombée… Que s’est-il passé ?!
On m’a ramassé, il parait, brulant dans un sentier herbeux au milieu des serpents, tout prêt d’un flamboyant.
Les fourmis rouges déjà me titillaient par wagons entiers quand les noires sont arrivées pour me bouffer. Un homme passait là, c’est son buffle qui m’a trouvé. On me dit qu’il m’a sauvé.
A force de trainer dans la nuit des iles et sur les rives des fleuves sacrés tout au fond de l’Asie, je me suis fait sucer par des hordes de moustiques qui ne m’ont laissé que quelques gouttes d’hémoglobine.
A la place, ils m’ont gorgé de mille et un poisons savamment distillés. Tous les germes, ils m’ont donné, qu’ils cultivaient depuis des millénaires dans leurs jungles, leurs confins insoumis.
Des spécialistes, abrutis de nouvelle science et de progrès, n’ont rien trouvé. C’est un vieil homme dans sa grotte d’anachorète entre ciel et mangrove, gardien et ami des hirondelles ici reines dans cette baie, qui m’a dit ce que j’avais : une dengue carabinée ! Un morceau de fièvre si épais que j’ai failli en crever, gracié à la dernière heure par une rencontre inopinée.
J’ai voulu entrer sur le sanctuaire des sylves, j’ai couru de liane en liane sur un tapis d’épines et de palmes, j’ai même cru voler.
Evidemment, je me suis ramassé en lambeaux égrenant sur mon passage, à l’image du petit Poucet, non des cailloux mais des bouts de peau, des grappes de cheveux, des morceaux de chair offerts en repas aux rafflesias, ces carnivores fleurs plus immenses que le soleil.
Les sangsues sont venues m’adorer, j’en avais de partout, des guirlandes, des bracelets sur mes chevilles, mes poignets. Longtemps elles m’ont accompagné et se sont épanouies à mes cotés. Elles aussi, je les ai nourries. Mais je n’ai rien trouvé, moi, à me mettre sous la dent, vierge que j’étais de toute science pratique, enfant de la grande cité.
J’ai été sans me retourner et m’y suis paumé dans ces hautes futaies, dans ces bouquets de jungle en délire.
La fièvre m’a gagné et j’ai longtemps erré dans ce flux végétal où les ombres m’accompagnaient. Plusieurs fois je suis tombé mais des marées d’insectes me réveillèrent par leur féroce morsure dégoulinante de venins acides, de phéromones empoisonnées.
Je me suis relevé, imbibé de palud et de dingues extraordinaires. Je me suis cogné aux arbres et j’ai appris d’eux, ces géants verts à la chevelure gigantesque, l’humilité. Je me suis assis à leur pied et les ai écoutés. Tout, ils connaissaient, plantés-là depuis des millions d’années. Ils m’ont enseigné une certaine légèreté, et j’entends encore les rires qui, parfois, les secouaient des racines à leur verdoyante coiffe. Ils m’ont confié des mystères comme on raconte de bonnes blagues, des farces légères.
Des oiseaux inouïs vinrent se poser sur leurs branches et nous avons tous ri ensemble. Quelques-uns sont devenus bons copains. J’ai appris leur langage et ils m’ont choyé, m’entourant de mille grâces de leurs ailes flamboyantes. A la fin, fou que j’étais, j’ai cru m’envoler… mais je me suis encore viandé.
Un jour, une chouette est venue me visiter. D’un froissement d’aile, elle s’est approchée. Elle s’est posée, la belle, tout près, et m’a emmené. Sur son dos, j’ai enfin volé.
Loin, nous avons été, elle désirait me montrer le sourire de la haute forêt. Nous sommes restés, ainsi accouplés, devenus amants jusqu’au bout de la nuit.
Nous formions ensemble un étrange couple. Une transe nous possédait. Et nous glissions dans la pénombre en cueillant à tire d’aile des fruits sucrés, des miels parfumés.
Ah ! Ses yeux !... Je me suis perdu en eux !
J’ai plongé dedans et tant pis si je m’y noyais.
Je l’ai aimée, adorée, hypnotisé par cet intense feu.
Et puis, une nuit, alors que je l’attendais, ma divine ne s’est pas montrée, elle chassait, peut-être avec ses copains grands-ducs.
Longtemps j’ai pleuré et me suis abimé dans les pièges de la haute forêt. Mille ans je l’ai cherchée, mille ans j’ai marché, les pieds ensanglantés par toutes les épines des cruelles futaies.
Elle m’avait donné ses ailes, et moi, je lui souriais. Quand j’y repense, des sanglots magnifiques réapparaissent.
Je garde encore tout chaud la caresse de sa plume, et me damnerais pour un songe encore à ses cotés.
Epouvanté à l’idée de ne plus la voir, la toucher, jamais, j’errais sans fin et sans chemin. Une démente fièvre me fit à nouveau délirer mais celle-ci ne m’a jamais quitté. Encore je marche dans la nuit des iles, abruti de lumière par les feux-follets et rêvant toujours de cette Précieuse. Je me rappelle.
Humant les réminiscences de ces chouettes frissons autrefois ressentis, je crie, je ris et l’appelle tout au fond de ma folie.
...

 FURIE - chapitre 2 - 22 octobre 2017

Et puis, le soleil est revenu d’un seul coup sur ce chantier lunaire… Un raz de marée intergalactique a tout ravagé, on en a pris pour mille ans de leur cosmique délire, on en a pour des siècles avant que ces torrents de boue ne sèchent, cent ans de canicule n’en viendront pas à bout, un enfer !
La Guerre des étoiles, à côté, c’est un conte de fée, des contines pour bercer les tout-petits, les bébés. Bonjour le ménage ! Des inondations comme on ose en cauchemarder, des arbres par forêt déracinés, des ravages à répétitions, des naufrages à la pelle et un parterre de cratères fumants et bouillonnants pour seul héritage.
C’est l’apocalypse ici-bas. Dans dix mille ans, on en parlera encore, on terrorisera les auditeurs dans les veillées au récit de ce déluge. En vérité, je vous le dis, c’est une catastrophe !
Les veines de la Terre, éclatées, n’en finissent pas de gicler à qui mieux mieux sur les jungles, les sylves, les forêts. Sur les villes aussi, les cités où fourmillent une humanité à la dérive.
Les fleuves, dégorgeant de monstrueux torrents de fanges liquéfiées par cette immensité d’eau, s’échappent de leur lit et vagabondent dans les campagnes inondées par l’irrésistible flux.
L’Irrawaddy court à la conquête des vallées perdues et vient coloniser le sanctuaire de Bouddha où se dressent des milliers de pagodes érigées à la gloire du Prince Siddhârta et du renoncement.
Le Chao Phraya s’engouffre dans les moindres interstices du royaume de Siam et déboule en furie sur la Cité des Anges engloutissant les tours de Sukumvit et de Silom. Seuls les chedis du palais royal émergent de cet océan gardées par le Bouddha d’Emeraude veillant ainsi sur Sanam Luang et les cendres des Rois de Siam qui reposent sur les rives de la Mère des Eaux où flotte toujours le drapeau du Royaume de l’Eléphant Blanc.
L’Isthme de Kra s’enfouit dans les mers de Chine et d’Andaman ouvrant un béant passage où se mélangent les deux océans, l’Indien et le Pacifique. Seul le Bouddha géant de Bang Riang sur la montagne aux oiseaux mouches garde les pieds au sec en compagnie de Kuan Him, le regard perché sur ces monolithes karstiques si caractéristiques de la Baie de Phang Nga où nichent aigles-pêcheurs et hirondelles sacrées.
Le Mékong, lui, immerge toute l’Indochine mais épargne, clément, les temples khmers de la Cité d’Angkor entourés d’une couronne forestière de palmes et d’épines, villégiature des dieux du panthéon brahmanique gardée par les Nagas des sylves et les mille Lingas de la rivière Shiva découverte par Jean Boulbet au cœur de la haute forêt, son fantôme règne en ce lieu.
Les fleuves Bleu et Jaune se disputent les territoires dans l’Empire du Milieu, et se canardent tout azimut par des gerbes d’écume multicolore.
Le Detroit de Malacca ramène dans son courant un tapis écarlate d’hibiscus, flamboyants et lotus, offrande flottante en direction de Java pour les Bouddhas de Borobudur gisant sous le soleil dans un calme millénaire.
En terre d’Islam, péninsule malaise et Indonésie réunies, les mosquées ont échappé au pire sous la charge des éléments, sauvées du naufrage grâce au croissant de lune, gardien céleste des rivages musulmans, et à Venus qui trône sur tous les dômes offerte aux astres dans un rayon de félicité. C’est le repos de Morphée.
Bali, gardée par les Barongs en arme, résiste au cataclysme, mille et un temples hindouistes disparaissent sous la fumée des bâtons d’encens, les danses millénaires rivalisent de transes afin de vaincre l’armée des ombres, c’est le choc des titans sous le firmament, un incendie sous la voute, un volcan !
Les pouries, anciens palais des maharajahs suicidés, devenues de véritables arches de Noé, sont le refuge des basses-cours où trônent poules et canards en prévision du déluge maintenant passé. Elle caquette, la volaille, commentant les foudres de Rangda, la reine noire, après cette hallucination de violences venues du large.
Un barbecue géant se fait sur le Gunung Agun, ce volcan balinais se prête aux festivités célestes. Les Barongs, encore grimaçants sous leurs masques déchirés, se préparent au banquet pendant que les Garudas chevauchent les Nagas aux cinq têtes. C’est le bal des métamorphoses, on se la joue transmigration de l’âme et métempsychose à tous les étages, la chaine des réincarnations sur une immense scène ramayanesque. Ça pèse !
Hourrah ! Le monde est sauvé ! Même si les terres de ces contrées restent imbibées de raz de marée presque évaporés. Rimbaud peut renaitre et à nouveau délirer de mille songes hallucinés. Où est-il, le garçon enragé, sinon à trainer dans les landes désespérées. Il nous cueille avec Baudelaire des fleurs vénéneuses sous les cieux embrasés trainant sa bohème dans ces paysages dévastés, humant le parfum des tempêtes sur les rivages naufragés, renversés par une immense colère infusée jusqu’aux racines du ciel.
Le poète maudit a posé son balluchon plein de rimes flamboyantes que même les dieux n’oseraient toucher. Il ricane, la canaille, l’intouchable génie aux métaphores surréalistes. Sa folie est notre seul bagage pour encore exister. L’essence de ses neurones, tremplin de notre imaginaire, recouvre nos sens torpillés par ses illuminations enragées, et nos tripes bouillonnent dans ses délires visionnaires.
Sa fièvre contagieuse déboule sur notre épiderme en feu et nous prions les anges à l’entendre chanter. Nos yeux, dilatés par l’angoisse et l’extase réunies, pleurent des rires inespérés. Des fragments de ciel bus par nos rétines irradient nos ventres rongés par d’acides poisons aux vertus insoupçonnables. Nos râles nous désintègrent et nous sourions en larmes gagnés par une folie sans cesse plus puissante.

Thierry

 C'EST CARNAVAL ! 14 octobre 2017

Festival végétarien dites-vous ?... Une véritable boucherie oui ! 

Rien qu’aujourd’hui, je suis tombé trois fois dans les pommes à force de voir tant de sang... Et vas-y que je me transperce l’épiderme jusqu’au trognon… et vas-y que je me balance des coups de hache dans le dos… et vas-y que je marche sur le feu… J’en ai même vu deux ou trois qui s’étaient pendus avec des crochets de boucher à un lampion et qui riaient encore comme vous et moi quand on se la joue mousse dans le jacuzzi, du lourd ! Ils sont jobards ou quoi ?!... Y en a même un qui m’a dit : « Tu devrais essayer, tiens ! » en m’invitant à me planter une hallebarde dans le cornet à son exemple. Douillet comme je suis, c’est pas demain, je ne supporte rien au-delà d’une caresse, c’est sans moi ces conneries. 

Et puis, c’est pas des confettis qu’ils balancent dans la foule, mais des pétards gros comme des cheminées !... à la mitraillette qu’ils nous les distribuent, les obus, sous prétexte de délire mystique !... des guirlandes de grenades à qui mieux mieux, c’est noël ! Faut juste regarder tout ça avec gilet pare-balle, casque et lunettes blindées pour être peinard, sauf que sous les tropiques, c’est pas géant qu’un tel accoutrement, ça rafraichit pas sous un soleil de plomb au zénith, même un chameau ferait direct un AVC. Faut pas niquer pendant neuf jours qu’ils disent, ni boire une goutte d’alcool et observer un régime végétalien strict le temps du festival… Sauf que j’en ai vu passer deux ou trois dans la foule qui me paraissaient déjà bien allumés avec leur épée d’Ivanhoé, ils étaient soit bourrés soit en manque, ce qui revient au même. Je veux bien croire qu’ils étaient en manque, festival oblige, vu comment ils mataient la meuf à mes côtés. Ils étaient prêts à me découper pour se la partager, les chacals. 

Sinon, sympa ! Ça met des couleurs dans la cité, on se la joue transe au milieu des pétards. Des processions à n’en plus finir honorent la voute dans un delirium tremens digne de Caligula… et le tout sans alcool, balaise ! Moi, je crois bien qu’ils sont tous sous magic mushroom, oui !... Un aliment ô combien végétarien, le roi des légumes. Je devais être le seul pas défoncé dans l’histoire, une première. Ils sont tous partis à fond les ballons, Descartes n’est pas de leur monde, des couteaux de boucher sont érigés en symboles du festival végétarien, du lourd ! 

J’en ai vu passer un qui m’a fait vraiment flipper avec ses yeux de dingue, j’ai pas osé faire une photo, j’ai cru qu’il allait faire un massacre avec sa hache dans la foule. Et puis non, il s’est massacré tout seul. Il a bien dû se balancer cent coups de hache à la minute, une dextérité inouïe, le roi du festival végétarien !... Sauf qu’il a fallu appeler l’ambulance, il était haché menu, un champ de bataille à lui tout seul, il est trop parti dans les furies. Un lyrique. Bref, de fil en aiguille, j’en ai vu de toutes les couleurs, j’ai même fait du bouche à bouche pour ranimer une petite fleur qui est tombé dans les pommes sur mes pompes, brave que je suis. Je croyais recevoir une médaille pour ce fait d’arme mais ils l’ont donné à l’autre barjot qui venait de se trucider à grands coups de hache sous nos yeux alors que je venais de sauver Miss Thaïlande. 

Putain, pas ça !... Alors que je me défile pour rentrer, ivre de sang, voilà pas un autre qui s’embroche comme un poulet devant moi, il gueulait comme un goret dans son délire mystique, il n’en finissait plus d’agoniser, il poussait des râles à n’ en plus finir dans la galaxie, c’était les Croisades et la Guerre de cent ans à lui tout seul, le chemin de croix et les gémonies, c’était l’enfer de Dante ! Du coup, Miss Thaïlande nous a refait une syncope au milieu de toutes ces folies sanguinolentes, j’ai dû la ramener chez elle… Yeah ! Vive le Festival Végétarien ! 

Thierry

 KILIM RIVER Le 10 octobre 2017

Connaissez-vous la rivière Kilim à Langkawi ?
Elle serpente, la folle, et se perd dans la mangrove avant de toucher au rivage où elle vient offrir ses eaux à la Mer Andaman aux portes de ce détroit fameux du nom de Malacca. Là, dans ce lieu qui a vu naître la genèse et où dansent les éléments, un homme s'est posé, mon ami Rahmad devenu homme de la forêt, moitié humain moitié oiseau.
Tel Noé, il a construit son vaisseau et tous les passagers de la mangrove il a amenés. Son vivier, il a ici créé ainsi qu'un petit restaurant où vous choisissez vos mets vivants (gambas, loches, bars, mérous et j'en passe) avant qu'ils ne finissent dans votre assiette, un régal ! Cet homme au sourire inné vous consolera de tous les maux.
Dans ce théâtre de la Géante Nature, d'inédites vibrations viendront vous troubler, vous envoûter et tout cela vivra dans votre mémoire à tout jamais. En ce lieu chargé de mystères, de grands secrets, vous rirez bien sûr mais vous pleurerez aussi devant cette hallucinante beauté. Ici se joue tous les jours, toutes les nuits une ode au merveilleux sous la ronde des astres. Et si un petit croissant venait à se lever sur le firmament, votre vie en sera désormais changée. Point cela vous ne pourrez oublier et, bien plus tard, vous vous direz : "J'y étais !"
Venez donc chez Rahmad, dans sa besace cet homme-là possède mille et une partitions dédiées aux éléments, son panthéon. Sachez encore que c'est lui le chef d'orchestre de la mangrove, de la haute forêt, il déchire le ciel tous les soirs avec son archet.
Des contes, des rêves, des légendes peuplaient ma solitude. Des images passaient en moi sur un fil d’harmonie, un cinéma inouï. Je revenais par ces pensées, ces mélancolies dans la Rivière Kilim à Langkawi. Tout un monde grouillait dans ma mémoire où varans, loutres, singes, oiseaux multicolores défilaient devant la maison de Rahmad, seul humain habitant la mangrove. Les aigles nichaient sur le Mont Haida, ce petit Mont de Venus que les comètes viennent visiter, et sur la pleine lune un visage se dessinait. Des images à se damner, des émotions hautes en couleur, des rires et des pleurs.
Fascinante Kilim sur une terre magique hantée par le souvenir de Mahsuri, cette belle princesse Malaise que l'on accusa à tort d'adultère et que l'on tua pour cela il y a deux siècles déjà. Le bourreau s’y reprit à sept fois avant de lui trancher la tête de son sabre tellement il tremblait. Mais La Magnifique, avant de mourir, lança une malédiction sur cette île pendant sept générations. Et cette histoire, devenue légende, marque toujours cette terre et traîne encore dans toutes les bouches, tous les esprits au point que tous s'en mordent les doigts plus de deux cent ans après mais heureux toutefois d'appartenir aujourd'hui à la huitième génération. 
Une autre Belle hantera également cette terre à jamais, la divine Haida, fille elle aussi de Ulumelaka, petite ville au coeur de Langkawi où naissent toutes les légendes, où se croisent tous les vents, souffle d'ici ou gît la dépouille de Mahsuri.
J'entends encore la voix de Lin et le piano d'Azlan emplir le ciel de Langkawi, leur chant, leur musique vibrer sous les tamariniers et fuser sur la voie lactée. Un petit croissant de lune, là-haut, me rappelle la présence de Haida, on dirait son sourire inonder la nuit sur la voûte étoilée, on dirait les lumières de son regard venues nous visiter. 
Mahsuri ! Haida ! Où êtes-vous reines de Langkawi ?
C'est dans ce lieu que je suis passé, c'est là que mon coeur s'est emballé et, depuis, je n'en suis jamais réellement reparti même si je suis loin aujourd'hui de cette terre pour moi entre toutes sacrée. 
Ô Kilim mon amour, tu danses dans mes rêves !

 FURIE - chapitre 1 - 30 septembre 2017

Entre ciel et mer, une terre oubliée, une lande où personne ne vient jamais, un bouquet de jungle en délire qui danse sous l’azur, éclate dans le soleil des tropiques et vibre tel un diapason debout au milieu des flots donnant le La aux mers, aux océans, aux éléments, aux astres aussi qui virevoltent autour de ce nombril du monde et du cosmos réunis dans un tourbillon ivre et fou. 
Les nuages, ici, n’osent s’arrêter et roulent sous les cieux à la vitesse grand V, dopés par cet étrange tableau issu de la création, du commencement des mondes et imprégnés de mille songes, de mille et un mystères créés par les dieux et chantés par les hommes épris d’éternité et fous de terreur à l’idée que tout peut s’embraser en un jour, une nuit, une seconde, et les pétrifier.
Tout à coup, un ouragan se crée et déclenche en ce lieu des enfers déchaînés, des malstroms ténébreux. C’est le royaume des tempêtes et des méga typhons crachant sur la cime des flots, des torrents de lumière et de feu, bombardant la mer de cataractes fluorescentes dignes de la fin des temps. 
La mer, cette géante flaque sans cesse en mouvement, hurle sa furie et bouillonne jusque dans ses entrailles. Elle danse, la folle, éprise d’une démente transe à faire trembler ciel et terre, mondes et galaxies. C’est la bataille des apocalypses, combat de titans roulant sur l’écume et pris par le feu de géantes catapultes vomissant sur le flux des guirlandes de braises célestes dans un vacarme assourdissant et dégueulant des gerbes enflammées de météorites incandescentes. Une diabolique ivresse s’est emparée des éléments, d’infernales trombes s’abattent sur les flots rougis par l’assaut de lasers déchirant l’horizon embrasé d’apocalyptiques ténèbres. Des montagnes d’eau s’élèvent jusqu’aux cieux, leurs crêtes d’écume se soulèvent et crèvent les nuages gonflés de noires colères. 
Tout l’espace s’emplit de colossales furies, des cathédrales aqueuses dansent sur le roulis et s’écroulent dans un immense fracas, les continents se fissurent éclatés par la charge des déferlantes, c’est l’hallali, l’heure dernière
Tout un monde sous-marin éructe dans les profondeurs, des colonnes de succubes gémissent dans les abysses et des chapelets de sorcières endiablées cuisinent dans leurs chaudrons infernaux des bouillons atomiques aux bulles krakatoesques. 
Dansent les flots rugissant sur les mers ébouillantées ! Soufflent les haleines marinées des mangroves évaporées ! Hurlent les vents de mousson aux béantes gueules de dragons dévorant l’espace dans un hallucinant chaos !
Tout devient mouvement, le magma s’embrase dans les entrailles de la terre et dégobille sur les continents, les mers, les océans de flamboyantes vomissures parsemées d’écorce terrestre. Des pluies de roches diluviennes éclaboussent l’atmosphère ensanglantée de laves rouges, pourpres et vermillon. C’est le délire des éléments en fusion, un satanique ballet à l’échelle planétaire. Tout bouge, craque et ruisselle sous les assauts répétés des génies déchaînés. Fument les cratères écarlates aux rivières de braises ! Eructent les démons en colère épris de danses frénétiques et de rondes extatiques ! C’est la démence de la mère Nature, un saut dans le vide pour la planète Terre. 
Ils doivent bien rigoler, les dieux, là-haut, sur la voûte céleste, occupés à leurs orgiaques banquets, culbutant les astres et déversant sur nos têtes leur foutre solaire. Eole, bourré jusqu'à la moelle, s’amuse à nous faire tanguer dans d’infinies tornades recueillies sur toutes les comètes et nous farandolons sous la démesure de ses vents furibonds. Neptune, ivre mort, lance son trident dans le cœur des océans et bouleverse pour un jour, une nuit tout ordre établi. Des raz de marée déferlent sur les rivages noyés, de géants gouffres se creusent sur le flux tourmenté, les flots se cabrent et rugissent à l’appel de ce fol illuminé plongé dans son éthylique délire. 
Que vouliez-vous ? Qu’espériez-vous ?... qu’ils nous balancent, les dieux, en se bidonnant jusqu’au trognon. Ils s’en font éclater la panse de fous rires et nous tremblons dans cet écho hilarant digne d’une bombe à neutrons. C’est la piste aux étoiles avec des effets larsens inouïs, c’est le Niagara concentré dans sa propre douche, une hallucination de violences en délire qui nous tombe dessus à la vitesse de la lumière. Ils nous mitraillent de poussières cosmiques, les Seigneurs de la vie, ils nous bombardent de vibrations thermiques à se faire péter le citron un bon millier de fois chacun. C’est le déluge des agonies, une pluie de trous noirs qu’ils nous balancent sur la poire, les Maîtres de l’univers. 
Venus du fond des Ages, esprits, génies, elfes et demi-dieux se réunissent dans de folles bacchanales comme à chaque nouveau millénaire et nous payons leur excès d’ivresse qu’ils nous déversent sur les pompes par rafales de rires, par éclats de délires.
Et nous, pauvres humains enfouis sous des mystères, effrayés par de tels tremblements de terre, nous prions à l’aube nouvelle, secoués à chaque séisme de mille terreurs et d’incroyables peurs. C’est une guerre intergalactique qu’ils nous livrent, ces Hautes Grâces du panthéon céleste, ils nous assassinent, rongés par leurs démentes fièvres solaires. C’est l’Opéra Bouffe, je vous le dis, ils en crachent leurs amygdales, les cons, ils s’en font péter la rate et nous pulvérisent sous le feu de fragments pestilentiels issus de leur divine panse, ils nous chient sur la gueule !

 KOBÉ STEAK 11 septembre 2017

L’apocalypse ! C’est sur ce mot que mon voisin me résuma l’histoire.
Je lui demandais alors pourquoi c’était ainsi la fête chez lui depuis deux ou trois jours, le Requiem de Mozart passait en boucle, lui qu’on n’entendait absolument jamais si ce n’est quand il gueulait à son chien d’aller chercher la baballe au fond du jardin de six à sept afin de bien nous pourrir l’heure du crépuscule. Un cancer.
Faut dire à sa décharge que son clébard est presqu’aussi débile que lui, ils font la paire tous les deux. Dès qu’il se réveillait, aux aurores bien-sûr, Mirza hurlait pendant deux plombes après quoi, une fois finies ses vocalises, il ramenait la baballe à son maimaitre. Du lourd.
Ah oui, pour les non-initiés, Mirza, c’est le nom du clebs, un caniche nain totalement abruti qui vocifère au moindre nuage qui passe. Il a juste un poil de plus d’intelligence que son maitre, pas davantage, ce qui lui confère une certaine autorité vis à vis de l’autre dingue, Igor. Un molosse slave presque grabataire échappé du goulag. Le bruit court qu’il planque son blé sous son matelas tellement les Russes lui en aurait piqué autrefois. Mais bon, c’est juste des rumeurs. 
En vérité, il n’a pas une tune. La preuve, il ne dépense jamais rien si ce n’est pour son chien qui lui a déjà englouti toutes ses économies, c’est vorace un caniche. Mirza ne mange que du Kobé steak, ses croquettes à lui, c’est ainsi. Pendant qu’Igor se régale avec trois bols de cornflakes au quotidien. A chacun sa gamelle. 
Je l’ai même vu fouiller dans mes poubelles, un soir, pendant que Mirza faisait le pet, ils ne m’ont pas senti venir, je les ai chopés la main dans le sac pour ainsi dire. Je lui ai demandé s’il avait perdu ses clefs, il me dit que oui. Ça ment très mal un Slave, ça n’a pas le vice du Latin.
Bref, je lui repose ma question du début, pourquoi cet air de fête soudainement dans sa demeure ? C’était bien la première fois qu’on entendait de la musique dans cette bicoque à la con, un hôpital psychiatrique à vrai dire, un véritable asile. Même Mirza avait fini par fermer sa putain de gueule, un vrai miracle, il nous la joue mode vacances faut croire, c’est pas dommage.
Quand j’ai vu sa mine en pot de confiture, Igor ne se démonte pas pour des broutilles, j’ai imaginé le pire… Le petit chat est mort. Enfin, façon de parler puisque c’est un caniche. D’un autre angle de vue, on n’allait pas en faire une jaunisse, on allait enfin pouvoir vivre normalement dans cette rue démente sans ce clébard enragé qui poursuivait à longueur de temps une troupe de fantômes autour de ses bananiers. On allait enfin pouvoir respirer, le pied. Un rêve, oui. 
C’est là qu’un aboiement surgit, un cri d’outre tombe, la bête vivait encore, un cauchemar. J’étais dégouté. Cette rue était vraiment la rue de tous les malheurs comme nulle part ailleurs. Mirza ressuscitait, il allait nous pourrir la vie à l’infini. Il redoublerait d’énergie, c’est sûr. On allait en chier comme jamais.
Une seule alternative se dessinait donc aujourd’hui, un prompt déménagement ou bien alors un bon Kobé Steak farci à l’arsenic. Faut voir. Je penchais plutôt vers l’empoisonnement pour être franc mais je ne pris de suite ma décision. La nuit porte conseil dit-on.

 ALLELUIA ! - 02 juillet 2017

Bonjour la vie, bonjour l’amour. C’est reparti pour un autre tour. 
J’arrive des enfers, mesdames et messieurs, je viens de me faire une balade en surf sur un tsunami, un parcours dantesque sur le chemin des gémonies.
J’ai caressé la bête immonde dans les entrailles de nos tombes tout au fond du purgatoire, une danse macabre au royaume des ombres entre gouffre et abime. Des chapelets de vampires et autres zombis se relayaient à mon chevet pour me tremper dans des bouillons de fièvres atomiques aux bulles krakatoesques. Le bal des succubes, je vous dis.
J’ai terrassé la plus folle des dingues, je reviens vers la lumière... La prochaine m’emportera.
Bonjour la vie, bonjour l’amour. C’est reparti pour un tour. Alléluia !

Sauf que c’était sans compter sur la misère, les crises existentielles, Ebola, Alzheimer, les attentats, le réchauffement climatique, les génocides, le retour d’Enrico Macias dans la chanson, les perturbateurs endocriniens, l’arrivée de Trump en fanfare, la malaria et j’en passe… 
Bref, une fois encore, je recommençais ma vie à zéro. Ça devenait une putain d’habitude, quoi. La vie est un chemin de croix. Je sais pas comment ils font, les autres, pour tenir le cap une vie entière, je leur dis chapeau. Ma boussole doit être bousillée, c’est pas possible. Je dois faire le point vingt fois par décennie au moins, après chaque tsunami.
Ou alors, ils se cament tous, c’est pour ça qu’ils tiennent la route. Je ne vois pas pourquoi je serai le seul à être ainsi soumis à de telles turbulences. C’est vrai, quoi. Pendant que des doses inouïes de spleen déferlent sur mon être à la dérive, la foule danse et rit aux anges sur un air d’insouciance. C’est à pleurer. 
Y a pourtant une solution afin d’éviter ces folles crêtes mélancoliques qui me bouleversent de tout côté, la lobotomie, j’y ai pensé. Sauf que je suis vraiment trop douillet pour oser quoi que ce soit, la vue d’une seringue me fait aussitôt tourner de l’œil et la moindre goutte de sang me fait tomber en syncope. Je continue donc à errer sans fin, les entrailles déchirées par mille et un accents lyriques que je ne peux aucunement gérer. C’est pas gagné.
J’ai tout essayé pour en finir avec ces maelstroms qui me secouent de toute part. Le sport, l’alcool, le sexe, la politique, le bio, le coca, la mousse au chocolat et même le yoga, rien n’y fait. J’ai fait choux blanc.

J’ai pourtant touché à ce qu’on nomme pompeusement le bonheur. Une fois, pas longtemps Un véritable enfer, oui. C’est pas une vie, ces conneries. Je me croyais chez les bisounours. Je vous rassure, ça n’a duré que trois jours. 
A dire vrai, je connus la paix autrefois, quelques mois durant, presqu’un an. Vous savez pourquoi ? J’ai arrêté d’écrire pour ne pas devenir fou et retrouver la vie d’un humain lambda, parfaitement normal. J’ai cessé de me torturer tripes et cervelle jour et nuit pour plaire à ma muse ; de boire cinquante expressos tout en fumant trois paquets de clopes au quotidien pour compenser le feu de mes neurones ; de zapper faim et sommeil pour la nouvelle prose. Finie l’alchimie verbale, j’étais libéré, je ne m’exprimais plus que par onomatopée. Seul mon cerveau reptilien m’occupait. Un gout de paradis naissait.

Finalement, mes élans littéraires furent plus forts que tout et je replongeai vite dans les méandres de ma démence entre béatitude et furie. Des farandoles de frissons extatiques parcouraient mes tripes à la vitesse de la lumière, une pluie de météorites. J'entendais maintenant très bien le cri des suppliciés dans les enfers ainsi que l’écho de prières millénaires venues se fracasser sur le mur des lamentations.
Je me revoyais sur les fonts baptismaux alors que le prêtre me balançait un christ ensanglanté à la face pour m’apprendre à vivre dès la naissance. J’ai flippé grave, sans rire, je sentais bien qu’il y avait embrouille. Je suis revenu l’interroger un demi-siècle après, il vivait encore. Je lui ai demandé pourquoi il m’avait ainsi foutu les jetons, d’entrée, lors de la bénédiction. Vous savez ce qu’il me répondit ?!
« _ Eh oh, c’est bon, là ! Tu vas pas nous faire un fromage pour quelques salamalecs.
_ Tout de même, mon père !
_ C’est pour t’apprendre l’humilité, petit con. Maintenant, va jouer, j’ai encore mille âmes à sauver. »
La messe est dite.
Dépité, je sortis du presbytère et allumai une cigarette pour décompresser tout en extrapolant sur mon futur cancer des poumons. Culpabilité, quand tu nous tiens !
Je marchais sans penser, un moment unique !... Je baguenaudais épris de légèreté quand une bande de Martiens vint à ma rencontre. Y en avait de partout sous prétexte d’élections. Des Fillon, des Mélenchon, des Hamon et j’en passe. Pour rigoler, j’ai osé : vive Macron !... Ils ont failli me massacrer, les cons !... Y en a même deux ou trois qui voulaient me balancer du haut du Pont Mirabeau pour me faire passer l’envie de faire le beau. Apollinaire, au secours !
Je partis dare-dare avant d’en découdre et tombai nez à nez sur une confrérie de mystiques, un patchwork étonnant. Y avait des Krishna, des Allah, des Shiva et j’en passe. Pour rigoler, j’ai susurré : Vive Bouddha !... Ils ont crié au pugilat, je ne dois ma survie qu’à un touriste chinois qui passa par hasard là, Bruce Lee je crois. Je fus à deux doigts du trépas. 
Je revins chez les laïques. On me conseilla les Francs-Maçons. Ça tombait bien, j’avais un plan béton. Sauf qu’il fallait que je me la ferme pendant un an, à raison d’une réunion hebdomadaire, pour enfin l’ouvrir tout azimut à condition que le grand chef soit d’accord. J’ai déclaré forfait. 
Dante avait raison, ça craint ! Me me parlez plus d’amour, j’ai d’autres chats à fouetter. Alléluia !

 NOUVEAU ROMAN - 21 mai 2017

Entre fièvre et mousson

 Assoiffé de lumière aux abords de l’aube, je déambule face à l’océan sur un air de mousson. Quelques lambeaux d’azur déchirent ce paysage ivre de foudre, de vents furibonds et d’orages. C’est le bal des tempêtes qui déboule en furie sur ce mythique rivage perdu en cet archipel confetti, là-bas, tout au fond de l’Asie dans le pays des tsunamis.

Le panthéon des ouragans s’élève ici à la gloire des typhons, planté comme un diapason debout entre ciel et mer sur le cap des cyclones. Ici se joue tous les soirs une ode au merveilleux dans un chaos de ténèbres sous la rage des éléments, une transe digne de la fin des temps, un hymne à l’apocalypse sous le regard des anges dans l’écho des prières. Alléluia !

Le rivage ou le large?... Les tentations d’Ulysse au chevet d’Homère sur un géant théâtre ramayanesque, vous voyez ?!... parce que moi, pas toujours en vérité, il m’arrive de perdre le fil comme tout funambule qui se respecte.

Ainsi vagabondant au gré des atmosphères, chemin faisant, je balance à la volée quelques proses improvisées et déjantées afin de nourrir ces fièvres qui m’assaillent de toute part, un pied dans l’arène, un pied dans le vide. Je suis possédé par un syndrome très particulier, celui du cyclope. Je ne vois qu’à moitié.

Ca développe l’acuité, il parait, le regard devient plus léger, plu gai, l’imaginaire prend le relai, un flou artistique s’impose tout autour, c’est le tremplin des nuances, le cimetière des arrogances, juste une mélancolie qui passe sans conséquence, peut-être, un spleen qui s’installe jusqu’au bout de la nuit, une immersion au cœur de la vie, une balade en surf sur un tsunami.

Je me promène dans les cités, sur les rivages oubliés… et compose des atmosphères à gré. Je suis occupé, la danse des nuages, mon thème, mon sujet. Mon dada, je vous dis ! Chacun son truc, non ?! Un peu dans la lune, quoi. Et tout le feu de la terre qui imbibe mes neurones d’ivresses extatiques, le Krakatoa puissance mille, je me bombarde de mélancolies tout azimut, je garde la flamme sous les braises, le sang qui boue, éructe par les pores, la dengue encore.

Des images qui défilent sur l’asphalte, à fond la caisse, à fond les gamelles, et mes pupilles avalent toute la lumière à s’en faire péter l’iris, c’est la ballade des allumés sur un lambeau d’azur, c’est la balade du funambule dans l’œil du cyclope.

Un orage s’annonce dans le crépuscule, trois coups de tonnerre, la foudre fracasse ce colossal espace aux allures de géant théâtre… Enfin, un peu de paix.

Thierry

 LETTRE A NINA COSTES - 19 JANVIER 2017

Petite mangue du Siam échappée des jardins de Phuket et tombée sur ma pomme en plein délire tropical, je te salue ma fille !

De tes manies en guise de parade, de tes grimaces à foudroyer les anges, de tes sourires à terrasser l’humanité, je me nourris.

Je goûte à tous tes caprices, quitte à m'en mordre les doigts, et savoure avec délice tes airs de princesse, tes élans, tes colères.

Entre mythe et réalité, moitié fille moitié oiseau à l'image des Kinaris, tu entres en scène sur mon théâtre aux accents ramayanesques. Tu aiguises ma latinité et renverses mes instincts premiers, tu me la joues oiseau du paradis sur le mont Indra et je bois à ton calice ces doux poisons venus du fond des âges sur tes terres de légendes.

T'écoutant sous la voûte, je bascule dans ces contes épiques issus de ta culture malgré ta moitie latine, père oblige, et plonge dans cet univers romanesque sans retenue. Tu es ma muse et je me laisse emmener dans ces contrées, sur ce domaine où règnent les génies.

Je pénètre des mondes insolites aux codes inconnus pendant que tu me la joues métamorphose sur ta planète à toi. C'est la ronde aux mystères, nous franchissons la lisière des confins insoumis.

Je me balade sur ce parterre de palmes dans une flaque de soleil, et m'évapore dans ces atmosphères emplies d'essences aux parfums sauvages à tes cotés, tu es ma sirène, ma dryade… ma petite sœur aux yeux d'Asie !

 

« Amoureuse de la campagne

Semant partout

Comme une mousse de Champagne

Son rire fou » (Arthur Rimbaud)

 

Evadée de l'azur pour ma fureur terrestre, petit mélange haut en couleurs des trois cent fruits qui honorent ta terre, ton pays, je te savoure, je te chimérise, je te suis, je te respire.

Echappée des frontons d'Angkor ou de Borobudur telle une apsara ainsi que des rivages de la Mer Andaman qui t’ont vu naitre, tu viens nous visiter, nous surprendre, nous mystifier… Facile, tu es la lumière du monde, l'alchimie première !

Tout le Siam te remercie – et plus encore ! - tu es la quintessence de la sphère, le modèle, l'étincelle… Tu es ce petit bout d'âme totalement indomptable, ce petit souffle épris de liberté qui veille sur la conscience humaine.

Devant toi, je me recueille… et m'évapore au parfum de ton mystère.

Bonne année Nina !... et bonne année à tous aussi !

 PHUKET - 09 oCTOBRE 2016

PHUKET, VERSION BUCOLIQUE : La revanche des scolopendres

 Des lambeaux d’azur qui passent sous la voute, mousson oblige, et des rivages défoncés sous l’assaut des éléments… Des pluies torrentielles en veux-tu en voilà, des averses tropicales en cascade, des orages en farandole… et le ciel qui nous tombe sur la tête comme le craignaient mes ancêtres gaulois.

Il suffit de tendre les bras pour toucher les nuages dans ce déluge, des bourrasques nous renversent sur un air de typhon, la noyade nous pend au nez à chaque faux-pas dans les inondations. Seul Jésus échappe à l’histoire, c’est vraiment balaise de marcher sur l’eau, bravo.

Chacun se terre auprès des siens en attendant l’heure dernière. Les trompettes de l’apocalypse sonnent l’hallali dans la fureur de la foudre entre vent et tonnerre… Un délire digne du bigbang s’abat sur nos pompes pendant que le monde des insectes envahit la sphère.

La dengue s’immisce dans toute chaumière, saloperie de moustiques, rien ne les arrête, ce sont eux les maitres des lieux, les rois de notre univers. Une marée de blattes déferle sur un air de tsunami pendant que les scolopendres dansent sur le chaos.
Les fourmis s’invitent dans la party et déboulent par légions sur l’horizon. Des guirlandes de sangsues nous cernent de tout côté, c’est leur noël à elles, on ne peut leur échapper.

C’est la révolution des grenouilles, tous les crapauds rappliquent pour assister au show. C’est le Woodstock des amphibiens, la rave des batraciens sur un panier de crabes-violonistes, il ne fait pas bon d’être humain dans ce décor dantesque, la survie devient épique. 

Seuls les rats et quelques singes résistent dans le monde des mammifères, les autres désespèrent sous le ballet des vautours et l’œil aguerri des varans tout autour, il n’est pas question d’amour.

Dame scolo ne rêve que de se faire prendre dans ce délire tropical, ça nique même sous le déluge que ces bestioles-là, une libido à faire rougir notre kamasoutra, jamais de trêve, jamais de repos. Elles niquent même sur la canopée pour se la jouer plus haut. C’est le bal des scolopendres !

 

PHUKET, VERSION URBAINE : Les fous du volant


Ça y est, c’est parti !... Comme chaque matin, je chevauche mon bolide pour emmener ma princesse au collège. Une marée de scooters démarre au même instant, rentrée des classes oblige, un océan de bagnoles déferle sur l’asphalte, le rendez-vous des bras cassés, les aventures d’Ulysse, les 12 travaux d’Hercule, un chemin de croix à terrasser les anges, un tsunami.

C’est un vrai challenge que de n’accrocher personne dans ce délire urbain au quotidien. Des machins qui t’arrivent de partout, 2 3 ou 4 roues. Les clignotants je connais pas, les priorités y en a pas, les feus rouges c’est quoi ça?... Ça a du bon que de croire à la réincarnation, ça rend plus léger, davantage insouciant, on ne calcule plus à une vie près, à nous l’éternité.

Ma fille aussi est atteinte de ce syndrome, son coté thaï malgré sa moitié cartésienne. Je lui demandais de mettre son casque, hier, comme je le fais déjà depuis des années en la voyant filer avec sa mère en scooter. Jusqu'à présent, elle ne l’a jamais mis, pas plus que sa mère d’ailleurs. Elle me répondit illico : « Papa, tu me bassines avec ton casque, n’oublie pas que j’ai 9 vies » … Ça parle, non ?

Y a que moi qui suis à ce point blaireau pour n’en avoir qu’une seule de vie. C’est mon coté petit joueur. C’est vrai quoi, alors qu’ils se la jouent tous éternité, je suis le seul à croire qu’il n’y a pas d’espoir, c’est déjà pas évident avec cette vie-là.

Et ne vous imaginez aucunement que je ne parle que des locaux, Thaïs ou Farangs (Occidentaux), c’est du pareil au même, la planète folie, les mêmes dingues au volant, ils se sont tous convertis, ils ont tous désormais 9 vies. C’est ma fille qui a lancé la mode.

Bref, je reviens vivant chez moi, c’est déjà pas si mal, c’est carrément géant !

Ô LUBERON - 09 oCTOBRE 2016

Ce nom sent bon la Provence, il parcourt tous mes sens à la vitesse de la lumière dès qu’il s’annonce, il me donne des frissons, il déferle tel un tsunami dans tout mon être jusqu’aux confins de l’Asie où je vis aujourd’hui. 
Une large part de mes émois, de mes douces folies, se répand sur cette garrigue où j’ai vécu, j’en ressens encore tous les accents… Ô Luberon, tu danses dans ma mémoire ! 
Même sous mes tropiques, j’entends encore la voix de la Dame de Lourmarin et ces chants vaudois dans les veillées d’autrefois. Le ballet des lavandières d’antan opère devant moi entre Menerbes et Bonnieux au-delà des époques relatées dans nos livres, récits, chants et peintures. 
Je revois le pressoir d’Oppede et ses heures de gloire sur le panthéon de l’huile d’olive. Je revois les vergers en fête, les melons, les pêches, les abricots, les brugnons... le temps des cerises, les vendanges.
Je revois le lapin de Mamie - Ô roi des civets – et son omelette aux truffes – mon panthéon ! – quand elle nous accueillait à deux pas du Château du Marquis de Sade, à Lacoste dans son cabanon. Dans ses yeux, toute la lumière du monde, un océan de tendresse à foudroyer les anges, l’amour avec un grand A. Je revois l’azur et le firmament sous le chant des cigales ou des grillons… Je te salue Mamie ! 
Les larmes du Luberon (Hubert Leconte) inondent toujours ma peine en souvenir des Vaudois persécutés au temps de l’inquisition, triste Renaissance. Ils auront connu le même sort que mes ancêtres Cathares dans le sud-ouest de la France, l’église ne faisait point dans la dentelle dans ces temps-là. 
Toute l’Histoire du Luberon vit encore en moi, j’en partage heurs et malheurs. 
J’ai connu le sourire flamboyant de ces terres que j’aime tant dans une autre vie, j’en connais tous les chemins buissonniers, tous les parfums, tous les oliviers, même les plus perchés. Je connais le nom des cigales et celui des grillons aussi. Des accents lyriques me poussent sur un air de mélancolie... 
J’ai beau vivre aujourd’hui sur les rivages de la Mer Andaman, mon village d’Astérix à moi, c’est dans le Luberon ! Désolé pour les bretons ! 
Ô Luberon, mon amour ! Tu danses dans mes rêves !

 COSMOPOLITE OBLIGE !                                                                                                                                                Le 08 Juillet 2016

Que dire sinon se taire ?...
Sauf que c’est pas trop mon style de me taire, j’ai hérité cela de mes pères, Socrate et Homère, malgré un millénaire de judéo-christianisme sous la sphère.
Regardez ! même Molière et Shakespeare n’ont point réussi à se taire, ça parle, non ?! 
Je suis né à Toulouse, aux Minimes, sur la même avenue où est né ce célèbre chanteur de jazz français, Claude Nougaro. Je suis né dans les années soixante au milieu d’anarchistes espagnols qui avaient fui la guerre d’Espagne par les chemins contrebandiers des Pyrénées afin d’échapper aux chiens de Franco pour sauver leur peau.
Je suis né au milieu d’un patchwork de nationalités. Y avait des Italiens, des Algériens, des Portugais, des Marocains. Y avait des juifs, des musulmans, des chrétiens et beaucoup d’athées à vrai dire, Toulouse est vraisemblablement un des lieux les plus anticléricaux de France jusqu’en Ariège, route des Cathares oblige.
Je me sens avant tout un enfant du monde puisque ma vie n’a pas de frontière même si ma culture est d’abord française, j’en suis d’ailleurs un des grands ambassadeurs sous nos tropiques. Mais je suis comme Romain Rolland et Stephan Zweig, parmi les premiers à lancer l’idée de fédérer le vieux continent, mon identité est européenne surtout ! Je n’arrive pas comme les Anglais aujourd’hui à me ranger juste sous mon clocher.

Bref, j’ai beau eu refaire tout mon arbre généalogique, aucune racine hors de l’hexagone, c’est à pleurer. Mon père est né dans un charmant petit village de l’Aveyron, ma mère sur le toit des Pyrénées, à Cauterets. Même pas un oncle qui aurait épousé une fille d’Italie a l’époque de Stendhal ou bien d’Asie au retour d’Indochine, c’est pathétique ! C’est pourquoi je décidai de mettre une putain de révolution dans cette arbre généalogique-là, non mais alors ! 
Je suis donc parti direct dans les confins de l’Asie sur les pas de Rimbaud après avoir trainé quelques années en fac de Lettres pour m’imbiber de l’air du temps. 
C’est ainsi que je suis parti humer le parfum des tempêtes sur les rivages oubliés dans cette Asie éternelle que j’aime tant… J’ai même composé un triangle œdipien en chemin avec une fille issue d’une famille séculaire de l’Ile de Phuket, en Thaïlande.
70% de la famille maternelle de ma fille est musulmane, 15% sont sino-thaïs de mouvance taoïste pour l’essentiel, 15% sont bouddhistes et moi né catholique, un sacré bordel quoi. 
Ne me demandez point si je me suis converti, je n’ai jamais été une référence dans le monde chrétien, comment voulez-vous que je devienne un super musulman ?... Mon berceau culturel vient de la Grèce antique, la philosophie m’occupe davantage que la métaphysique. La laïcité me pousse de tout coté, seul rempart contre la dictature des dogmes. 
Ce qui ne m’empêche aucunement de fêter gaiement noël, la clôture du ramadan, le nouvel an chinois et tous les bouddha day de l’année.
Ma fille, séduite par ma philosophie libertaire au beau milieu de toutes ses racines multiconfessionnelles, n’hésite pas non plus à se taper la cloche sous la ronde des astres durant ces légendaires agapes et banquets qui réunissent notre famille multiculturelle. 
Ça tombe bien, c’est aujourd’hui Hari Rayo, la rupture du jeûne, le jour des cadeaux pour les enfants, le noël musulman pour faire court. La grand-mère de ma fille a préparé les meilleurs plats sur quelques accents rabelaisiens… on dirait le repas de Gargantua ! 
Bon appétit ! 

 LA REVOLUTION DES FILLES !                                                                                                                                Le 09 Mai 2016

Que je vous dise encore… 
Les poules ont désormais des dents, les requins n’ont qu’à bien se tenir, ils n’ont plus seuls ce privilège aujourd’hui. Même les fleurs sont carnivores dans cette jungle urbaine qui nous entoure, elles recouvrent la cité, leur empire.
Entre verre et béton, nos tours se prennent pour des cathédrales chlorophylliennes. Sur nos clochers poussent des palmeraies. De Singapour à Montréal en passant par New York, les jardins s’installent jusqu’au plus haut de nos gratte-ciel, tous les légumes y végètent, c’est la révolution des salades !
Mangues, citrons et ananas s’élèvent au-dessus des nuages sur un air de papaye jusqu’au plus haut étage, la canopée de nos cités est une véritable orangeraie.
Pareil en Chine, tous les pékins s’achètent des guirlandes de plantes et se la joue main verte sur leurs balcons carbonisés, une révolution culturelle sur un parterre de bambous. Le charbon n’est plus l’énergie-reine, une mer de panneaux solaires inonde aujourd’hui le désert de Gobi.
L’humanité veut se refaire une virginité, les nouveaux jésuites (les écolo-humanitaires) débordent de prosélytisme afin d’inverser la tendance mais c’est pas gagné. 

Et pourtant, il suffirait de peu de chose… Il suffirait d’interdire les sphères du pouvoir au genre masculin qui ne fait que des conneries depuis des millénaires, patriarcat oblige. Il faut impérativement exclure tous les mecs de toute responsabilité et donner tout azimut le pouvoir aux filles, pas davantage !... et ainsi le monde redeviendra vivable.
La révolution des filles, il n’y a que ça de possible !... Nous avons déjà tout essayé sauf que rien ne l’a fait, les males dominants sont des bras cassés, des tyrans, il est temps de déclarer forfait. Les filles ne feront jamais pire.
Regardez, même les religions poussent vers le patriarcat, elles réduisent les gonzesses au rôle de mère exclusivement, la pondeuse du triangle œdipien, pas davantage, alors que les filles sont la quintessence de nos élans lyriques, amour courtois oblige. Y en a même qui veulent leur interdire toutes études dans ce monde de oufs, ils veulent aussi les exciser pour qu’elles n’accèdent jamais à ce plaisir éphémère que tout le monde espère. Ils sont jobards !
Même les prophètes sont tous des mecs, c’est pas chelou, ca, hein ?! Le panthéon est tout masculin alors que seules les déesses m’interpellent… La laïcité a bien essayer d’inverser la tendance mais rien n’y fait, les mecs confisquent toujours le pouvoir, des chacals !
Tiens, ma fille m’appelle pour me montrer son dernier poster géant affiché sur le mur de sa chambre, un slogan issu du féminisme des années 70 : « Une femme a besoin d’un homme comme un poisson d’une bicyclette ! »… Ca parle, non ?! Cela a tendance à me plaire, je lui inculque ce concept depuis la tendre enfance. Sauf que, si jamais elle change d’avis dès son adolescence, j’ai déjà commandé un lance-missile et un fusil mitrailleur sur internet (une start-up de Molenbeek en Belgique me faisait le tout à deux balles, les promotions de Pâques qu’ils disaient sur la pub) afin d’accueillir son premier petit copain, le chien, et ainsi le calmer d’entrée ce petit con. Mon coté latin, quoi. Non mais alors !

Tenez, au hasard, c’est encore un mec qui a inventé la bombe atomique, une fille n’aurait jamais fait un truc pareil… sauf peut-être mon ex lors de notre séparation, elle était partie en furie la petite fleur, n’ayez jamais un problème avec une fille de ce pays !
Vous voulez un autre exemple, hein ?! Le métier de bourreau n’a jamais été exercé par une gonzesse de mémoire d’homme… si ce n’est par ma nouvelle fiancée quand j’ose lui dire non. Mise a part elle, c’est jamais arrivé ! et il faut que ça soit sur moi que ça tombe, c’est pas juste. Ne dites jamais non à une fille de ce pays ! il pourrait vous en cuire. 
Un dernier exemple pour le fun. La guerre n’est qu’une histoire de mecs, y a que ma fille pour déclencher la 3eme guerre mondiale si jamais je braque la dernière tranche de jambon de Parme dans le frigo durant son sommeil. 

Bref, pour faire court, il faut en finir avec ces folies qui ruinent le genre humain depuis toujours. Non, je vous le dis, la seule perspective envisageable pour sauver l’humanité est le féminisme dans sa version la plus extrême, seul apte à redresser la barre après des siècles d’incompétence du genre masculin. C’est notre seul joker, ma fille me le répétait encore pas plus tard que ce matin. Les mecs sont tous des incapables ! … sauf Shiva, Dionysos, Homère et moi.  =D


Thierry

 SUR LE PONT SARASIN - 04 novembre 2015

Nous lançons une nouvelle excursion ensemble, ma fille Nina et moi, « le saut sans l’élastique », c’est elle qui finance. Après la route des temples oubliés, mon excursion-phare, c’est sur la route du Pont Sarasin que nous marchons aujourd’hui afin de survivre à la crise, au chikungunya et à l’Ébola. 
Vu le nombre de candidats au suicide de nos jours, il est possible qu’on fasse un carton, c’est du Pont Sarasin que Romeo et Juliette ont sauté, version Phuket, y a presque un demi-siècle. Ils se sont balancés enchainés dans la Mer Andaman pour survivre à leur amour que leurs familles ne toléraient, ils ont préféré en finir plutôt que de se soumettre.
Depuis, on appelle ce pont, le pont des suicidés. C’est le seul endroit du royaume où l’on peut rouler à 200 alors que la limite en Thaïlande est de 80km/h, il est hors de question de prendre ici une pause, c’est le bal des fantômes. Ça fout les jetons, non ?!

Nous avons réalisé une étude de marché pour savoir si beaucoup de touristes nous suivrons sur la route du Pont Sarasin avant de lancer ce nouveau trip de saut sans l’élastique. Je vous en confie les résultats :
Les Russes devraient tous adhérer, plus aucun ne veut rentrer au pays depuis l’effondrement du rouble. De St Petersburg jusqu’à Vladivostok, aucun n’osera le retour. Le coté spleen de l’âme slave les conduira vraisemblablement tous au Pont Sarasin. Avec une super promo et un bon prix de lancement, ça devrait le faire. 
Les Chinois, pas mélancoliques du tout, même pour un sou, devraient pourtant vite arriver en masse, la bourse de Shanghai fond à vue d’œil, la grande dépression s’annonce. Il est à parier que beaucoup préfèreront le Pont Sarasin aux grandes tours de leurs géantes cités avant de se balancer. Si j’en chope quinze millions sur un milliard et demi, c’est déjà pas si mal.
Les Japonais devraient nous faire faux bond, c’est le cas de le dire, ils ne voyagent plus depuis leur catastrophe nucléaire. C’est dommage, ils auraient été bon public, le côté Banzaï, ils auraient surement préféré le Pont Sarasin à Fukushima. Tant pis, on se passera des Japs.
Quant aux Français, ils ont déjà depuis longtemps le nez dans la crise, ça devrait être facile de les amener à se pencher volontiers au-dessus des eaux féeriques de la Mer Andaman, c’est tout de même mieux que le Pont Mirabeau, non ?! On leur a composé un petit jingle, une petite chanson à fredonner sur l’air du Pont d’Avignon, je vous en donne le refrain : « sur le Pont Sarasin, on s’y jette, on s’y jette ». Il suffira d’embaucher quelques GO du Club Med pour qu’ils osent sauter, 50% devraient suivre. 
Les autres 50% auront un dernier flash avant le saut sans l’élastique, le côté franchouillard, genre je me la fais douce sous le ciel de Provence en me gavant de Crottin de Chavignol et d’omelettes aux truffes, suivi d’un lapin a la moutarde à foudroyer les anges et d’un Chateaubriand digne des plus grands, le tout arrosé de Petrus et de Romane-Conti. Ceux-là ne sauteront vraisemblablement pas, le désespoir n’est pas de leur monde. 
Les Anglais ne viendront pas, trop chauvins, ils ne se jettent que dans la Tamise, c’est culturel. A moins que Sophie, la marraine de Nina, nous fasse un marketing d’enfer dans les rues de Londres en chevauchant un éléphant rose, ce n’est pas à exclure. 
Les Allemands, c’est niqué, ils sont les seuls aujourd’hui à ne pas se suicider, leur économie est au plus haut, leurs matelas rembourrés, ils ont remplis caves et greniers, même le déluge ne les fera pas ciller. Quoiqu’avec de bonnes commissions aux agences, il est possible d’inverser la tendance.
Y avait un créneau géant avec les Grecs, j’aurais fait un tabac, mais ils n’auront jamais la tune pour se payer le billet d’avion jusqu’ici. Ils n’ont pas de pont assez haut chez eux pour se balancer dans le vide, le Pont Sarasin aurait été parfait. Du coup, ils n’ont que les Météores comme « view point » suffisamment élevé pour oser le saut de l’ange. Le problème, c’est qu’il faut des heures pour grimper, et arrivés là-haut, y a que des monastères, ils font tous une crise mystique et finissent dans les ordres, la flemme de redescendre sans doute.
Les touristes venus des Emirats ne seront jamais intéressés par l’excursion, ils ont déjà les plus hautes tours pour se balancer, sauf qu’il n’y en a encore aucun qui a sauté, ça ne le fera jamais.
Les Thaïs, n’y pensons même pas, ce sont les seuls de la planète qui, au comble du désespoir, vous demande si vous avez diné, ils ne pensent qu’à bouffer.
Les Australiens, ils savent trop bien nager, ils surfent sur les tsunamis, c’est pas le Pont Sarasin qui va les impressionner. 
Les Indiens devraient sauter sans sourciller, ils croient tous à la réincarnation, ils ne sont pas à une vie près. 
Y a peut-être un créneau avec les Coréens du nord s’ils ouvrent les frontières, sait-on jamais.
On va essayer de toucher les organisations humanitaires aussi, elles viennent faire des séminaires ici. Il suffit de les convaincre de nous accompagner sur la route du Pont Sarasin, la plupart ne résisteront pas à l’appel du vide dans cet océan de misère. 
Bref, on veut déployer des outils marketing inouïs pour cette nouvelle excursion, on pense même créer une franchise comme les 7/11 et les Mc Donald. Quitte à mourir empoisonné, autant sauter de suite du premier pont venu, non ?!

Thierry Costes

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 NINA

Ma fille vient de me quitter, y a deux heures… Trop blaireau que je suis, dit-elle, je serais définitivement perdu dans la génération Woodstock parait-il, un attardé en somme, un demeuré issu des sixties, un enfant de 68, un humaniste désespéré, un genre désuet à classer dans un musée, un benêt libertaire à rayer du genre humain. C’est sans appel conclut-elle… Ils y vont fort, les mioches, aujourd’hui, ils t’assassinent en quelques phrases avant de replonger le nez sur leurs écrans, Smartphones et autres tablettes. La révolution Facebook a tout balayé sur son passage, un véritable tsunami. 

Musicalement aussi, tout nous oppose, je sors du jazz, elle a choisi l’école classique, je suis guitare, elle est violon, je me la joue bémol pendant qu’elle caracole dans les dièses. Dès que je fais mon Rémi, elle m’impose son La, je dis Miles, elle répond Ludwig ou bien Amadeus, avouez que ça donne le blues.
Tenez, pas plus tard que lundi dernier, j’osais une impro sur « Stormy Monday Blues » de Kenny Burrell au vu des cataractes qui nous tombaient sur la tête, mousson oblige, des inondations terribles, le déluge. Eh bien, vous ne le croirez jamais, elle déboula comme une furie avec son stradivarius pour se la jouer « Les Quatre Saisons » de Vivaldi sous mon nez, on croit rêver, c’est vexant à la fin. Demain, je la place à la Ddass. 
Je surenchéris et attaque un « Billy’s bounce » de Charlie Parker sur mes six cordes pour la méduser alors qu’elle me fait un pied de nez du haut de son archet. Pendant que je feuillette des BD de Manara, elle se gave de mangas. Quand je lis Homère, elle me récite Notre Père sous prétexte que je suis né au beau milieu des religions du Livre. Je lui jette à la volée un Inch’Allah, elle se retourne vers Bouddha. Je lui balance Blanche-Neige, la Vierge Marie, l’histoire des Sept Nains et le délire du Petit Poucet, elle invoque les Génies de la Haute Forêt dans les confins insoumis des sylves d’Asie, sa terre, son pays. C’est déconcertant, non ?! 
Je suis Odyssée, Iliade, elle est Ramayana, son livre-phare. Je pense Socrate, elle me parle de Confucius. Je dis Clyde, elle dit Bonnie. Alors que je lui lis pour la énième fois « Le sel de la vie », elle s’empiffre de mousse au chocolat. Je suis moutarde, elle est wasabi. Nina et Thierry, le gosse de la cité et l’enfant du large, une étrange alchimie issue d’extrême Orient un peu à l’ouest aussi.

Bref, lorsque je m’exprime en français ou bien anglais, business oblige, Melle ne répond qu’en thaï ou en chinois, ça m’apprendra dit-elle afin que je n’oublie jamais que je vis sur le Mont Indra malgré ma culture grecque. Je viens d’un monde patriarcal, j’en suis désolé, sa planète est matriarcale et c’est tant mieux. 
En chemin, je mate la danse des nuages sous la voûte ainsi que le mouvement des géants verts et de leur feuillage, seuls les volcans l’intéressent et la foudre qui tombe dans la fureur des orages entre éclair et tonnerre. Il faut dire que Nina est née l’année du tsunami, en 2004, ça prédispose aux cataclysmes et aux révolutions, c’est sûr. 
La preuve, y a deux ou trois jours, je la laisse à la maison avec quelques copines puisqu’elles se la font « rave ». A mon retour, j’ai cru que je m’étais trompé de baraque tellement un bordel immense trônait entre nos quatre murs, je me croyais carrément dans le palais des vents, des feux de Bengale illuminaient tout l’espace, les décibels déchiraient le ciel, flics et pompiers cernaient le quartier, ils ont appelé le GIGN voyant que Nina et sa bande refusaient de se rendre. Elle leur a même balancé un « mort aux vaches » dans la foulée, qu’elle aurait trouvé dans ma compilation de Brassens héritée à la mort de Jean Boulbet, l’ancien Consul de France à Phuket, un copain anarchiste. Je ne sais plus quoi faire pour la raisonner. A son âge, moi, je jouais aux billes, point à la ligne.

Pendant que je me la joue vertige, elle se balade sur les crêtes, cimes et sommets. J’ose un blues, elle me sort « Le sacre du Printemps », Stravinsky oblige, et finit en bouquet par un « Hymne à la joie » de Beethov alors que mon groove vient de la soul. 
Je lui offre un saphir rose pour son anniversaire, elle n’acceptera que les bleus me dit-elle. Ni une ni deux, on file direct à la bijouterie afin que Melle change sa couleur. Une fois introduit dans le panthéon des pierres, la plus grande joaillerie de la Terre, sur la bypass à Phuket, Ali Baba ferait direct un AVC s’il voyait le machin, ma fille m’avoue que ça fait radin, le saphir, en voyant ce parterre précieux et, de diamants, des rivières.
Je lui balance qu’on n’a pas le budget de Madonna pour s’offrir toute la galerie mais, exception oblige, elle a carte blanche pour son anniversaire. J’imagine que vous connaissez déjà la suite… 
J’aurais dû fermer ma gueule, oui ! Mais comment pouvait-il en être autrement? Je vous le demande !... Il ne fallait pas passer par là, juste l’amener dans un de ces Disney World à la con, pas davantage! Il fallait la gaver de Mc Donald et lui faire ingurgiter mille litres de Coca Light. Il fallait ce jour-là se casser une jambe, passer la journée à la foire du trône, rester dans une chambre noire, je ne sais moi… Il fallait entrer dans un temple, une église, une mosquée et prier les anges. Il fallait monter sur les tours de Notre-Dame et hurler sa folie à la vaste immensité plutôt que se la jouer Place Vendôme. Eh oui ! Il fallait zapper complet.
D’un autre côté, j’avais juré, carte blanche à la clé, diamant excepté, je ne pouvais aucunement me défiler quand j’ai vu le prix du bijou affiché !... Vous le croirez jamais, y avait tellement de zéros que j’ai cru que mon heure avait sonné ! Elle a choisi un rubis sang de pigeon, cette pierre dépasse le prix du diamant, les historiens l’appellent la pierre des rois. Son côté Cléopâtre, quoi. 
J’ai pas voulu faire scandale, j’ai vendu maison, voiture et société pour honorer la dette du fameux rubis à la bijouterie, une promesse est une promesse, c’est pas tous les jours anniversaire, 25 carats sous la ronde des astres, une météorite sur mon compte bancaire. Depuis, je vis sous les ponts.
Le pire est qu’elle a voulu me suivre. La nuit venue, on se mate le rubis sous le Pont Sarasin, on s’invente mille et une histoires au milieu de la cour des miracles. On tape le bœuf, on « jamme » sous le firmament entre violon et guitare pendant que les lucioles rappliquent de tout côté pour ne rien rater du spectacle. Nous en profitons pour passer à l’étage, c’est la Full Moon Party sur le Pont Sarasin !

Où que je sois, mon air de fête à moi, mon champagne, c’est Nina !

Thierry


La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 LE JARDIN D'EDEN

Vous savez quoi?!... J’arrive du marché, là, y a deux secondes, à cinquante pas de chez moi. Ils sont tous devenus fous, les Thaïs !... C’est la saison des durians !
Je fais partie des rares Farangs (Occidentaux) qui apprécient ce fruit au parfum comme nul autre, un arome de fromage atomique issu de la genèse à déclencher l’apocalypse… A ne pas mettre sous toute narine, les gens tombent comme des mouches à l’approche d’un durian, ça s’évanouit de tout côté, les autres fuient en hurlant comme des damnés, pire que la Berezina !... Il faut être né auprès de cet arbre pour en aimer les fruits.
Vous pouvez partir en balade avec un durian autour du cratère d’un volcan en éruption, vous ne sentirez aucunement l’odeur du souffre. L’arme fatale contre vos ennemis, personne ne vous approchera à 200km à la ronde, vos amis risquent de disparaitre aussi, c’est le risque. Néanmoins, vous saurez si leur amour dépasse les affres d’un fumet de durian, c’est un test. C’est pas gagné !
Ma fille a osé mettre la moitié d’un durian dans le frigo l’an passé, on a beau eu le sulfater de mille bombes aérosols capables de venir à bout de toute odeur tenace, le passer cent fois à la javel et laisser la porte ouverte durant six mois, rien à faire !... On a fini par le jeter tellement ça refoulait grave du gosier, niqué le frigo ! Ca refroidit, non ?!
Elle m’a fait la même dans la bagnole. Nous étions alors sur la route de l’aéroport afin d’aller passer un weekend tous les deux à Bangkok quand Nina a soudainement eu l’envie irrésistible de se taper un durian avant de décoller. Au retour, la brigade de déminage cernait la voiture tellement les restes de ce fruit singulier menaçaient l’atmosphère si l’on ouvrait la portière… Il a fallu la jeter aussi !
Bref, une calamité que ce fruit de la passion version Thaïlande, c’est pire que le napalm. A ceci près que c’est le roi des aphrodisiaques, il parait. Il faut impérativement que les vieux Chinois arrêtent de bouffer des couilles de tigre pour retrouver une libido à hauteur de leur phantasme, et que le reste du monde cesse immédiatement de se gaver de viagra pour se la jouer, il suffit juste d’un petit durian en magasin pour faire son Shiva. Ça vous en bouche un coin, non ?! 
Vue d’un autre angle, si votre copine n’est pas Thaïe, il se peut que vous attendiez trois vies avant de rencontrer l’âme sœur étant donné que le parfum de ce fruit vous colle à la peau dès que vous entretenez avec lui des relations intimes.
J’imagine le mec qui aurait un plan géant avec une super nana, et qui mange un durian juste avant le fameux rendez-vous. C’est mort !... Il pourra se brosser les dents cent fois à la soude caustique, rien n’y fera, il peut même prendre vingt douches à la paille de fer et tremper ses habits dans du formol, le durian a toujours le dernier mot. Indélébile ! 
Les Thaïs l’ont compris depuis longtemps déjà. Et dire que certains se demandent encore pourquoi ce royaume a été le seul dans la région à échapper à la colonisation, hein ?!... C’est simple, les Thaïs leur balançaient des durians pourris dans les bateaux dès que les envahisseurs approchaient de trop près, les mecs rentraient fissa-fissa en Occident avant même d’accoster. Sauf que la plupart périssaient en chemin, ils préféraient se jeter en plein océan plutôt que de supporter ce cancer olfactif plus encore, le monde des sirènes était préférable à cet enfer flottant. Le durian aurait généré davantage de décès que la peste bubonique, dit-on, pour l’essentiel des suicides. Du lourd !
Aucun marin venu d’ailleurs ne put lutter face au durian dans l’Histoire. Aucun terrien non plus, je vous rassure. Il parait même que les Martiens auraient abandonné l’idée de conquérir la Terre depuis la découverte du durian, trop risqué. Le Big Bang lui-même serait peut-être le fruit d’un atome de durian échappé dans l’immensité, un scoop énorme !
Un problème demeure toutefois, une information majeure. Si jamais vous goutez à ce fruit, abandonnez l’idée de vous taper une petite bière ou un pastis à la fraiche juste après, c’est direct l’hosto après un tel mélange, l’alchimie alcool-durian est impossible, c’est de la dynamite, un champ de ruines, un tsunami, un génocide, le cimetière des éléphants. Les effets secondaires, quoi, les dommages collatéraux comme on dirait en temps de guerre. Vous voilà averti.
Par contre, y a des tas de qualités dans le monde des durians, faut faire gaffe, faut savoir. Ça vaut un bras ces conneries, faut pas se tromper. Si vous n’avez point un Thaï éclairé à portée pour vous aider à choisir, laissez tomber, c’est mort !
Rigolez-pas, cela m’est déjà arrivé… Ma fille et ma femme venaient de me quitter, j’étais assis sur le Pont Sarasin, tout près à me jeter, perdu dans les mélancolies, j’étais Apollinaire, Rimbaud et Baudelaire, je me croyais sur le Pont Mirabeau en compagnie des Poètes Maudits, perché comme jamais, quand un marchand de durian passa justement par là. Me voyant désœuvré, il s’arrêta pour me refiler les invendus de la journée. J’aurais mieux fait de sauter. Deux heures à me tordre comme un chien sur ce pont à la con, un incendie dans mes entrailles dignes des gémonies je vous dis, la guerre du Vietnam jusqu’au bout des tripes. C’est l’ambulance qui m’a ramené. 
Deux seuls machins ont failli avoir ma peau dans cette vie, la dengue et le durian, ça parle, non ?! Maintenant, je suis blindé, je survivrai aux radiations nucléaires il parait, comme les blattes et les scolopendres. Ça fait flipper. Ne craignez rien, cool !... Mon côté humaniste m’a incité à créer deux nouveaux sites afin de vous délivrer de ces deux terribles syndromes si jamais vous désirez vous faire une dernière excursion, un dernier trip, voire une dernière prière avant le trépas, business is business, je vous les copie, ivre de bonté que je suis : dengue-evasion.com et durian-evasion-cdelaballe.com
Ca y est, c’est la révolution !... Il n’y a plus un seul durian sur Phuket, les militaires escortent les derniers convois de ce fruit défendu sur l’île, le peuple gronde et s’empare du butin, des orgies s’organisent dans tous les coins sans frein aucun, même Patrick Sébastien est là pour sa dernière des années bonheur, le chacal, Drucker l’accompagne au piano debout, c‘est foutu, ils vont niquer la soirée.
Des farandoles s’organisent à la gloire de Shiva et Dionysos, c’est la foire aux durians, ça nique de tous les côtés, les mille et une nuits dans les jardins de Babylone, la Grèce qui renait et toutes les légendes du Siam, c’est Byzance et Cordoue sous les cocotiers, le ballet des Apsaras sur les bas-reliefs des frontons d’Angkor et de Borobudur en « live », et tous les contes dont Jean Boulbet me parlait après sa rencontre avec les dryades de la haute forêt dans les sylves des confins insoumis.
En somme, la saison des durians, c’est un peu comme les vendanges pour les Thaïs, manière de se la mettre cher une fois dans l’année, un exutoire, une issue de secours, une furie d’amour, une ode à la volupté, une gay-pride qui dure trois mois, un tremplin à délires, le Mont Parnasse version tropiques, le Panthéon des Muses et la grâce d’Apollon, c’est selon selon.

Je vous vois déjà tous filer en mobylette chez le vendeur de durian pour lui acheter son stock, le côté aphrodisiaque aura vraisemblablement emporté le pompon malgré les effets secondaires à la clé, les hommes ne changeront jamais. Toutefois, pour ceux qui auraient un doute, je vous balance un scoop afin de lâcher le dernier frein… On a retrouvé un exemplaire original de la Bible y a pas longtemps, eh bien dans l’épisode relatif au Jardin d’Eden, il n’est aucunement question de pomme, ils ne connaissaient pas la Normandie encore. Le seul fruit défendu dans lequel ce dingue d’Adam va croquer, c’est un durian !... Ça parle, non ?!
 
Thierry


La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 NUIT BLANCHE

Marchant clopin-clopant sur le chemin de croix, je prends une pause dans cet enfer vivant, et mate une luciole qui passe sous la ronde des astres dans la nuit des iles. Mystifié à tout jamais, comme toujours, je la suis jusqu’au parfum de l’aube…
Elle m’invite, au demeurant, et me guide dans cette jungle environnante sous les néons de Patong entre boites, bars et lupanars. Ici, les devises flambent dans cette ronde nocturne aux allures de corrida, les billets passent de main en main à la vitesse de la lumière dès que les egos s’aiguisent, le moindre blaireau devient Shiva, Dionysos et Superman au bras de ces petites fleurs de lotus dignes des contes des mille et une nuits, c’est déjà une féérie pour un public averti, alors imaginez pour lui, le monde entier y court pour s’encanailler, ces filles baisent avec tous les mecs de la terre. Nous sommes à Phuket en Thaïlande, la première station balnéaire d’Asie.
Shéhérazade m’entraine dans sa Babylone à elle, Bangla Road, elle me dit que c’est aujourd’hui son anniversaire, elle m’invite à sa « bithday party » si je daigne attendre minuit, son heure de débauche. Le syndrome de Cendrillon, quoi.
La jolie petite orchidée vit à deux cent à l’heure dans son univers parsemé d’étoiles filantes et de météorites, elle maitrise l’espace comme personne sans jamais oublier pour autant d’aller poser un bouquet sur l’autel de Brahma avant d’aller bosser, son offrande à elle. Ici, on prie en hindou, on compte en chinois et on rit en thaï, bienvenue au Royaume de Siam !... Brahma, Confucius et Bouddha font bon ménage.
Elle me happe dans ses élans nocturnes, la petite mangue des jardins de Patong, elle m’allume tout azimut sur cette braise ambiante afin de me faire toucher au feu sacré. C’est elle la reine de la soirée !... A côté, je suis un puceau, un demeuré, elle va me déniaiser et m’expliquer la vie toute une nuit durant, elle va me faire son show entre son et lumière, la kinnari, la déesse moitié-femme moitié-oiseau, et me donner les clés de ce monde de luniens en quête d’éphémère pour l’éternité. Elle va me porter jusqu’au bout de ses ailes, la sublime pute du haut des bas-fonds de l’ile, et me faire vivre un tsunami, c’est elle la chef d’orchestre de cette nuit endiablée.
Entre foire et kermesse au pays du Bouddha, quarante marchands ambulants s’immiscent dans l’arène afin de nous refiler toutes les babioles de la caverne d’Ali Baba, montres, tabac, parfums et viagra ou bien show à gogo chez les « Pink Lady » de l’oncle Joe, un vieux Français égaré d’Indochine et régenté par sa « Mamasan » d’une main de fer, son épouse siamoise. D’autres arrivent, avec sur l’épaule, gibbon, iguane ou python, c’est maintenant un véritable zoo sous le ciel de Patong…
De bières en tequilas, je sombre dans son théâtre d’ombres, des bouquets de rires explosent de tout coté, des flots de paroles dans toutes les langues du monde fusent au milieu de cet océan de lumière et de décibels. Et avant que je ne chavire, Manorah m’invite sur son bateau ivre, sur son vaisseau fantôme. C’est à mon tour de rêver, me dit-elle sous le regard des anges, c’est sa tournée !
 
A quinze ans, j’étais Paris dans « La guerre de Troie n’aura pas lieu », ma première pièce de théâtre, je me rappelle encore une de mes tirades : « J’ai assez des femmes asiatiques, leurs paroles de la déglutition, leurs caresses de la glue.» J’ai changé d’avis aujourd’hui !... Même ma fille a des yeux d’Asie puisqu’elle est née ici, toute sa famille depuis des siècles respire cette ile sur un air de mousson, seul son père vient du pays d’Homère.
Du haut de ma petite vie, filles du jour ou de la nuit, filles du matin ou filles de joie, filles d’Occident ou filles du Levant, sur tous les continents, je vous salue toutes avec panache, vous êtes le ventre du monde, la matrice !
 
Joyeux anniversaire Manorah !
 
Thierry


La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 DE TOUT ET DE RIEN

J’assiste à un ballet nuptial de libellules, un choc immense. Elles sont complètement barrées, ces bestioles !... des arabesques à n’en plus finir… des voltiges en veux-tu-en-voilà à faire rougir notre kamasoutra… des envolées lyriques dignes de nos légendes grecques… du lourd !
Par contre, ça décroche jamais… il est toujours derrière, le con, ça doit être le mâle… où qu’elle aille, il la suit à l’infini… Elle a dû lui balancer tellement de phéromones, saison des amours oblige, qu’il en est cinglé complet, le dingue, il a perdu toute raison, elle le mène par le bout du nez pour ainsi dire, mystifié à tout jamais pour une grappe de volupté sans laquelle nous ne pourrions survivre… Ephémère, éphémère, ai-je une gueule d’éphémère ?!
Chez les varans, c’est diffèrent. Le coté reptile, quoi. Je t’enfile tout azimut l’air de rien, ni vu ni connu, un vrai mystère. Les serpents font de même sur ce thème, le monde du silence. Y a que nous pour la ramener ainsi quand on grimpe au rideau, un océan de ah et de ho, un concerto, c’est notre crédo, une histoire d’ô.
Nous nous situons entre le rhinocéros, l’hippopotame et l’éléphant dans les fréquences sonores au moment du rut, même le buffle est plus silencieux lors de ses ébats amoureux. Nous surpassons lion et tigre au royaume des décibels, c’est nous les « king » lyriques de l’opéra érotique. Et comme, chez les humains, la saison des amours, c’est toute l’année, vous avez compris le concert à la clé, c’est Woodstock à tous les étages.
Quoique, le lapin et le singe ressemblent étonnamment au genre humain question saison des amours, non ?... ça nique en continu, comme nous, à croire qu’il n’y aurait que la mort pour nous libérer d’un tel syndrome. Et encore, j’en doute au vu de certaines images véhiculées très religieusement sur ce fameux thème du paradis à faire pâlir nos orgies romaines. Même là-haut ca nique aussi, septième ciel oblige, c’est inouï. S’il en est ainsi au paradis, je n’ose même pas imaginer ce qu’il en est de l’enfer… Qui mourra verra !
 
Sinon, c’est pas géant le business depuis quatre ou cinq jours, on serait passé en basse saison, là,  que ça ne m’étonnerait pas, ça y ressemble en tout cas. C’est pourquoi j’ai maintenant du temps à bayer aux corneilles, je peux ainsi mater les libellules à souhait et suivre leur étonnant ballet. Tout un programme.
J’ai tant de temps, aujourd’hui, que je prépare un mémoire sur le mode de vie des éphémères, mon nouveau dada. J’en ai tellement marre des projections du genre humain sur l’avenir, aussi proche qu’il soit, que je me concentre sur le présent. Ephémères, papillons, cigales et grillons occupent désormais ma sphère. Fini les plans sur la comète, les grandes promesses, les chimères… Carpe diem.
J’attends juste la mousson pour aller humer le parfum des tempêtes sur les rivages oubliés, mon passe-temps favori, mon temps des cerises, mon panthéon. Mon dieu à moi, c’est Eole, le Maitre du vent. J’honore ses temples, les grands espaces emplis de foudre et de tonnerre où je viens déverser ma folie dans la fureur des orages. Mon yoga à moi.
Avouez que c’est mieux que d’aller buter la joyeuse banse de Charlie-Hebdo et de Super casher à grands coups de Kalachnikov comme l’ont fait les deux ou trois dingues pétris de culture « cowboy » où tout se règle à coup de flingue. Socrate, au secours !     
Bref, pour faire court, nous rentrons dans des temps de guerre, les conflits éclatent de partout, les haines réapparaissent de tout côté, les esprits perdent toute nuance, les amalgames affluent, l’obscurantisme renait. C’est le temps des furies.
 
Ca y est, le crépuscule envahit la sphère d’une lumière psychédélique. Des écarlates à n’ en plus finir… des nuages qui dansent sous la voute dans les derniers lambeaux d’azur… un cinéma inouï. C’est le temps des mélancolies… Ma fille travaille son violon dans notre grande maison vide, on se croirait dans un auditorium, l’écho amplifie le son à en pleurer, l’archet déchire chaque note jusqu’à son paroxysme, ciel et musique inondent tout l’espace dans un élan lyrique avant que le firmament ne lève le voile. Les crépuscules sont courts sous nos tropiques.
 
Je n’ose penser à demain tellement le présent est clément jusqu’alors, pourquoi le faire ?!... Sauf que, une main devant une main derrière, ça ne va peut-être pas le faire longtemps malgré une haute saison exceptionnelle. Je crois bien que nous rentrons dans des temps de crise.
J’ai oublié de thésauriser en chemin à force de mater les cigales. Les grillons ne sont pas pour rien dans l’affaire non plus à force de nous composer sous le firmament l’hymne d’un éternel été. Bref, à force de tout et de rien, j’ai oublié d’observer le monde des fourmis et ainsi faire quelques économies sur le fil de mon parcours. Je crains le pire… Et voilà, maintenant, qu’une passion nouvelle m’envahit sur la libido des libellules et autres éphémères, mon thème de recherche du moment, ma future thèse. C’est pas gagné.
A la grâce de dieu !... comme disaient nos missionnaires perchés du Haut Moyen-Age en quête de conquêtes célestes et de buissons ardents… Quant à moi, mes ambitions sont bien moindres, je me suffis d’un zeste de paix, d’une once de fraternité, d’un soupçon de prospérité… et d’un bouquet de volupté si jamais.
 
Santé !  
 
Thierry

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 LA GENESE... ET PUIS LE DELUGE

Ca y est, c'est noël !... Le peu de riz qu'on a sauvé jusque-là va se dilapider en ce jour saint, c'est ainsi !... Même pas deux balles qu'il restera après tous les protocoles exigés (repas, cadeaux et autres folies) afin de satisfaire les appétits de cet ogre qu'est devenu le Père Noël… une ordure, oui !
Il est hors de question de plomber l'ambiance pour la veillée de noël, bien-sûr, on ne va pas faire le pingre sous prétexte de trouble mélancolique, on va se la jouer Rabelais !
En entrée, jambons, saucissons ainsi qu'un parterre de pâtés... interlude délice entre caviar et foie gras d'oie arrosé comme il se doit, champagne à la clé… un plateau de mer à faire pâlir tous les crustacés sur un panier de crabes… dindes, chapons, autruches et autres pintades en farandole… souris d'agneau, chateaubriand et brochette de sanglier en carrosse… chaloupe de mérou, turbo et loup de mer sauce tsunami… et, en bouquet final, cette putain de bûche à la con qu'ils essayent tous de me faire avaler depuis mille ans, le bémol du banquet.
Ça, c'est le 25 décembre, le jour de noël… Le lendemain, c'est l'anniversaire du tsunami pour ceux qui étaient déjà ici, le ballet des fantômes, une danse macabre au royaume des moussons, l'apocalypse !... Les volcans se réveillent dans les îles insoumises, la terre bouge et les raz de marées déferlent sur les rivages, c'est la saison des tsunamis ! Les hommes meurent, et ceux qui restent les pleurent... Et nous, pauvres fous égarés dans la multitude, écrasés de ténèbres, on déambule dans les décombres, on marche sur les ruines, on court sur les braises, le regard hanté par notre destinée, notre calvaire... Allez, venez ! Je vous emmène danser sur les volcans, nous irons toucher au feu sacré, nous irons prendre le pouls de la bête dans les entrailles de notre terre, de nos tombes… c'est noël !
Je vous dis pas le contraste, agapes et raz de marée, rires et larmes, sang et volupté !… C'est comme si on déplaçait la Toussaint le lendemain de noël, une alchimie impossible, ça va pas le faire…
Et pourtant, quelques jours après, on recommence les flonflons, c'est reparti pour un tour, nouvel an oblige, on y va à fond les ballons, on pète tous les plombs… c'est la danse des canards !
Ainsi va la vie, entre crêtes et abysses, de palmes et d'épines, heur et malheur fusent sous la voûte à la vitesse de la lumière, la genèse et puis le déluge !

Par contre, ce début d'année ne nous aura donné que peu de répit, un autre putain de tsunami !… je pense évidemment à ce drame survenu en France, un choc immense !
Deux ou trois petits cons issus de cette mouvance salafiste veulent nous expliquer la vie avec armes à la clé. Trois petits truands qui n'ont jamais lu un seul bouquin à eux trois dans toute leur vie voudraient nous expliquer la pensée, on croit rêver. Sauf que c'est un véritable cauchemar que cette furie, ils ont buté le panthéon de nos libertés en abattant cette joyeuse bande de libertaires athées dans laquelle je me reconnaissais volontiers. Depuis quand vit-on dans un état théocratique ?!
Moi, je suis né dans une république laïque, la France, où les histoires de dieu ne concernent que ceux qui sont intéressés par ce thème, liberté de culte oblige. Ceux qui ne sont pas à ce point préoccupés par le sujet ont ce droit élémentaire de s'en foutre royalement. Depuis quand vit-on sous la loi de dieu ?... Pas de mon vivant en tout cas, seuls mes ancêtres ont lutté sans cesse pour que les églises, quelles qu'elles soient, ne s'occupent justement que de religion, pas davantage… pas de confusion entre temporel et spirituel, s'il vous plait !... La laïcité est née en France, j'en suis l'heureux héritier, ma fille l'est aussi, n'en déplaise à tous ces chiens épris de terreur qui veulent nous museler et nous faire oublier que nous sommes les enfants des Lumières, les enfants de Socrate et d'Homère… ainsi soit-il !

Je suis Charlie !

Thierry

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 FUNAMBULE

Ca va pas être possible, je ne vous dis que ça… sauf que l'histoire ne s'arrête pas là, bien-sûr… Même moi, j'ai du mal à suivre tous les épisodes tellement je suis perdu, c'est pour dire !
Qui oserait me jeter la première pierre, hein ?!... alors que nous sommes tous perdus quoiqu'en pensent les arrogants, les dieux n'en penseraient pas autrement… Dingue, on est… dingue, on restera… Einstein et Freud étaient déjà dingues, alors imaginez-vous nous… hein ?!... du lourd, non ?!
C'est donc sur ces pensées que je m'aventurais dans le dernier bouquet de forêt primaire intouchée sur l'ile de Phuket, Kao Pra Tew, La Montagne du Vénérable Tew… afin de contempler ce palmier endémique découvert par l'ami Jean Boulbet il y a quatre décennies dans cette ile qu'on nomme « la Perle de la Mer Andaman ».
Soyez sans crainte, nul besoin de marcher des heures dans la jungle, les sylves et la haute forêt, abordez le parc national coté Talang et un parterre de ce fameux palmier vous attend depuis peu dès votre véhicule garé, du lourd !
Keriodoxa Elegans qu'il s'appelle ce foutu palmier, Boulbet nous en a rabâché les oreilles durant plus d'une décennie de sa découverte - il faut dire qu'elle en valait la peine - on en rêvait tous de son palmier nain tellement il nous en saoulait au moment de l'apéro après la pétanque.
Moi aussi, j'ai fait le pèlerinage au milieu des scolopendres géants et des cobras royaux en sa compagnie pour enfin voir cette curiosité du monde végétal, ce palmier inouï !... Des varans monstrueux nous mataient en chemin, de véritables dragons de Komodo... on replongeait dans le paléolithique, un retour aux sources, le flip de ma vie, j'en balise encore… des sangsues gargantuesques nous assaillaient au moindre grain… des moustiques en cohorte nous dynamitaient l'épiderme… la guerre du Vietnam en direct !... des fourmis voraces non-répertoriées dans les encyclopédies sortaient de tout coté en quête de nos carcasses… des chauve-souris diurnes de la taille d'un deltaplane se balançaient sous la voûte… des pythons réticulés gros comme deux anacondas chacun guettaient le moindre de nos faux-pas en guise de petit-déjeuner… énorme !
Bref, malgré les folies de la jungle, il est à parier que les risques sont démultipliés dès que l'on se retrouve au volant sur les routes, y a pas photo !... La preuve, je suis revenu sain et sauf de ce périple, même si je suis resté à peu près cinglé depuis ce jour après avoir entrevu le sourire de la Haute Foret tel un parfum de la Genèse… Je me prenais pour Tarzan, oui !... J'étais l'ours et le tigre à la fois, l'homo-sapiens le plus perché du genre humain, j'étais le loup et le dragon !
Enfin, n'exagérons rien, j'étais vraisemblablement aussi crétin que d'habitude mais Shiva poussait déjà en moi, j'étais Ulysse et Dionysos, je retrouvais mes racines multiculturelles, l'Iliade et le Ramayana, une véritable odyssée, Maman !… Sauf que Proust me hantait déjà, rappelez-vous : « Je hais la campagne »… alors la jungle, je vous dis pas, même pas en rêve qu'il l'aurait pensé, l'ami Marcel.
Je marchais pourtant entre palmes et épines en quête de ma dryade, je m'abimais sur les sentes des sylves, à moitié bouffé par tous ces putains d'insectes qui prolifèrent dans ce milieu. J'étais leur garde-manger !... Je cheminais donc dans ce dédale végétal au milieu de rien pendant que d'autres bronzaient sur les plages… je me la jouais grave !
La chute ne fut pas celle qu'on crût, je chemine encore dans les mangroves, moitié batracien moitié humain... et dans les cités balnéaires aussi, coté grégaire oblige.
Je n'ai point trouvé de nymphe là-bas, au milieu des palétuviers… mais au milieu des autos, dans la furie de la ville, coté plage, coté cocotier et rivage, là où des milliers de touristes se massent avides d'éphémère… C'est là que j'ai trouvé ma belle, elle déambulait dans une flaque de soleil, elle riait dans la lumière !
Les filles sont formidables, elles orientent ta vie selon leur girouette, quitte à filer en sens contraire, quitte à s'en mordre les doigts, quitte à se perdre dans cet océan entre furie et volupté… Orphée encore !... le coté cigale, le coté grillon… chienne de fourmi !
Enfin, moi qui voulais devenir anachorète dans une cathédrale chlorophyllienne à contempler un parterre de Keriodoxa Elegans à chaque réveil, je me retrouve à vivre dans une piaule pourrie dans la rue du port au milieu des bars… tout ça pour bondir tous les soirs au milieu des volcans… Les filles sont formidables !

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 CHAQUE JOURS EST UNE VIE

Un orage, enfin ! Foudre et tonnerre déchirent le ciel à qui mieux mieux… ce soir, on se la joue son et lumière, c'est la fête aux neuneus !
Des hordes d'éphémères rappliquent de tout coté sur le moindre spot, des wagons se massent autour des néons, c'est La full moon party !
Ils ne vivent que quelques heures, comment voulez-vous qu'ils ne se la jouent pas dingue, l'histoire, nos amis éphémères, ils battent des ailes comme des ouf dans l'atmosphère, ils se la font méga « rave » et se déchirent jusqu'au bout de la nuit, ils dansent jusqu'à l'aube, jusqu'au dernier souffle.
Le matin, c'est un cauchemar, un champ de bataille, des cadavres aux quatre coins, c'est Waterloo, la Berezina !... Y en a de partout, le ventre a l'air, le regard encore figé par tant de folie, de caprice, de volupté… c'est Woodstock et Hiroshima à la fois… l'apocalypse !... la civilisation babylonienne réduite à néant sur un air de mousson, l'empire gréco-romain anéanti sur un trop plein d'orgies… banal pour un éphémère, m'enfin !

Le proprio de ma bicoque déboule comme un damné pour me dire que le Birman n'est pas arrivé… « - Quel Birman ?!
_Le Birman des éphémères, voyons, le Birman à tout faire, qu'il vocifère, et dire que je le paie à rien faire
_C'est si grave à une heure pareille ? il est à peine 7 heures
_Sûr qu'il compte fleurette à une de ses consœurs dans un chantier voisin, le vaurien, ils sont déjà plus de deux cent mille sur l'ile, les Birmans, deux cent mille !... Si je le chope, je lui fais son compte !
_Il a vraisemblablement retenu la leçon des éphémères, il n'a plus de temps à perdre »
Je l'abandonne volontiers après son laïus sur les Birmans, un credo thaï issu d'un contentieux historique datant du XVIIIème siècle quand les envahisseurs Birmans ont brulé Ayutthaya, l'ancienne capitale du Siam, un des pires épisodes dans l'Histoire du royaume.
Dans ce matin pas très glorieux, je quitte le cimetière des éphémères et m'en vais en balade dans la Baie de Phang Nga où nous accueille un soleil radieux. Notre équipée est franchement sympathique, j'ai récupéré en passant une famille française vivant à Dubaï, ils ont quitté le village d'Astérix pour un océan de sable au milieu des gratte-ciel. Passionnés de désert, ils ont planté leur tente sur les dunes afin de revivre la passion de Moise en quête du buisson ardent, du lourd !... C'est pas gagné m'ont-ils confiés.
Lui, Joachim, est botaniste, tu te demandes vraiment ce qu'il fout en plein désert, à chacun son mystère… C'est pour ça qu'il est venu en vacances en Thaïlande, il déprimait là-bas, il voulait voir de véritables sylves, des jungles à couper le souffle, des farandoles de Dipterocarpacea et autres géants verts à se damner.
Elle, c'est Anne de Bretagne, elle trône sur son élan quels que soient les éléments, et assure pour sa tribu sans ciller. Cependant, je n'aimerai pas être là quand elle pète un plomb, ça doit déménager grave quand elle se fâche. Joachim en porte d'ailleurs quelques stigmates, deux ou trois balafres qu'il porte sur sa face tel un corsaire, cela m'étonnerait fort qu'elles soient causées par l'observation intense d'un épineux dans les confins du golfe persique.
Trois mioches à la clé, du lourd ! Deux filles qui percutent comme mille et qui dirige tout ou presque, malines comme deux petits singes, elles te mystifient le genre humain en un rien de temps. Ulysse, le fils, a beau avoir l'âme d'un grand chef, ses deux petites sœurs le débordent tout azimut. La famille Astérix, quoi.
Nous voilà donc partis dans la baie bien à l'écart de l'industrie de masse, nous naviguons au milieu des mangroves où se promène un couple de panthères noires, nous avons eu l'info par quelques pécheurs du village lacustre, ce matin, les seuls chanceux à jouir d'un tel spectacle. Nous ne les rencontrerons pas, bien-sûr, l'aube et le crépuscule sont les seuls moments adéquats pour une telle rencontre, à condition toutefois d'un miracle. La visite de la baie ne fut pas moins magique pour autant… peintures rupestres réalisées par nos cousins de la Protohistoire et repas anniversaire dans le palais des vents pour les 9 ans d'une demoiselle de France, un élan rabelaisien entre ciel et mangroves au milieu de rien dans le silence des dieux sous un décor de rêve, on a vu pire.
Retour à la civilisation, Phuket oblige. Des milliers de bagnoles déboulent de toute part, un océan de scooters nous entourent de tout coté, c'est le panthéon des moteurs. Les touristes n'ont que les plages et les boutiques pour se balader. Hormis ce périmètre, le danger est permanent, la furie des autos ne laisse aucune place au piéton. Des ambulances sillonnent l'ile en permanence au milieu des bouchons.
En 2013, 65 millions de Thaïs ont acheté davantage de bagnoles (version pick-up) que 310 millions d'Américains… ça parle, non ?! Du coup, le royaume dans son entier est devenu un vaste embouteillage, De plus, dans ce pays, tout est acheminé par la route, des camions de partout, la traversée de cet immense réseau d'autoroutes autour de Bangkok est dantesque. Pensez que cette ville est le plus grand réseau urbain d'Asie du Sud-Est, 16 millions d'habitants, une fourmilière.
Il y a peu, j'ai eu à traverser le royaume dans sa presque totalité, ma nana est originaire de la région d'Isan, le nord-est du pays alors que Phuket se trouve au sud-ouest de la Thaïlande, 1500 bornes de distance. Elle voulait me présenter à ses parents - une idée pas géante en soi, il faut l'avouer – j'ai tout de même accepté, les filles sont balaises pour nous mener par le bout du nez. J'ai surtout branché avec l'oncle pour être franc, un bonze anachorète un peu barré, le sage de la famille, perdu dans la forêt. Enfin, le peu qui reste de forêt là-bas, tout n'est plus que canne à sucre aujourd'hui, les arbres se comptent sur les doigts d'une main jusqu'à l'horizon. Normal pour le second producteur de sucre au monde vous me direz, j'en conviens.
Toujours est-il qu'on a traversé une marée de camions à travers le royaume pour arriver là. La moindre faute d'inattention au volant vous coûte la vie dans ce trafic, il ne suffit que de quelques secondes. J'ai dû boire 80 expressos en deux jours afin de réaliser ce challenge rien qu'à l'aller. J'ai rêvé de camions pendant des semaines au retour, du lourd !... Si prochaine fois il y a, j'y vais en avion.
En attendant, je rentre chez moi et glisse sur l'asphalte, la musique à donf… Un blues qui passe sous la voûte, il me déchire le ventre… allez savoir pourquoi ?!... Je ne sais vivre sans musique, elle déclenche en moi de tels accents lyriques que j'en perds le nord souvent, à vrai dire. Il faut avouer que ma boussole est cassée, elle est un peu à l'ouest, ça complique ma route, ça brouille mes pistes en chemin.
Peu importe, je me ressaisis afin de ne me laisser envahir par ce flux de spleen, ce tsunami, et vogue dans le crépuscule vers ma demeure après un apéritif de circonstance avec mes clients du jour… Ma fille m'appelle
« Papa, t'es où ?
_ Sur la route…
_ Viens vite !
_ Y a quoi ?
_ … Je t'aime ! »
J'avale les derniers kilomètres dans la nuit de l'île pendant que les grillons me composent l'hymne d'un éternel été… C'est inouï, chaque jour est une vie.

Thierry

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 HASANA

C'est là ! Et nulle part ailleurs que cela est arrivé.
Cette petite fleur immense m'a cueilli au bout du chemin et m'a fait entrevoir le passage. Le passage, vous voyez?!
Moi, sur le coup, j'ai rien vu du tout si ce n'est ce visage inouï à la jolie grimace. Je sentais bien quelque part une alchimie étrange. Un truc non raisonnable me retenait là. Un truc énorme !
On peut toutefois zapper un moment pareil, par fatalisme ou timidité, ou allez savoir quoi encore... Et, malgré tout, vivre éternellement avec ce souvenir teinté de regret, de mélancolie... par épisode... pour ne retenir, en fait, que cela… comme dans "le nom de la rose" en somme.
Envers et contre tout, ce mystère m'a retenu là. J'ai voulu fuir, bien sûr, trop de risques, trop de folie mêlée de démence... trop de tout impossible à démêler, à élucider, à démystifier…
Je me trouvais dans un couloir de vents sous un feu de mousson... Et, dans ces cas-la, on fuit généralement à toute jambe, on s'arrache dare-dare ! On n'attend pas que la rétine se décolle de son oeil. Trop de souffle ici-bas pour oser affronter les éléments. Plus facile de filer et de se remémorer après cette douce vision. Quitte à s'en mordre les doigts longtemps encore... La peur de se pétrifier si l'on reste. Un peu comme si l'on s'arrêtait au milieu des tempêtes... dans l'oeil du cyclone !
Cette douce vision, cette folie, ce maelstrom, ce tremplin des vents, de la furie des éléments a un nom : Hasana !
Le nom de ma rose !
Les différentes pérégrinations, routes et aventures qui ont composé mon chemin sur le fil de mon parcours ne furent rien devant cette énigme issue d'un mystère et apparue, là, sur un bout de sentier, entre ciel et mer. Ce fil d'harmonie imbibé de soleil riait dans la lumière. Ce petit diapason dressé au milieu des éléments vous offrait son La, debout sur une immense falaise perché sous la voûte au-dessus de l'océan.
Il vous suffisait de vous asseoir, là, vous croyant vraisemblablement sujet à quelque hallucination, planté dans ce décor surréaliste, les yeux bouffés par cet immense spectacle, les neurones disséminés dans ce colossal espace.
Des nuages surgissaient dans une nasse opaque et ténébreuse, et roulaient à la vitesse de la lumière... La foudre se jetait a corps perdu dans cette mer maintenant bouillonnante... Et la belle riait dans cet univers taillé à sa mesure.
C'était donc ça la clé, tout cela n'était que pour ce petit bout échappé d'on ne sait ou. Une petite sauvage à la jolie grimace avait tout dompté sur son passage et la Géante Nature venait l'honorer de mille et une grâces.
Bien sur, tout ça, sans elle, n'était qu'un film empli d'effets spéciaux maintes fois répétés. Sa présence amenait à la chose un scénario tout autre. Elle, qui pourtant ne prétendait à rien, détenait un pouvoir au-delà de toute force, sans commune mesure avec les plus grandes puissances. Sa fragilité même était conçue dans le but de damer le pion à toute mégalomanie terrestre ou céleste.
Si vous l'enleviez de cette géante fresque aux allures titanesques, pfft !... tout n'était plus que cliché. Un bide que c'aurait été une fois dissipées les quelques lueurs un tant soit peu captivantes des premiers effets vite oubliés.
On peut toujours broder sur quelques scènes soi-disant inouïes afin de se persuader d'avoir été spectateur de l'exceptionnel, de l'inédit... mais que cela est-il à coté d'une petite fleur étrangement enivrante, hein?!

...Mais c'était mal connaître les gonzesses et les aléas des aventures amoureuses. Car ce qui est fort alimente toujours la tourmente aussi. On passe des sommets aux abysses sans transition aucune et on se jette dans l'abîme sans retenue aucune. Le monde se renverse et on touche aux eaux d'un autre fleuve plein de remous et de courants contraires. La folie tout azimut... Des maelstroms qui déchirent l'espace dans lequel on baigne en permanence... Et le pire peut-être, impossible de zapper !... plus de nuance !... le délire en continu... la démence totale !...
Bref, une souffrance aigue difficile à déconnecter… "Djai ien ien" qu'ils disent ! "Garder le cœur froid", ne pas trop s'impliquer pour ne pas péter les plombs complets... Grand programme ! Le truc impossible, quoi ! Allez vous dire ça quand un petit bout de grâce échappée du rivage vous colle à la face sa plus jolie grimace.
Dans ces cas-la, on libère sa folie sans décider que dalle. On échappe à toute catégorie. On est plus que furie. Tel un clébard enragé qui bloquerait sur son "nonos" à lui. Les mots ne servent ici à rien sinon à s'enterrer plus encore dans l'illusion du dialogue.
Non, je vous le dis ! C'est une catastrophe. Un raz de marée, un tsunami qui vous prend en une fraction de seconde... Impossible de lutter devant un tel déferlement de rage, des forces inouïes se liguent contre vous-même et la moindre action alimente toute démence. Des sentiments contraires viennent s'entrechoquer et la paranoïa trampoline à qui mieux mieux sous votre chapeau. Delirium puissance mille ! C'est "la piste aux étoiles" dans chacun de vos neurones, un vrai ballet satanique avec un vrai bûcher, sauf que c'est vous-même le supplicié.
Mais comment pourrait-il en être autrement? Je vous le demande.
Il ne fallait pas passer par là, ne pas rencontrer ce petit bout de charme, juste cela ! Il fallait ce jour-la se casser une jambe, rester dans une chambre noire, je ne sais moi.
Il fallait entrer dans un temple, une église, une mosquée et prier les anges. Il fallait monter sur une tour, un minaret et hurler sa folie à la vaste immensité.
Eh oui ! Il fallait zapper complet.
Facile à dire après, bien sur. Pour l'instant, c'est le bordel. Trop tard ! On ne croise pas ces petits bouts de ciel venus nous visiter sans en prendre plein le bide, plein la casquette...
Au début, on est content... on se rend pas compte... tout joyeux que l'on parait... des ailes qui nous poussent de partout... Sauf que l'histoire ne s'arrête pas là, très loin de là.
Après avoir touché les anges, on se roule dans la braise, on fume du cigare, on devient volcan, lave, cendre... on en prend plein la gueule, on hurle sous les flammes...
Aux abois que l'on est... comme jamais. Sous des airs de seigneurs, on touche à la misère. On s'agite désespérément, on bat des bras et de la cervelle dans la stratosphère. On braille à défaut d'autre chose. On péte les plombs sans espoir de guérison aucune.
On rame dans la nuit noire sans que l'aurore vienne nous délivrer, sans que l'aube vienne nous apaiser. Pas de soleil dans cette excursion d'où l'on ne revient jamais vraiment. Pas de ticket retour. Pas d'assurance ni de visite guidée. C'est le saut dans le vide, le trou noir garanti. Après, démerdez-vous !... Je vous dis pas la chute. Je vous raconte pas la suite... on nage dans le délire, on touche a toute fin, on ne fait que rebondir de tremplin en tremplin et ne comptez pas trouver le moindre frein... A se bouffer les pinceaux pendant mille ans encore... Ravagé à souhait toute une éternité, le foie bouffé comme Prométhée et la bile qui vous éclabousse de toute part.
Et pendant que vous vous rongez à n'en plus finir... elle, la Belle, se porte comme un charme et met le feu sur son passage manière d'en rendre cinglé plus d'un encore. A y être, autant en rajouter un peu, autant faire sauter le couvercle et le sifflet avec. Autant faire péter la marmite tant qu'elle est chaude, autant faire décoller la bouilloire et le bouillon avec. Autant baigner dedans.
Aucune chance de péter un autre câble, à ce stade il n'y a déjà plus d'amarre. Parti que l'on est. Sans espoir d'arriver où que ce soit. Aucune route, aucune balise... C'est le saut de l'ange dans les affres de la démence.
...Bon ! D'accord ! Ce n'est peut-être pas la sainte image des Ecritures, mais quand même... Cette sauvage échappée de sa jungle, de son rivage est capable de foudroyer un ange, c'est pas rien ! Alors un crétin dans mon genre, vous rigolez !... Easy que c'est l'histoire... Ho putain, déconnez-pas !... aucun mystère dans la trame !... Moi, l'enfant de la ville, je rencontrai l'enfant du large... Un choc inouï s'ensuivit alors, et j'en perdis les deux demi neurones qu'il me restait. Pfft !... en fumée qu'elles sont parties... et moi avec, pour ainsi dire...
Une putain d'aventure donc... avec à la clef: le schmilblick !

Comment revenir quand on a dépassé depuis longtemps tout point de non-retour?! Hein?! Vous voyez le truc?! Parce que moi, je vois pas grand-chose, à vrai dire... si ce n'est ce petit bout de grâce et sa jolie grimace... ;)

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 SUR UN AIR DE MOUSSON

Nous rêvons tous, certes… mais je ne me rappelle d'aucun de mes rêves… et vous ?!
Faut dire que c'est pas facile vu les cauchemars qui nous entourent une fois éveillé… Un mur de lamentations s'érige dès le saut du lit… une seule voie s'offre à nous pour outre passer, le chemin de croix.
Tenez ! Ce matin, je me lève peinard au chant du muezzin afin de partir faire mon jogging autour du lac à Nai Harn Plage comme à mon habitude quand j'aperçois une forme étrange sous mon palmier nain dans le jour naissant au milieu de cette jungle qui me fait office de jardin.
Je m'approche et tombe sur un varan à la mine patibulaire prêt à me tailler en pièces si j'ose un pas de plus. Un komodo sur mon paillasson pour ainsi dire, une bestiole vieille de 350 millions d'années prête à dévorer l'humble homo-sapiens que je suis d'à peine 100 000 ans d'âge. Y a pas photo !
Demain, j'achète un bazooka ou bien un lance-flamme, un truc qui envoie, quoi… Le problème, c'est qu'en cas d'embrouille avec ton voisin, tu le fumes en deux minutes avec ce genre de machin, c'est pas bon du tout, hein ?!
Une fois arrivé sur le panthéon des joggers, au lac, j'en croyais pas mes yeux !... Un fantôme dansant dans le vent, sans rire !... Je ne suis pourtant pas sujet à ce genre de rencontre, c'était la toute première fois que je voyais un fantôme… avec le drap blanc comme dans les films… j'entendais même un rire dément à la clé… inouï !
Sauf que deux ou trois joggers se trouvaient déjà près du fantôme sans paraître s'en soucier… un vrai mystère ! Serais-je le seul à le voir ?... Voilà-pas qu'il me déboule dessus à la vitesse de la lumière maintenant… Je reste interloqué jusqu'à la fameuse rencontre ?!!
Dès qu'il arrive à ma portée, je découvre en fait un dingue de Farang en k-way blanc et en roller à fond les ballons, chantant à voix haute les tubes qui défilent dans son iPod…. Surprenant mais sympa, cela donnait un air d'opéra à la gloire de la mousson sur des lambeaux d'azur… un inédit interlude.
Finalement, la journée ne s'annonçait pas aussi pourrie qu'on aurait pu le croire… Sauf que c'était sans compter sur la furie de ma nana qui venait soi-disant de découvrir sur mon Facebook une relation cachée… on croit rêver !
Je la regarde sans sourciller faire sa valise et me pose sur le sofa essayant de mettre à profit les enseignements du Bouddha… La situation est carrément surréaliste !
Sur ce, ma fille que j'emmène à l'école me reproche sur le trajet que je suis un mauvais père… motif : je l'ai zappée après son réveil quand elle me demandait son épingle à cheveux… Ô putain, c'est pas gagné !
Dans ce pays, le genre féminin est tellement dopé par la matrilinéarité qui caractérise cette culture singulière, que ces dames et demoiselles sont toutes atteintes du syndrome de Cléopâtre… c'est du très lourd !
Bref, j'arrive à l'école tant bien que mal après de multiples embouteillages tout en subissant les assauts de ma fille qui ne décolère pas d'une telle négligence de ma part à son réveil…
Et voilà que ma nana, ou mon ex, je sais plus trop, tout change à la vitesse d'un tsunami ici-bas… voilà qu'elle me balance des appels à n'en plus finir sur mon portable… je réponds et me fais incendier comme jamais juste avant d'aller bosser et offrir mon meilleur sourire à mes clients sur la route des temples oubliés, c'est du lourd !
Arrivés en compagnie de mes touristes sur la plage des tortues, une scène incroyable eut lieu… c'était bien la première fois que je voyais une tortue sur cette plage, à se demander pourquoi elle portait ce nom ?!
Allez, tout n'était pas négatif dans cette journée, cette tortue présageait d'un bon signe… Sauf que c'était sans compter sur le temple des singes où Hanuman, leur roi à eux, péta totalement les plombs en s'attaquant au moindre touriste qui s'offrait à son regard. Nous sommes remontés dans le minibus dare dare avant de s'arracher à fond de train avec un bon demi-millier de singes à nos trousses, une sacrée trouille.
Au temple du Roi, un python réticulé gros comme un tronc d'arbre nous attendait, vraisemblablement repu après un gros déjeuner. Il venait digérer et quelque peu méditer en ce lieu perdu entre plantations et forêt primaire. Un chien trop curieux s'en approcha de trop près et finit en dessert dans le ventre du monstre imperturbable à ses cris de détresse. La messe était dite.
On n'osait plus trop les temples après tout ce charivari, c'est là qu'on fit l'erreur de prendre une pause près d'un bassin de lotus afin de savourer un moment hors du temps… Sauf que c'était compter sans les wagons de fourmis, frelons, moustiques et autres sangsues venus au banquet nous dévorer à peine franchi la lisière de la palmeraie qui entourait ce magnifique étang couvert de nénuphars et de lotus… le rêve tournait au cauchemar !
Bref, je ne vous raconte même pas ma fin de journée, c'est à pleurer… Deux lettres m'attendaient une fois rentré, une de ma fille et l'autre de ma nana, les deux pour me dire qu'elles me quittaient… j'étais vraiment trop blaireau pour davantage me supporter qu'elles ajoutaient… une calamité que j'étais qu'elles concluaient.
J'ai pas trop flippé sur le moment vu qu'elles me font le coup 2 ou 3 fois par mois… mais j'étais vraiment miné 22 heures passées… sauf que c'était compter sans les accents lyriques de mes 2 petites fleurs qui vinrent ne visiter à ce moment-clé avec force bouquets et enthousiasme retrouvé afin de m'offrir un océan de volupté… Ce monde est vraiment dingue, non ?!

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 DE PALMES ET D'EPINES

Les sons qui passent à la vitesse de la lumière… et mon spleen qui hurle entre braises et firmament dans la nuit de l'île… entre volcan et tsunami !
Rien de grave, rassurez-vous, juste une mélancolie qui m'accompagne depuis la nuit des temps, depuis que je me rappelle.
La foudre, le tonnerre, le ciel qui se déchire, la mousson en colère et un ballet d'ombres sur un géant théâtre dantesque.

Je me rappelle… des flamboyants sur la route, des écarlates en délire sous l'azur, un océan de chlorophylle et des pitons karstiques plantés comme des obélisques sous la voûte… des mosquées, des temples rutilants érigés entre ciel et terre… l'asphalte qui défile et mes neurones qui claquent dans la lumière… Je me rappelle.
Les paysages roulent sur mes paupières et semblent surgir d'un songe. C'est sûr, c'est ici qu'est né le monde!
Une vie, j'ai passé, ici… et peut-être même davantage, allez savoir? Mon âme respire cet endroit. Mes yeux se mouillent à l'approche de ces terres et mon cœur se serre, c'est là que ma mémoire vit.
Les souvenirs m'assaillent, s'engouffrent dans tous les recoins de mon être, je tombe sous la charge et m'évapore sur les sentes qui cheminent entre les futaies, les bouquets de palme et les lambeaux d'azur. Tous mes sens fourmillent dans cet univers surdimensionné, chaque pas soulève un torrent d'émotions, de la lave jaillit de mes pores… C'est ici que sont nés les miens.
Parfums et atmosphères inondent mes élans, je fais corps avec ces essences, cette alchimie, c'est la ronde des mélancolies...
La vie, quoi.

Perdu dans la multitude, funambule à tout jamais, je zone sous la voûte au-dessous du firmament.
La tête dans les étoiles, l'iris rivé sur ma Vénus, je déambule au gré des vents qui peuplent mes errances.
Nomade encore, nomade toujours, les poches vides et l'âme vagabonde, je souffle sur les braises et compose des bouquets d'atmosphères.
De palmes et d'épines, ma route se perd… Boussole folle sur des lambeaux d'azur, GPS bousillé, j'ose des pas sur des tas de sentes et me saoule, au passage, d'ivresses magnifiques à l'approche du néant.
Les neurones aux aguets, la voûte pour immensité, un bout de lune en guise de lampe de chevet, je scrute les enfers, des soleils morts apparaissent au bout du vide. Des églises, des temples, des mosquées surgissent de mes paysages hallucinés. Des élans mystiques poussent sur mon humilité, des accents mégalos naissent sur mes paupières éberluées.
Les fièvres m'accompagnent, grandioses, insoumises, cruelles. Des ombres bondissent, agonisent dans une folle transe ramayanesque, c'est la balade des génies au-dessus de l'abîme. C'est le temps des tsunamis.
Allez, venez! Je vous emmène danser au milieu des tempêtes, des alizés. C'est ma tournée !

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

Bonjour à tous !
Je vous ai carrément oublié depuis quelques semaines, et pour cause… j'ai commencé la rédaction d'un nouveau bouquin qui m'occupe ô combien ! Je vous en livre les premiers extraits, le tout début.
Entre la haute saison et mes élans littéraires, je m'active sans retenue, je me tue. Ma cervelle bouillonne jusque dans mes tripes et mes neurones crépitent dans la nuit de l'île telle une pluie de météorites.
Digne fils d'Homère, je transcende mon imaginaire jusqu'au bout de ma plume... et plonge à corps perdu dans ce royaume qui me fascine, mon odyssée à moi !
Ebloui par ma Dryade (nymphe des sylves), mon Apsara (danseuse mythologique), je colle à son sillon, et libère ma sève dans ce géant décor surréaliste, c'est ici qu'Aphrodite est née !
Entre palmes et épines, nous survivons dans l'éclat des tropiques, auréolés d'une couronne de soleil jusqu'au bout de la nuit…
A chaque jour suffit sa peine… Carpe diem !

PHUKET VILLE
Je sors à peine de Phuket-Ville, des bouchons monstrueux barrent tous les chemins, une conduite latine s'impose… La petite musique qui le fait bien et c'est parti !
Je ne m'en tire pas trop mal au milieu de cette circulation dantesque, je me faufile tel un renard avec ma petite voiture. Ils veulent tous faire les malins avec leurs rutilants 4/4 afin d'imposer leur statut, ils galèrent comme des ânes, oui.
A moins de conduire la nuit, je ne vois pas trop bien ce que tu peux espérer avec une telle bagnole, ici. Le trafic est digne des plus grands réseaux urbains étant donné qu'un seul grand axe central traverse l'île de Phuket, où que tu ailles, il te faut l'emprunter. Sinon, c'est la route du rivage et la traversée de toutes les stations balnéaires, un enfer !
J'arrive maintenant au rond-point de Chalong, un des points névralgiques de la circulation, j'habite juste à côté, dans la baie du même nom, un petit soi (rue en thaï) tranquille à l'écart des grands mouvements. Toutefois, je n'ai que trente mètres à faire pour me retrouver au milieu de tous sur Viset Road, un 7/11 et le marché à deux pas de chez moi, j'ai toujours eu pour souci de vivre près de la foule qui passe sans résider pour autant dans la zone, y a mieux à faire malgré un petit budget. Les bons plans restent encore trouvables avec un peu d'expérience et beaucoup de chance.
Il va où le dingue avec sa mobylette au milieu des automobiles ?... il se croit dans un film hollywoodien, le iPod à fond les ballons jusqu'au bout de la course. Il faut dire que des scooters, y en a un million sur l'île, sans rire. Chaque famille en a au moins deux ou trois, c'est pas des conneries, plus des milliers de loueurs. Y en a de partout, et les voitures roulent en surnombre, sans compter les camions. Rien n'est vraiment prévu pour les piétons, les touristes n'ont que les plages et les boutiques pour se balader, et la rue des filles à Patong dans la nuit de l'île. C'est pas énorme, le reste est soumis à la furie des autos.
Ca y est, je touche enfin à ma demeure, une heure vingt pour parcourir onze kilomètres, c'est pas géant ! On a vu mieux.
La petite Nina est déjà là ! Du haut de ses neuf ans, elle trône dans l'atmosphère, on ne voit qu'elle !... Elle arrive de l'école dans son petit uniforme… Y a que sa fierté qu'elle ne lâche jamais, pieds nus ou en petits souliers, les filles d'ici arborent à l'infini cet air insoumis qu'on ne voit que là, c'est ainsi.
Ne rigolez pas, c'est ma fille !
Elle ne connait pas la France. Onze ans que je ne suis rentré dans l'hexagone, j'ai un peu oublié, mes souvenirs s'estompent sous les tropiques… si ce n'est l'image d'un petit village du Luberon, Ménerbes, mon village d'Astérix à moi !
Ou alors un diner à Lacoste chez les frères Méguin, un must. Du coup, ce n'est pas vraiment « j'irais revoir ma Normandie », mon hymne, mes accents sont davantage méridionaux, entre Toulouse et le Luberon.
Je lui montrerai aussi la Cité de Carcassonne, à Nina, si jamais j'arrive à économiser jusque-là pour les tickets, c'est pas gagné !... Fait chier ce fric, toujours à courir après, et y en a jamais assez, c'est sans fin… Que ce soit à Paris, en Sibérie ou ici, il faut du blé, c'est toujours le challenge, au quotidien le défi, c'est pas tous les jours Byzance.
L'hiver nous fout la paix, c'est déjà pas si mal. Ici, la température, c'est 30 degrés, toutes saisons mélangées, nuit et jour compris à la clé, c'est 30 degrés de ta naissance à ton lit de mort. Et dire que certains trouvent encore, chez nous, un charme aux saisons, ils sont dingues !... La seule saison acceptable, c'est l'été, celle des cigales et des grillons, mon panthéon.
Aow ! Voici Nina qui pète un plomb, les décibels au plafond, c'est tout le quartier qui tremble… j'aurais dû l'appeler Tsunami, cette chipie, ça sera pour la prochaine. Non, je déconne, je n'ai pas l'intention de fonder une dynastie... quoique.

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 UN REVEILLON D'ENFER

J'ai pas vu passer la nouvelle année… j'ai pas réussi à me concentrer, j'étais trop distrait… j'étais perdu dans mes folies… Je marchais peinard sur le chemin des gémonies afin de me rendre au bal des damnés comme chaque année… j'avais pour idée de rejoindre Eurydice dans Les Enfers… j'entendais maintenant très bien le cri des suppliciés, la fête battait son plein !

Je n'avais pas à ce point l'envie de me jeter dans l'arène, quelques accents mélancoliques freinaient mon élan… un cinéma inouï nourrissait ce jour-là mes neurones, un blues énorme !
Bref, je me suis arrêté, chemin faisant, sous la voûte, sous le firmament… y'avait des constellations de partout… à moins que ce ne soient des feux d'artifice, allez savoir ?!... son et lumière tout azimut !... un tintamarre de dingues !

Tous les gens s'embrassaient à s'en étouffer, ils en pleuraient, les cons, alors que la veille encore, ils ne pensaient qu'à se bouffer, ils en pétaient de rage, ils étaient y a peu en guerre malgré les protocoles du quotidien, ils ne se souhaitaient alors que les pires emmerdes, ils se détestaient ou presque, ils en explosaient d'aigreurs !

Seul moi, avec mon océan de misère, touchais à quelques abîmes… Mes élans de fraternité, je les ai au quotidien, je n'attends pas la Saint Sylvestre pour en rajouter, je n'en ai plus… j'ai déjà épuisé tout mon capital de sympathie en entier… ce jour-là, je suis ruiné !

Je suis donc rentré chez moi, pépère, tout en trouvant Miss Thaïlande sur mon palier, un vrai miracle !... Elle m'avait plaqué à noël, voilà qu'elle réapparaissait pour le nouvel an, mes vœux étaient comblés… à force de prières, la bonne étoile venait me visiter, j'en perdis tous mes esprits... au point de me retrouver le lendemain totalement amnésique, j'erre encore sous la voûte en quête d'éphémère, le regard perché dans l'atmosphère, complètement fou d'elle, cette fille est un mystère !

Bref, à quelques nuances près, l'histoire de Cendrillon, version moderne. Y a que la chute qui diffère, la belle s'arrache bien juste après minuit mais l'histoire du carrosse transformé en citrouille, c'est tout des conneries ! Elle était en scooter !
Et puis ses pompes (ses godasses, quoi), elle n'en perdit aucune, j'ai bien regardé, elle ne portait pour ainsi dire que ça sur elle, aucune n'est tombée du Yamaha Fino. J'ai bien essayé de lui en arracher une afin de coller au conte de Cendrillon, rien à faire, elle est partie à fond de train dans la nuit de l'ile telle une fusée… Elle a bien oublié un truc, mais c'était pas la godasse.

J'ai pas réussi à fermer l'œil depuis, je commence à fatiguer, on est déjà le 7 faut dire. Et y en a encore pour te brailler bonne année dans les oreilles, c'est pas une vie !
Tiens, j'entends du bruit… un bruit de scooter, je suis imbattable sur le sujet…
Voici ma Belle en pleine lumière avec un bouquet pour me souhaiter la bonne année, c'est encore noël !...

Bonne année à tous !

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 DU MIEL, DU SOUFFRE ET DE LA FLEUR DE SEL

Vous savez quoi ?! On va se la faire tropiques tout azimut cette fois-ci, on va se faire l'histoire légère comme jamais. On va oublier tous les maux de tête inhérents à notre condition, et se la jouer volupté sous le firmament, c'est pas tous les jours dimanche !
Sauf que c'est pas gagné, malgré tous nos efforts, au vu de toutes les dingueries qui flottent dans l'air, on a du mal à se décontracter si on se penche sur l'actualité, non ?!
Zou ! On éteint la télé, on reconsidère notre environnement, sans arrogance aucune et sans psychodrame non plus, comment faire autrement ?
Il parait que le propre de l'homme serait l'adaptation, mémoire oblige. J'ose en douter. J'ai tendance à penser aujourd'hui que l'oubli le caractérise si on s'en réfère aux conneries successives dont il est capable dans l'Histoire, il n'en rate pas une pour ainsi dire. Il redouble en bêtise, même s'il se gausse du progrès (son dada !) afin de mystifier le monde dans tous les débats.
La preuve, depuis peu, on en revient à cette vieille idée qui n'était pas si mal, inventée pourtant par nos amis Grecs, il y a presque trois mille ans : la démocratie !
Dieu sait si nous avons fait o combien de folies en chemin pour soi-disant libérer le genre humain, ou peut-être bien pour l'asservir, un tremplin de délires à vrai dire. Sauf que nous n'avons pas été vraiment géants sur ce thème quoiqu'en pensent ceux qui seraient à ce point aveuglés par leur confort à eux. Le monde ne ressemble pas à leur salle à manger, c'est loin d'être un banquet. C'est con mais c'est ainsi.

Un truc me chagrine toutefois, on n'avait pas dit qu'on se la jouait tropiques ? Certes oui, mais ça me parait mal barré, là, c'est loin d'être tous les jours fête au vu de toute les folies qui passent… il suffit juste de se détendre. Putain, c'est pas gagné ! Essayons tout de même…

Pour me détendre, donc, l'humeur presque légère, j'allume malgré tout la télé, peinard sur le sofa. Je vous dis pas le nombre de catastrophes qu'ils m'ont débité à la seconde, un enfer ! Je fus plombé tout le reste de la journée, dégoûté que j'étais.
Non pas que je méconnaissais à ce point la mauvaise santé de ce monde dans lequel je vis, mais j'en pris beaucoup d'un seul coup dans cet élan médiatique, j'en fus bouche-bée, une horreur que les actualités.

Et pourtant, la vie est bien pire encore, si je m'en réfère à la mienne, sans pour autant me la jouer mur des lamentations, bien-sûr que non, c'est juste un accent sincère dans toute cette putain de zone, quoiqu'on en pense, malgré tout confort, toute illusion, toute chimère.
Bref, c'est pas géant que tout ça, j'en suis encore tout retourné, sans déconner, même après quelques efforts, si jamais, à entrevoir parfois l'avenir, une erreur fatale faut croire. Moi qui suis plutôt un garçon léger, carpe diem oblige, il faut que je me ramasse dès que je m'éloigne de ce fameux adage latin, de ce précepte. Som nam na ! (bien fait pour moi !)
Dites, on n'avait pas dit qu'on se la jouait tropiques ?!... On dit tant de choses que j'en oublie parfois l'essentiel, c'est inouï ! Les tsunamis déferlent maintenant comme jamais, non plus une fois par vie comme autrefois mais toutes les décennies…

Tenez, je vous colle une petite prose que je vous ai composée, il y a longtemps déjà. J'ai tout mis dedans, sans faire long. Toute la vie résumée en peu, sans accent tragique non plus, c'est du brut de pomme comme on dit… j'ai rien oublié ! Lisez, c'est du lourd !

DU MIEL, DU SOUFFRE ET DE LA FLEUR DE SEL

Une étoile filante sur la voûte et ton âme qui danse sous le firmament dans la nuit de l'île. Une épreuve sous le regard des anges et ta misère pour gérer l'histoire dans le silence des dieux, bonjour !

Une larme sur le mur des lamentations, un souffle dans un marathon, une seconde dans un silence et un bouquet de rire sur le panthéon, bonjour !

Une onde voluptueuse et ta cervelle qui fume dans l'atmosphère, un parfum inouï sur ta putain de vie, et ton innocence au milieu de rien dans un calice pour l'éternité, mais pas toujours, bonjour !

Des caprices, des chimères, des accents lyriques, des misères et un petit bout d'infini sur un lit d'épines dans cette jungle tout autour, bonjour !

Des odes, des ballades, des poèmes et de la boue sous les ongles, des talents dans la fange pour la mémoire des hommes, bonjour !

Des tranches d'ananas, des litchis et les pissenlits par la racine, c'est tout ! Du miel, du souffre et de la fleur de sel, bonjour !

Du vogue à l'âme, des ébats et des casseroles, tout un concert ! Des cigales, des grillons, des éphémères et l'écho des prières sur des millénaires, bonjour !

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 LETTRE A PERSONNE

Font chier tous ces hyperréalistes, ces pros du pragmatisme, ces cadors du business à deux balles, ces grands conseillers vénaux jusqu'à la moelle, ces ignorants au vécu minable, ces honorables… Font tous chier avec leur pseudo-importance, leur ego enflammé pour des sujets misérables… «L''action n'est pas la vie, nous disait déjà Arthur Rimbaud, mais une façon de gâcher quelque force, un énervement. » (Alchimie du verbe)… C'est pas tout faux quand on regarde nos contemporains à s'agiter souvent pour rien. De battre les bras dans l'air n'a pas toujours pour effet immédiat de faire avancer le schmilblick, c'est ainsi, l'efficacité de la chose n'est pas garantie, loin de là, et pourtant…
Les Thaïs nous considèrent parfois, à raison, comme des êtres agités en Occident. Il est vrai que nous avons la fâcheuse habitude de marquer sur notre visage des signes de colère en un éclair de seconde, la pire impolitesse au regard de cette singulière culture thaïe, il est impératif de garder toujours un visage serein face à son interlocuteur, c'est essentiel ! Pas question pour autant de ressembler à quiconque, le mimétisme n'est jamais bon. Non, juste faire l'effort de décrypter codes et valeurs propres à chaque culture afin de ne froisser personne, nous ne sommes point là pour ça, y a mieux à faire.

Tout en gardant des allures de gentilhomme envers le monde, il est malgré tout hors de question d'écouter tous ces donneurs de leçons, de se laisser emmerder par leur refrain bidon, définitivement non ! On en trouve des wagons toujours à nous dire comment il faut faire… tellement ils pataugent dans leurs propres mystères, eux, dans leur démence, dans leur misère. C'est pour cela qu'ils ont besoin de nous bassiner ainsi, de nous expliquer la vie, eux, les champions du monde du savoir-faire, tous des cons en vérité, sans rire, ou à peu près. J'en connais un ou deux comme ça, à t'expliquer l'histoire quand t'es au creux de la vague, les enfoirés, sans n'aucunement t'aider pour autant si jamais, accepter leur aide serait d'ailleurs une erreur, un tremplin pour leur folie, un sauf-conduit pour les gémonies, un suicide tout azimut.
Une fois débarrassé de ces précieux ridicules, il est temps de reconsidérer notre humeur et de se la jouer maintenant léger, sinon, on va nous accuser de plomber encore l'atmosphère, c'est hors de question.
Je vais donc vous conter une histoire légère afin de vous faire atteindre ce taux d'évanescence qui me caractérise… c'est pas gagné. Essayons tout de même, il suffit d'improviser… on verra bien ce que ça donne.

Tout commence ici, au Siam, qui l'aurait cru, c'est inouï, non ?!... En tout cas, pour moi, c'est ainsi ! Les plus beaux épisodes de ma vie, même si le reste est sympa aussi, o combien, je n'ai pas vraiment de quoi me plaindre. Cependant, le cœur de toute ma flamme brûle dans ce royaume, c'est là que les miens sont aujourd'hui, c'est là où ma vie prend toute sa couleur, là où mon amour respire, où je prends l'essentiel de ma chlorophylle, le swing de toute existence si on s'en réfère aux battements de mon cœur, à mon tempo. Le sel de la vie, quoi.
Pour autant, je ne m'emballe pas à ce point, je n'ai pas cette arrogance. Tout peut changer, sur un battement d'aile, sur un tsunami… sans rire. J'ose juste deux pas entre philosophie et métaphysique dans le silence des dieux… Enfin, pas toujours, y a de rares moments où je pète les plombs aussi, bien humain que je suis, personne n'est parfait. Je vous rassure ma fille ainsi que ma femme me ramènent vite à la raison, ce sont les reines de la maison, moi, je ne suis qu'un humble vagabond, leur sujet. J'ai cette chance inouïe de baigner dans leur sillon, c'est du lourd ! La même qu'Ulysse, l'histoire, dans son aventure avec les sirènes, rappelez-vous Homère… C'est mon odyssée à moi, c'est mon cinéma entre Iliade et Ramayana, mon théâtre d'ombres et de lumière. J'ai choppé la fève en croquant dans le gâteau des rois, un sacré bol ! Sauf que je ne savais pas la fièvre qui m'attendait, j'en suis encore tout renversé, j'en perds mon latin.

Pendant que je faisais le joli cœur dans les jardins du Siam, des hordes de moustiques sont venues jusqu'à la moelle me sucer, des wagons entiers, pas une goutte de sang ils m'ont laissé, un vrai massacre. J'en ai hérité d'une folle dingue à répétition, des crêtes de fièvres à faire tomber un pachyderme.
Un jour, y a même un cobra royal qui est venu me visiter, il s'était enroulé autour de mon portail, un machin long de cinq mètres, une bête énorme ! J'ai voulu le faire dégager avec un jet d'eau, j'aurais jamais dû, il m'a foncé droit dessus, sa tête à hauteur de la mienne, les yeux dans les yeux, j'ai pas eu le temps de m'épancher en sentiment, j'ai filé dare dare. Les Thaïs m'ont dit être un miraculé, ils n'en revenaient pas que je sois encore bien vivant, Ils en restaient bouche-bée, ils me touchaient tous de partout afin de prendre un peu de cette chance inouïe. Moi, j'ai pas eu le temps de réaliser, j'avais jamais vu une telle bête de ma vie, j'en ignorais même l'existence, un moment surréaliste ! Jamais je n'oublierais.
Une autre fois, ce fut un cobra noir qui s'introduit dans ma salle de bain, bien plus petit que le royal certes, mais à la morsure fatale aussi. Il s'était logé sur un rebord de fenêtre au-dessus de la douche. Quatre heures du mat, me levant à peine, je file direct dans la salle de bain, nu comme au premier jour, ouvre la flotte à plein jet et découvre ce machin dressé à trente centimètres de mon nez, en position d'attaque devant mes yeux écarquillés… Je vous dis pas le bond que j'ai fait, le meilleur réveille-matin qui soit, en un éclair de seconde, j'atteignis un instant rare de lucidité, un litre du plus fort expresso avalé cul sec n'aurait pas eu ce magique effet. Ca relativise les problèmes du quotidien que de vivre de tels instantanés, on pense plus pareil sur le coup, on se détend ensuite, on devient sympa avec son prochain, on sourit là où, autrefois, on devenait dingue, on devient même sympa avec les autres automobilistes quand on conduit, c'est pour dire !
Y a deux mois de ça, en balade dans la province de Krabi, on retournait peinard sur Phuket dans les lueurs du crépuscule quand un python réticulé de la taille d'un tronc d'arbre déboula à la vitesse de la lumière sur la quatre voies. On n'en croyait pas nos yeux, nous n'étions qu'à seulement quelques mètres de lui, il faisait la taille de deux anacondas à lui tout seul, j'ai appris par la suite que c'était le plus grand serpent au monde, le seul à pouvoir atteindre les dix mètres de long. Vu sa taille, je n'ose même pas imaginer ce qu'il en est de son petit déjeuner. Il est reparti comme il était venu, à fond de train après un break rapide dans la civilisation au milieu des autos. La nostalgie de la haute foret l'a soudainement étranglé, il n'en revenait pas de débarquer dans une telle jungle.
Saviez-vous que 90% des besoins de l'industrie pharmaceutique mondiale en venin de serpent sont achetés en Thaïlande ? Ça parle, non ?! Pas question de vous effrayer pour autant, les accidents de la route figurent parmi les premiers dangers… et ils ne sont pas tous provoqués par l'irruption sur le macadam d'un python réticulé, sachez-le !

Dites, à 5 numéros près, j'ai failli gagner à l'euro loto… pour une fois que je jouais, je n'ai pas eu la même chance que devant le cobra royal… c'est déjà pas si mal, non ?!

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

TOUT SEUL... OU PRESQUE

Je n'ai pas appris à vivre en famille… Né pendant les trente glorieuses dans un grand réseau urbain, issu d'un noyau familial éclaté comme tant d'autres, j'ai grandi par moi-même dans le feu de la cité, au hasard des atmosphères, au hasard des galères…
La littérature m'a donné son sein très tôt afin que je survive dans ce monde de dingues, l'exploration de l'âme humaine, elle a été ma mère. Cependant, je n'ai pu m'empêcher de faire les quatre cent coups, école de la rue oblige, sans pour autant devenir un mauvais garçon.
Mon père m'a insufflé cet esprit d'honnêteté, très tôt, on ne gagne pas sa vie en volant l'argent des autres, quitte à rester pauvre. Lui, il a perdu sa vie à force de boulot, un vrai labeur ! Je ne le voyais presque jamais tellement il désirait accéder au bien-être pour sa progéniture, sa vie à lui ne comptait pas, j'ai compris ça depuis que j'ai un enfant, la petite Nina, sauf qu'il est hors de question que je reproduise le même schéma exactement, je préfère davantage passer du temps avec ma fille plutôt que de la garnir à ce point d'un hypothétique panier gourmand sur mon lit de mort… La preuve : mon père ne m'a rien laissé malgré tous ses efforts pour adoucir ma vie, une fois, lui, trépassé. Il a œuvré sa vie entière, quitte à se tuer, pour que j'accède à une vie meilleure avec mon frère. Je n'ai pas hérité de deux balles, pour ainsi dire, lors de son dernier souffle, même si son héritage fut énorme en dehors de toute vénalité, il s'était juste trompé sur la teneur de l'héritage, obsédé qu'il était par les valeurs sonnantes et trébuchantes, seules capables d'émanciper les siens dans ce monde de dingues, qu'il pensait. Je continue à croire, à son exemple, que le monde est un cauchemar sans tune, bien-sûr, sauf qu'on ne peut sacrifier tout son temps pour ce seul élément, la vie n'est pas ainsi faite malgré tous les clichés, heureusement !
C'est pourquoi je continue de croire qu'il serait fou d'extrapoler sur le fric seulement, sans nous interdire pour autant d'en gagner, bien-sûr, l'argent est un bon serviteur mais un mauvais maître, je veux juste dire que l'enjeu n'est pas vraiment là, la course aux euros, y a mieux à faire que de perdre sa vie uniquement à la gagner tellement il y a de champs, dans l'existence, à découvrir… sauf quand il s'agit de nourrir les siens dans l'urgence, évidemment. Ce qui me fait penser que nous vivons dans un état d'urgence, aujourd'hui, non ?!...
Bref, je ne ferai vraisemblablement pas mieux que mon père dans le domaine financier, ma fille ne sera pas riche sur mon lit de mort, j'ai trop passé de temps à humer le parfum des tempêtes sur les rivages oubliés… à vagabonder en ce monde afin de rencontrer le genre humain en son entier, je voulais embrasser l'humanité… à courtiser les muses au hasard des instants… à vivre aujourd'hui malgré demain… a continuer mon chemin malgré tous ces putains de refrains… à vivre par moi-même plutôt que sous tutelle et par dérogation… à quêter le miracle au quotidien… à rencontrer mon prochain, qu'il soit un enfant de la Grèce comme moi, fils d'Homère et de Socrate, ou bien enfant du large sur le domaine des génies tout au fond de l'Asie entre Ramayana, Nina et Rochana, mon panthéon à moi dans les jardins du Siam, la seule couronne qu'on me donne dans cette immense misère, mon joker a moi au milieu de toute cette zone… un vrai miracle, je vous le dis !...
Un air de mélancolie qui passe sur un air de mousson… un spleen sous le regard des anges… et un ballet de lucioles dans la nuit de l'ile… Y a pas à dire, on a vu pire !... Sauf que je fais comment, moi, pour imbiber toutes les lueurs du crépuscule dans le silence des dieux, hein ?!... Je me contente d'errer sous la voûte, encore étonné que des êtres magnifiques m'accompagnent, ma fille et ma femme pour l'essentiel, et rêve tout éveillé de cette vie qui est aujourd'hui mienne… j'en suis tout émoustillé… je n'arrive point a me défaire de cet air de gaieté, cet air insolent qui trône sur mon visage malgré la crise… vous m'en voyez désolé… le bonheur nous rattrape quelquefois à tire d'aile… chienne de vie !... malgré tous nos efforts à nager quelquefois en sens contraire…
Je ne sais ce que l'avenir nous réserve et ne veux en aucun cas le savoir, je me contrefous des prophéties, elles nous empoisonnent l'esprit, y a pas besoin d'avoir fait Saint-Cyr pour comprendre que le pire est forcément devant, c'est inhérent à notre condition malgré quelques instants de grâce… « Dis, papa, c'est pour quand le prochain tsunami ? » C'est peut-être bien pour aujourd'hui, ma fille... Font chier ces mioches !

C'est pas gagné tout ça, hein ?!... Des histoires de dingues, oui !... Toujours est-il que les êtres qui m'accompagnent un tant soit peu, ceux qui comptent au milieu de la foule, je préfère les aimer ne serait-ce qu'un peu de leur vivant plutôt que beaucoup après leur mort si jamais… Les vivants occupent davantage mon temps que les morts, il est très facile d'inverser cet axiome, il en est pour beaucoup ainsi. … chut !... c'est la fête des morts, juste après le festival végétarien, une véritable boucherie, oui !

Carpe Diem

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

AU COMMENCEMENT ETAIT LE VERBE...

Entre bouleversement climatique, conflits, catastrophe nucléaire, famines et récession économique, l'avenir se dessine à l'échelle de la planète avec mille et une grimaces. Notre horizon se charge de noires atmosphères et nos sourires se fanent à l'approche de ce décor apocalyptique.

Des mutations de plus en plus rapides déferlent sur le vieux monde et transcendent notre quotidien au point de nous donner quelque vertige. La mauvaise santé de l'industrie du tourisme conjuguée aux considérations bien légitimes des budgets en crise viennent saper tous les espoirs de la civilisation des loisirs désormais malade.

Pourtant, il est urgent de se ressourcer et l'aube des grandes dépressions amène quelquefois un renouveau culturel loin du miasme de ces ébats financiers qui défrayent la chronique et l'actualité.

Il est donc temps de « cultiver son jardin », de penser à nous, sans pour cela oublier toute notion de solidarité, bien le contraire, et de rouvrir quelques bouquins afin d'oser un autre chemin capable de nous libérer un tant soit peu de ces valeurs marchandes qui envahissent notre espace.

Le monde est vénal, certes, et les préoccupations sonnantes et trébuchantes sont constantes dans nos foyers, c'est pourquoi il nous faut dépasser cet état de fait pour retrouver une santé mentale digne de nos aspirations, de notre identité. Pas facile mais impératif, ce fameux adage latin, Carpe Diem (Profite du jour présent), doit entrer dans nos vies afin de tendre vers une félicité, seul remède pour mettre à bas tous ces cancers qui nous assaillent de toute part, syndromes de la modernité.

Polémiques, joutes verbales et débats participent à cet élan, il est temps de se réapproprier la parole, les mots, et de les faire exister comme jamais. Ils sont les garants de notre survie et de notre équilibre, ils sont l'expression de tout sentiment dans ses moindres nuances et n'appartiennent aucunement à l'univers des spécialistes et autres rhétoriciens. Ils sont nôtres, héritage vivant de la civilisation, et constituent l'essentiel de notre patrimoine.

« Au commencement était le verbe… » (Saint Jean)

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

C'EST DU LOURD

La mousson se la joue grande dame, aujourd'hui, elle nous inonde avec générosité, elle nous submerge, les crapauds-buffles la ramènent comme jamais, c'est la fête aux reptiles, aux batraciens, c'est le délire des amphibiens. Les moustiques prolifèrent à qui mieux mieux, il en nait mille à chaque souffle, c'est la saison des amours. Malaria, dengue et chicoungougna s'invitent dans l'arène, y en a pour tous les gouts, toutes les couleurs.
A peine un pote vient de trépasser qu'un copain m'appelle pour me dire que son enfant est né, la ronde des mystères, le ballet de la vie, la mémoire seule reste pour nous transcender jusqu'au bout de la nuit. Entre vivants et fantômes, j'ose un pas dans le silence des dieux, je montre le bout de mon nez à la face du monde, moitié Cyrano moitié Pinocchio.
Nous cheminons ainsi tout du long entre gaieté et tsunami sur la terre des volcans, notre monde est un bateau ivre.
Perdus dans l'immensité sous le regard des anges, nous zonons sous la voûte en quête de grâce et d'identité, hagard et bouche-bée. Ecrasés de ténèbres, soufflés par les atmosphères, « des soleils morts apparaissent au bout du vide que nous scrutons comme des damnés ». Hébétés de lumière à l'approche des feux-follets, nous survivons grâce au ballet des lucioles. Le chant des grillons est là, aussi, pour nous libérer, c'est l'heure des vérités.
Vous remarquerez, en passant, que lucioles, cigales et grillons constituent l'essentiel de mon panthéon. En revanche, j'ai beaucoup plus de mal avec ces salopes de fourmis malgré tous les efforts du monde, c'est con. Je suis pourtant né dans ce monde de fourmis et autres cafards, mais j'arrive pas à m'y faire, je suis trop léger, faut croire, trop fainéant, plus oisif encore que le crapaud disait l'ami Rimbaud, d'où ma sympathie naturelle pour la cigale, il faut de tout pour faire un monde.
Entre le dévot, le facho et Mr Prudhomme, c'est pas gagné, la nuance est vite éludée. Sous couvert de bien-commun, on assassine n'importe qui aujourd'hui, du moment que le thème est porteur, il faut bien sauver l'humanité. Les exemples sont criants dans l'actualité malgré quelques élans de liberté vite avortés, les temps de crise amplifient le bruit des bottes. Le stakhanovisme renaît, l'inquisition aussi, c'est dans pas très loin, il parait, c'est Madame Soleil qui me l'a balancée, l'info, un gros tuyau, ça pèse !
Dites, entre nous, finalement, la cigale, c'est pas si mal. Quoique le grillon, c'est du lourd aussi, non ?!

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 LA PERLE DU MOIS !

Je feuillette la presse francophone de l'île, ce matin, à Phuket, j'ai quelques minutes à perdre avant d'aller bosser…
Je me penche particulièrement sur le dossier du « Paris-Phuket », ce mois-ci, « l'Islam en Thaïlande ». Sujet intéressant, certes, mais complexe. Pour une fois qu'on nous éclaire sur un thème dont peu maîtrisent la connaissance, on ne va pas se plaindre, je me réjouis déjà et en commence la lecture…
Oh putain ! Ça va pas le faire ! Comment ont-ils osés écrire de telles âneries, tout est faux dès les premiers mots. Ils n'ont même pas pris le temps d'ouvrir un bouquin sérieux sur le sujet. Des contre-vérités comme s'il en pleuvait, des erreurs historiques en-veux-tu-en-voilà, des regards tendancieux comme il n'en faut plus jamais, on frôle la mauvaise farce en parcourant ces lignes.
Je plains tous ces immenses chercheurs ayant passé, voire consacré, des décennies pour nous faire profiter de leurs lumières afin que l'on ne soit plus jamais à ce point dévoré par l'ignorance. A quoi auront servi tous les fruits de ces longues recherches ?... Je pense à Pierre Leroux, Jean-Louis Chopin (chercheurs sur l'islam en Thaïlande depuis si longtemps) et bien d'autres encore auxquels la rédactrice du Paris-Phuket ne fait point référence. Ils auront ignoré tous ces brillants travaux, préférant nous perdre dans un bavardage historico-généraliste chiant digne d'un copier/coller.
Ils nous prennent pour des cons, pour des demeurés capables d'avaler n'importe quelle baliverne ou sornette. Ils s'intronisent spécialistes sur l'autel de leur ignorance au risque de bafouer la communauté musulmane du royaume elle-même, pourtant le sujet du moment. Je n'aimerais pas être Musulman Thaï en lisant tout cela, ça ne me plairait pas qu'on élude d'entrée plus de la moitié de ma communauté à la clé. « Ne fais pas aux autres ce que tu n'aimerais point qu'on te fasse ! », une maxime à méditer afin d'élargir le champ de la tolérance et de la Culture.

Je ne vais point énumérer toutes les erreurs énoncées, ou ne serait-ce que discuter les angles de vue choisis par les rédacteurs, juste la présentation du dossier dans le premier paragraphe suffira afin de démystifier ne serait-ce que les premières lignes… et puis, peut-être, une ou deux considérations en chemin afin de définitivement tirer une ou deux choses au clair.
Tout d'abord, il n'y pas 3,9 millions de Musulmans en Thaïlande, comme c'est écrit dans ce dossier, mais près de 8 millions, la différence est de taille ! Il y en avait 7,6 millions, il y a déjà plus de dix ans tel que le révèlent les travaux les plus sérieux réalisés sur ce sujet. Les autorités thaïlandaises l'admettent volontiers elles-aussi par le biais de leur ministre. Ce n'est donc pas 5,9% de la population mais un peu plus de 12%, ce qui change o combien la donne.
Ensuite, la question posée par la rédactrice est : « Mais comment sont-ils arrivés là ? » Alors que la véritable question est : Comment l'islam est arrivé ici ?
Les Musulmans de Thaïlande ne sont arrivés de nulle part, pour la plupart, l'immense majorité d'entre eux sont des locaux convertis à l'islam dès le XIVème siècle intégrés dans le royaume au fur et à mesure de ses extrapolations territoriales. Islam amené dans ces contrées par des marchands Maures, et non pas des soldats comme on l'a malheureusement vu lors des premiers échanges avec la chrétienté à partir du XVIème siècle, ici, en Asie. La parenthèse historique de la seconde ambassade envoyée au Siam par Louis XIV au XVIIème (1687) en est un fâcheux exemple. A cette époque, le bras armé du missionnaire n'était autre que l'appareil d'état (le soldat) de nos monarchies chrétiennes d'Europe. La tolérance n'était pas née. Le prosélytisme violent de nos ancêtres ne nous grandit en rien sur ce thème de la religion. C'est un premier point.
De deux, la gentille dame (la rédactrice) nous présente un groupe mineur de Musulmans arrivés au Siam de Perse, entre autres, à l'époque de Sukhothai au XIVème, alors que le Royaume de Siam s'est constitué au milieu du XIIIème, à peine un siècle auparavant.
C'est un peu comme si l'on parlait d'une part de la population aujourd'hui française arrivée dans l'hexagone au temps de Clovis ou de Charlemagne, pour vous faire la comparaison, ça parle, non ?!
C'est sympa pour l'analyse historique certes, mais je ne l'ai pas ainsi décrypté dans le ton de l'article, sans paranoïa aucune pourtant, je ne suis pas musulman. J'ai davantage remarqué un relent tendancieux qui apparait dans tout le dossier, un regard non-objectif sur la réalité de l'islam en Thaïlande. En vérité, un parti pris mais mal pris. C'est dommage !

Les gentils rédacteurs du dossier du mois (combien sont-ils ? mystère !) nous apprennent donc, dans un flou artistique certain, que les Malais (l'immense majorité des Musulmans de Thaïlande, vivant essentiellement dans l'Isthme de Kra) ont débarqué dans le royaume a un moment donné, si tenté que cela soit vrai. Elle se croit dans l'empire romain au moment des invasions barbares ou quoi ?! Je lui conseille d'aller feuilleter un bouquin de Boulbet décrivant les principaux groupes qui composent le peuple thaï. Elle s'apercevra ainsi que le courant Malais-Thaï en constitue un large bout (ce qu'elle avoue par la suite, cela dit). On parle ici d'ethnologie, non pas d'invasion malaise digne d'un film hollywoodien, comme cela le sous-tend en raccourci dans l'article. Ça fait pitié !
Sinon, je n'ai à peu près rien appris sur les Musulmans de Thaïlande (pourtant si particuliers !) après la lecture de ce dossier. C'est encore dommage !
J'aurais apprécié qu'on laisse plus volontiers les religieux de coté, et qu'on me parle davantage de la communauté musulmane elle-même puisque nous vivons avec eux, c'est mon cas en l'occurrence. Je vis à Rawai, pas très loin d'une mosquée, l'imam est le seul d'entre eux que je ne vois à peu près jamais alors que je me réveille avant le chant du muezzin.

La fin du dossier est édifiante ! Que vient faire ce Français converti dans une mosquée pakistanaise en Thaïlande dans les ruelles de Pattaya ?! Pour un scoop, c'est un scoop ! Sauf que je ne vois pas très bien pourquoi il ramène sa fraise, celui-là, dans une présentation de l'islam en Thaïlande. Si jamais vous pouvez faire avancer le schmilblick, appelez de suite, parce que moi, je n'y entrave que couic !

Consolez-vous tout de même, les deux premières pages du magazine sont de moi, en guise d'éditorial, elles sont arrivées là (sur le Paris-Phuket) par un concours de circonstances, un quiproquo, c'est ainsi et c'est pas grave, ce fut négocié d'un commun accord. Lisez, c'est de la balle !

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 DEMENAGEMENT

Sinon, j'ai changé de maison, il y a un ou deux mois, de style inconnu ?! Et des bacs à la con avec des poissons dedans… des arbres tout autour, des bouquets de palmiers, des oiseaux en farandole… et puis, la nuit, le royaume des grillons, il parait, sauf qu'en ce moment, c'est la mousson où les grenouilles ont l'avantage du nombre et inondent tout l'espace de leurs croassements sonores, des rassemblements gigantesques, des manifs du tonnerre, des congrégations de crapauds qui, attirés par la fraternité du lieu, rappliquent de tout coté… un opéra, je vous dis !... des concours de chants à n'en plus finir, des mélodies de timbres à vous évanouir, à qui mieux mieux !… un bordel immense à déchirer le ciel ! Des vocalises en délire, des extases à la pelle !… Bref, le panthéon des grenouilles,crapauds et autres batraciens, leur Cote d'Azur à eux, leur colonie de vacances en somme… un endroit charmant.

Puis, le soir, au crépuscule, sur la terrasse, la magie opère… extraordinaire ! Le coucher de soleil !!... Les moustiques aussi d'ailleurs, de partout qu'ils arrivent, en bataillons, escadres, la grande armée qu'ils déplacent, la guerre mondiale qu'ils déclenchent… Inimaginable!... En doudoune qu'il faut se le mater, le Sunset ! Ou mieux encore, en combinaison de survie, c'est pas géant pour prendre le frais, forcément, c'est étanche, mais question moustique, ça marche. Ou bien tu avales deux bouteilles de rhum, cul sec, et il parait que tu les sens plus les moustiques et que tu peux te le faire peinard, le coucher de soleil, « Que tu les en…. les moustiques…avec deux bouteilles de rhum dans la gueule ! » C'est mon voisin qui m'a dit ça, il est Norvégien. Il est là depuis longtemps, il a découvert le truc au début, il y a des années... C'est un fana du Sunset, il ne rate pas un crépuscule… après, il dort à la belle étoile, jusqu'à l'aube. C'est un lyrique.

Derrière, c'est un Français. Un marin en quête de boulot, de bateau. Un fortiche de la voile qui compte plusieurs traversées en solitaire à son actif. Certains disent qu'il a trop passé de temps à parler aux oiseaux. Moi, je crois qu'il a trop mangé d'omelettes aux champignons magiques, oui ! Quoiqu'il en soit, ça lui donne un coté mystérieux, un genre. Il a le regard un peu perché, certes, un peu inquiet, un peu dans la lune… mais il n'a pas l'air méchant. Il a juste la pupille de l'œil exceptionnellement dilatée, comme une chouette. De trop près, parfois, ça fout les jetons. Ce n'est pas un mauvais garçon, juste un autre fada qui rentre dans la ronde, un autre funambule sur le fil des tropiques… Le truc plaisant, c'est que le bonhomme n'est pas vraiment bourré de certitudes. Il n'est pas là, à vous déballer un océan de sottises, avec un air important à la clé… tellement occupé à mater l'araignée collée au plafond. Un brave type, cela dit.

Vous savez quoi ? Je vais pas tout de suite adhérer à l'amicale du quartier, je vais attendre un peu, je vais me laisser aller au plaisir des rencontres, hein ?! Putain ! Et l'autre qui m'invite pour ses noces d'argent ou de diamant, va savoir ? C'est un hôpital psychiatrique que cette cité, c'est le refuge des désespérés, l'asile des traumatisés, je commence à comprendre pourquoi la nana de l'agence était tellement sexy, elle espérait me refiler le cadeau sans garantie, chienne de vie !

Non, je le crois pas, c'est quoi encore ? La veuve et l'orphelin, là ! sur mon palier ! Il parait qu'il faut donner pour le culte, pour le denier, il parait qu'il faut banquer, je m'exécute sans rechigner.

Non ?! Les pompiers maintenant ! L'almanach de la nouvelle année ! Ils sont en avance cette année, ils traînent pas des fois qu'on se déciderait à rendre l'âme, à trépasser, le gars me propose d'acheter l'histoire pour une décennie, il m'en file onze pour le prix. C'est honnête, je lui dis oui. Je lui souhaite bonne chance, il me promet l'apocalypse, les gémonies. Contrairement à ce que l'on croit, le client n'est plus roi aujourd'hui.
Prenant mes aises dans ce cauchemar ambulant, je remarque un truc toutefois, mille et un clébards enragés veillent au grain aux portes de la cité, et moi qui n'ai même pas un poisson rouge pour me protéger. C'est pas le chemin de la fraternité que mon nouveau quartier pourtant si épris de modernité, il y règne une atmosphère de nouveau monde, un air de progrès… c'est pas gagné !

J'ai fait des recherches sur le nom du soï (de la rue en thaï), le soï des condamnés que ça s'appelle, c'est de là qu'est né le dernier foyer de peste bubonique au siècle dernier. Le bal des fantômes, quoi ! Putain, il m'a pas dit ça le vendeur de timeshare, il m'a juste dit que Lady Gaga était passée là.

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 ECHAPPEE BELLE

Je glisse sur l'asphalte dans la nuit du Siam, des lambeaux de mousson déchirent le firmament, un spectacle inouï imbibe mes pupilles sous la pleine lune, un paysage fantasmagorique défile sur cet écran géant parsemé de pitons calcaires, les monolithes karstiques emplissent ce colossal espace. La genèse et puis l'apocalypse, tout passe en un éclair de seconde sous la voûte, c'est Hollywood puissance mille.

Un parterre d'étoiles ouvre ma route, des bouquets de palmes gigantesques surgissent d'un théâtre d'ombre ramayanesque, c'est du lourd. Une jungle en délire s'érige entre ciel et terre, je vous dis pas les bestioles qui vivent dedans, c'est pas le moment d'avoir une panne, Krabi 50. A fond les ballons, la petite musique qui le fait bien dans le cockpit de ma bagnole centenaire, j'ai l'impression de franchir le mur du son, compteur 50.
Un serpent gros comme un tronc d'arbre déboule à la vitesse de la lumière, il me double sans prévenir, je suis la risée de la haute forêt, les singes se moquent, la moindre tortue me laisse sur place. J'appuie sur le champignon avant que les félins ne débarquent et file telle la foudre dans ce zoo à ciel ouvert, compteur bloqué, 60.
Un barrage ! Trois pachydermes en plein meeting sur la route de la jungle, j'en entends ricaner quelques-uns, non ils ne sont pas roses, trois évadés d'une plantation de retour sur la terre sacrée, mon beau ficus roi des forets, je viens de tomber sur le sanctuaire des mammouths, ça pèse. Je fais pas le malin avec ma coccinelle de voiture, je file doux et trace ma route, chacun son chemin.
Putain, c'est quoi encore ? Je le crois pas ! Un auto-stoppeur, ici, en pleine nuit sur le domaine des génies ! Heureusement que la signalisation veille au grain sur les routes en Thaïlande, un panneau, quelque peu avant, averti de la chose : Attention Fantôme ! Chez nous, en Occident, c'est pas tant les fantômes qui nous inquiètent, on focalise ailleurs, c'est plutôt les radars le problème, ils sont davantage susceptibles encore, ils rigolent jamais, eux. Va donc pour les fantômes, c'est plus fun.
Un truc me chiffonne toutefois, Krabi 50, se pourrait-il que je tourne en rond depuis des heures ? Et pas de pompe à essence à l'horizon, pas la moindre lumière. Ca y est, l'orage s'annonce, l'écho du tonnerre fracasse tout l'espace, le vent se la joue furie, des chutes d'eau dignes de l'apocalypse, des cataractes, le déluge. Manquait plus que ça, rideau, on va tous se noyer, sauf que je suis tout seul ici-bas, pas un signe d'humanité. Les sangsues cernent la bagnole, y en a de partout, des nids, des farandoles. L'atmosphère se gâte, ça rapplique de tout coté, tous les habitants de la haute forêt, des intrigues se nouent, je deviens le centre de tout intérêt, la panique me submerge, je flippe comme jamais, serait-ce moi le déjeuner ?!
Je me réveille, je suis dans mon lit, peinard, a Rawai, ce n'était qu'un cauchemar, un keriodoxa s'épanouit à ma fenêtre, un bouquet de palmes baigne dans l'azur. Cette île est resplendissante, elle me fascine toujours encore malgré ses autos en surnombre, malgré son urbanisation galopante. Je fais corps avec cette terre, respire ses essences, hume le parfum des rivages et libère mon spleen dans cette atmosphère. Curieux de sa nature, de son histoire, de sa culture, je compose avec ce monde cosmopolite d'hier et d'aujourd'hui, je colle à ces mélanges, j'improvise mon quotidien avec les miens au milieu de tous, humble nomade en quête de grâce et de paix.
Cette île m'a enchanté, entre foret primaire et station balnéaire, j'ai trouvé mon palais. Une dryade (nymphe des forêts) est venue me visiter et m'a ouvert ses jardins secrets, je me suis finalement sédentarisé. Balaises, ces petites fleurs, non ?!

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket
Pascal, la chaumière, Rawai, Phuket

 SALUT BONHOMME

Pascal nous a quittés. Il n'avait pas mis le casque. Il avait pourtant la tête dure, un héritage du Sud-ouest de la France entre Pyrénées et Dordogne. Un temps attiré par la route des Cathares, puis celle des Indes, il poussa plus loin jusqu'à se retrouver ici, comme nous tous, à Phuket. Il avait élu Rawai, ce rivage légendaire, afin d'installer sa tropicale chaumière. Une institution à vrai dire, c'était notre bar, notre cantine et plus encore, c'était notre rendez-vous quotidien, notre messe, le pain et le vin. Il était la réincarnation de notre bon roi Henri dans la version poule au pot ou bien même couscous et autres confits. Sa table gargantuesque accueillait les plus gourmands en quête de ces accents qui composent le monde culinaire jusque dans notre palais.
Pascal nous a quittés. Allez savoir ce qui lui est passé par la tête, peut-être a-t-il voulu éviter un véhicule venant en face, peut-être a-t-il bu le dernier verre qui fait la différence, on ne saura jamais, quelle importance. Il rentrait juste peinard chez lui, sa dernière course jusqu'au bout de la nuit. Que dire, quoi ajouter si ce n'est qu'il va nous manquer. On fait comment, nous, maintenant, pour remplacer la table ronde ?
Entre Brassens (les copains d'abord) et Rabelais (Pantagruel en est une clé), nous perdons un ami certes, mais aussi un messager du bon-vivre, un mage épicurien, un chantre libertaire. Sa guinguette fut bien plus qu'un resto, c'était le village d'Astérix recomposé, le bateau ivre d'Arthur Rimbaud, la tribune de la communauté où rires et débats s'épanouissaient, j'en entends encore l'écho, c'était tous les soirs le bouquet.
Pascal nous a quittés. C'est bien le plus mauvais plan qu'il nous ait fait, le seul plat qu'on ne digère pas. On est tous orphelins désormais. Errant entre lune et soleil sur le rivage au hasard des marées, je pense à lui et lui rend hommage. On a perdu un copain, Rawai ne sera plus jamais pareil.
Je fais quoi, moi, maintenant?! Avec qui je bois ma bière, en aparté, sous le regard des anges dans le silence des dieux ?! Y as-tu seulement pensé ? Saches que si, un jour, l'envie te prend de réapparaitre, de renaitre, nous serons tous là à t'acclamer, à tout partager… tu vas nous manquer !
Je te salue mon frère !

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 HOLLANDE PRESIDENT

Ca y est, nous avons un nouveau président, François Hollande qu'il s'appelle, c'est pas zarbi, ça, pour un Français d'avoir pour nom Hollande, un truc à signaler à la cellule FIN de Rawai mais lequel avertir, ils sont si nombreux, ils ont fait 99% aux élections, ici, ils cherchent activement le centième pour le lyncher, j'ose pas dire que c'est moi alors j'ai balancé mon voisin, un Norvégien, je leur ai dit qu'il a un passeport français, un buste de Jaurès dans son salon, et toute la collection de Zola dans sa bibliothèque, il déclame des poèmes de Victor Hugo, le matin, en se levant. Ni une ni deux, ils ont brûlé sa maison, ils ont même empalé le chien, Dindon qu'il s'appelait, brave clébard certes, mais un peu con aussi, il a bouffé trois fois son maître qui voulait juste rentrer dormir peinard chez lui, Dindon ne l'a pas reconnu, il n'avait plus de flair. Faut dire qu'il était presque centenaire, le clebs, un dingo australien, je crois, une race chelou, hyper parano sur le kangourou, un syndrome inouï, il se croyait chez lui en Australie, le cabot, il a pris le proprio pour le dernier des voleurs, pour le yéti, il a bouffé Ali Baba dans sa propre caverne, dans son lit. Le meilleur ami de l'homme qu'on dit. Sale bête, oui.
Hollande président. Il a plutôt l'air sympa, le mec, on dirait qu'il met moins d'ego dans l'histoire, moins de cinéma que bien d'autres, il me semble davantage concerné par sa fonction plutôt que par son aura, l'avenir nous le dira. J'ose croire que cet humaniste marquera son époque, plantera sa griffe dans l'air du temps.
Hollande président. Son air bonhomme est plutôt un gage de confiance, dans son physique apparaît un coté rabelaisien qui me plait, un air d'été, entre le temps des cerises et les congés payés. Plus proche de nous que ces prédécesseurs, vraisemblablement, plus humble également, il promet la transparence, ce qui n'a jamais été la caractéristique de cette fonction, un flou artistique a toujours régné quant à de nombreux intrigues, magouilles et secrets entourant cette demeure qu'on nomme l'Elysée.
Hollande président. Il veut même rester vivre chez lui, le temps de son mandat, il refuse d'habiter au palais, du jamais vu chez les élites. Vous me direz, tant que l'épicier te livre quelques caisses de beaujolais à domicile afin de survivre à l'hiver malgré la crise, ça devrait le faire. Néanmoins, la cave de l'Elysée doit être géante, voire inouïe, t'as pas assez de temps pour la vider, cinq ans, c'est pas assez. C'est pour ça qu'ils ont l'air tous bourrés, c'est pas de la piquette qu'ils écument, c'est du lourd, la meilleure cave de France, je vous dis. Quoi ? on peut rêver, non ?! Un ancien ministre me confirmait hors micro, pour y avoir souvent goûté au goulot dans les beaux salons dorés, le poivrot, je cite ses mots : « C'est pas des bouteilles de PD, c'est de la balle, le machin, quand t'es ministre, c'est carrément la barrique, le tonneau, c'est du lourd. » Et vous savez tous que je ne mens jamais, je ne romance aucunement, hein ?!
Hollande président. Moi, ce type me plait, je l'ai écouté comme vous tous, il ne saurait faire pire que les autres, je lui souhaite bonne chance, il fera son possible sans écraser la misère, c'est sûr, il porte en lui une espérance. Cependant, je ne crois pas que les politiques pèsent autant, aujourd'hui, dans notre univers, la finance a pris le relais dans ce monde vénal.
Bon, je sais pas vous mais, moi, je vais soigner mes fièvres, la dengue encore, à moins que ce ne soit la malaria. Putain, c'est pas gagné. Font chier ces moustiques.

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 BONJOUR PRESIDENT

Un nouveau président, il parait, non pas le camembert, bien sûr, mais celui de la république. Y en a, c'est des rois, y en a d'autres, c'est des présidents, c'est ainsi, nous, c'est des présidents. Y a même des roi-présidents, c'est pour dire, c'est plus rare mais y en a, en Corée du Nord, je crois, faut voir ce qu'ils en chient aussi, c'est déjà pas gagné avec un président, alors les deux à la fois, c'est du lourd.
J'arrive même pas à être le président de chez moi, bon dernier de l'histoire, ma fille et ma femme passent avant, d'autorité, c'est elles qui l'ont imposé, alors président de la république, vous imaginez, hein?! Moi, non. D'un autre côté, président, ça n'a jamais été vraiment ma tasse de thé, une seule fois, je crois me souvenir, président des élèves, une année, un vrai bordel au lycée, ils n'ont pas voulu renouveler l'affaire, trop risqué. Alors j'ai viré anachorète, j'ai revendu mon costume de scène au rabais et me suis mis en quête d'une grotte, n'est pas ermite qui veut. J'ai demandé à tous les allumés qui passaient là, adeptes de Shiva ou bien de Bob Marley, les deux écoles de l'époque, s'ils ne connaissaient point une caverne pour l'été, l'hiver bonjour. Ils m'ont gentiment recommandé quelques granges a hippies en Ariège dans les Pyrénées, c'est là-bas qu'ils se fournissaient, c'est là-bas que ça poussait. Les illuminés, ça foisonnait, qu'ils disaient, des Jésus et des Bouddhas comme s'il en pleuvait, y avait même des Krijnahs et autres ninjas, un genre nouveau qui essayait de tirer la couverture à soi, des jaloux.
Ni une ni deux, je file là-bas pour me ressourcer auprès de dame nature, à portée de Bernadette Soubirous, dans une grotte voisine, mais l'histoire fut toute autre, ils avaient déjà inventé les raves-party, les hippies, c'était l'année de l'ecstasy. J'ai pas pu terminer ma licence d'anachorète, j'ai dû redoubler, j'étais pas concentré. Font chier ces babas, ils m'ont bousillé mes études, au moins autant que les blaireaux, un savant mélange à vrai dire, on sortait à peine des années-banania.
Du coup, j'en ai pas foutu lourd, au rythme où ça partait, ma carrière était déjà niquée. Je me suis laissé emporter par les atmosphères, j'ai pas été pleurer ma mère, le coté littéraire. Sur la route, quoi. J'ai rien demandé à personne, même pas aux miens des fois qu'il faudrait leur rendre, ils n'avaient déjà pas grand-chose, je me voyais mal leur taper leurs deux balles d'économie pour aller me taper la cloche jusqu'à la lie, y en aurait eu pour des générations que de cette folie, des culpabilités en wagons, de pugilat, des tonnes et des camions, mille ans après, ils en auraient parlé encore : “Le petit batard, il a jamais rendu le blé!”. J'ai préfère m'arracher désargenté, j'ai croisé mon père qui partait bosser, sur le palier, je lui ai dit que je partais humer le parfum des tempêtes sur les rivages oubliés. Vaste programme a-t-il confirmé, il m'a demandé si j'avais pas croisé Ulysse, notre vieux boxer irlandais handicapé, un chien perdu qui nous avait trouvé, une race unique, il n'en avait sorti qu'un exemplaire, la mode n'a pas suivi, Ulysse est tombé dans l'oubli. Il devenait fou à chaque fois que Babouche passait, le chat du voisin, un sacré de Birmanie, s'il vous plait, la star du quartier, il faisait le malin devant Ulysse qui n'avait que trois jambes pour le courser, une putain d'aventure, c'était jamais gagné.
Je suis donc parti, une petite cigale passait, elle m'a pris la main et m'a dit viens, comme dans le début de “la mémoire des vaincus” de Michel Ragon, quand Flora prend la main de Fred : “Allez viens, on va faire la vie…” à chacun ses héros. Un accent de Rimbaud dans la pupille et vogue le bateau ivre jusqu'au bout de la nuit. Président, je laissais tomber, trop compliqué, un dur métier. Je me destinais vers des horizons plus secrets, les foules n'auraient pas marché, c'était d'avance joué. Clown, peut-être, mais pas président, ça l'aurait pas fait. Je suis donc allé courtiser les muses, l'ambiance était plus détendue, aucune tenue exigée, peinard à souhait. Je vous rassure, y avait pas grand monde, j'étais le seul pour ainsi dire, on avait droit à cinq mille kilomètres de rivages oubliés chacun, pour le coup, afin de trouver le spleen au milieu des mangroves, bonjour les moustiques. J'en ai ramené une folle dengue dans mes bagages, un morceau de fièvre à faire chuter un pachyderme. J'ai passé des heures à côtoyer les anges, des jours et des nuits. Des meetings avec Jésus, avec Bouddha, j'en ai eu cent dans mes délires paludéens, je suis même entré sur le domaine des génies, c'est Boulbet, le con, qui m'a embrouillé, « som nam na » qu'il disait, il faisait le malin avec son palud.
Dites, j'ai fait une rechute les deux dernières semaines, la dengue encore, j'ai pas bien suivi les élections, il parait que Boulbet s'est présenté, j'en étais sûr, il est balaise Tabé !
Je sais pas vous mais, moi, j'ai une montée de fièvre, une crête, un sommet, je crois bien que je vais m'allonger, font chier tous ces fantômes avec leurs caprices, leurs voluptés, vivement que je trépasse afin de survivre à l'histoire. Dites, c'est qui le président ?

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 EPHEMERE

J'ai les doigts qui me démangent, un air de Clapton qui passe et mille et un guitaristes se joignent à l'histoire afin de tabasser le bœuf, de taper le bœuf voulais-je dire, un excès d'enthousiasme m'a un moment égaré, un machin à se mettre toutes les associations pour défense des animaux à dos à tout jamais, sur un simple lapsus, alors que je me lamentais pour une guitare, je voulais juste donner ma griffe sur cette chanson légendaire, une improvisation éphémère. Le sel de la vie, quoi.
Mais j'ai plus de guitare, je l'ai vendue y a des mois pour payer l'école de ma fille, j'étais content qu'elle serve ainsi, elle me rendait alors un fier service même si mes doigts en pleurent encore.
Y a un truc géant dans l'écriture, c'est que, même si tu es de ce monde le dernier, comme aucun autre déshérité, une plume et un bout de papier te suffisent pour jeter ta sève sur la voie lactée ou bien même dans cette putain de zone qui nous entoure jusqu'au bout de la nuit, crève-la-dalle ou gavé, il te faut maintenant composer avec l'alchimie verbale, il te faut balancer ton foutre dans l'immensité. Un stylo et quelques feuillets, c'est pas cher donné.
C'est pas pour autant gagné, faut pas rêver. Le verbe, faut-il y avoir passé du temps à le cultiver, à le dompter, c'est comme un os qu'on aurait rongé par tous les bouts, jusqu'à la moelle épinière, jusqu'à ne plus s'en défaire. La schizophrénie s'en empare, elle rentre dans l'histoire, tu ne vis plus que sur un pied dans l'atmosphère, l'autre est dans l'imaginaire. Tu fais feu de tout bois afin de ne nourrir, pour ainsi dire, que cette sphère quitte à provoquer quelques feux follets.
Mais comme disait Verlaine, ce n'est que de la littérature, même si cette chienne a tendance à te rendre chèvre. Dès que les muses, la nuit venue, courent sur le rivage, voilà que ton être se transcende sous la voûte, épris de folles galopades dans l'univers émotionnel, tes neurones percutent la lumière à une vitesse dingue, c'est le bal des métamorphoses. Suive qui pourra. Ton essence qui se répand et qui se mélange au tout venant, rire et larmes atteignent leur paroxysme sans qu'une forme de lucidité ne vienne à te manquer, nuance oblige, quelqu'en soit le délire, tu vis dans la réalité, tangible ou non, les fantômes n'ont qu'à bien se tenir, ils n'ont plus seuls cette exclusivité.
Les volcans surgissent dans la nuit du monde, mille et un tsunamis déferlent sur les rivages ivres de chaos, les bateaux ne savent plus ou toucher terre, ou s'amarrer. Océan et lande, rivage et bocage viennent se mélanger, c'est la mare aux canards, la fête des batraciens. Moitié singe, moitié poisson, je surfe sur la vague entre mer et mangrove, je touche à mon identité entre brasse et grimace, moitié crabe, moitié lémurien.
Dites, vous avez vu ? On a échappé au pire, un tsunami s'est presque levé pour nous écraser, nous faire déchanter… alors, plutôt qu'un requiem, on va se la jouer carpe diem.
Font tous chier avec leur éternité.

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

Ô TOULOUSE !

Que dire de tout ce qui nous arrive, hein?! J'en ai le souffle coupé, presque, nous vivons des temps de grandes fractures, une époque de mutation.
Et dire que je suis Toulousain, j'en éprouve un sentiment particulier que dans la ville rose une telle folie soit possible, j'en suis tout retourné, j'en perds mon latin à vrai dire, je ne reconnais plus les miens, le serment est cassé, celui de la grande cité, celui qui nous unissait, ce petit con est venu tout polluer avec ses idées à deux balles issues, non pas de la culture musulmane, mais de la civilisation hollywoodienne, la civilisation de l'image, les scénarios à deux francs cinquante qui portent au sommet le culte de la personnalité plutôt que d'oser s'aventurer sur le domaine de la pensée, la version pathétique de l'humanité. Le genre humain est capable de tout, du pire comme du meilleur, nous venons de vivre la plus mauvaise des versions, font chier tous ces cons qui se prennent pour dieu, font chier tous ces élus épris de mission évangélique ou non, foutez-nous la paix avec vos connections divines, un fond de bon sens devrait suffire, c'est Jean Boulbet qui ne cessait de le penser, le bon sens commun lui paraissait souvent bien meilleur que toutes ces idées générées par les sauveurs de l'humanité, j'adhère à sa pensée.
Le genre humain reste partout le même, ses qualités et ses travers sont identiques où que l'on soit, les atmosphères changent, seules, un temps donné, c'est tout, les mêmes folies nous accompagnent, toujours, entre guerre et paix. Des contentieux énormes surgissent, des failles sans fin, les victimes finissent même parfois par devenir de véritables bourreaux, c'est con mais c'est ainsi, on ne se refait pas, faut croire, le genre humain a fâcheusement tendance, quelquefois, à perdre toute mémoire du fond des madrasas pakistanaises jusqu'à Mohamed Merah, et dans bien d'autres sphères toutes cultures, toute religions mélangées, qu'on se le dise. Toujours est-il que ces petits voyous épris de guerre, ces dictateurs en herbe, ne déplaceront pas des montagnes dans le domaine de la pensée, le sort qu'ils nous réservent dans leur argumentaire est bien pire que tous les autres encore, l'Histoire est pleine d'exemples sur ce thème, les bûchers abondent dans l'Histoire de l'humanité, le cimetière est leur emblème, les armes en guise de drapeaux, ils nous creusent les tombes de toute liberté.
Moi, Français, j'ai grandi avec tous, Arabes, Espagnols, Italiens ou Portugais, toutes les confessions étaient représentées, chrétiens, juifs et musulmans, j'en ai appris la richesse de la diversité, j'en ai appris la vie cosmopolite de notre monde d'aujourd'hui, mes premières fiancées sont issues de ces communautés,
Je suis né et j'ai grandi dans le même quartier que Mohamed Mehra, Nougaro aussi, les Minimes ne sont pas si loin, nous avons tous été sur les bancs de la même école, l'école de la république, elle s'appelait « Ecole Jules Ferry », c'est pas des conneries. Issus de l'immigration ou non, nous étions tous les doigts d'une même main, nous composions ensemble le quotidien, on mangeait au même plat, cassoulet, couscous ou paella, c'était le temps de l'amitié, le temps de la paix.
C'est là-bas, moi qui suis loin aujourd'hui, c'est pourtant là-bas que j'ai appris la fraternité. Je suis triste, aujourd'hui, de voir naître en ce lieu un élan contraire… Ô Toulouse !

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 C'EST PAS GAGNE

La vie qui passe comme une longue course sur l'asphalte, non sur le moment certes, mais avec un certain recul; en live, c'est différent, les neurones virevoltent pour survivre à l'histoire, faut gérer la furie qui déboule à tous les étages, pas toujours le temps de philosopher sur l'instant, à vif, dans l'œil du cyclone, à fond les ballons, la démence tout azimut sur un fond surréaliste dans les affres de la tourmente entre un millier de claques qui volent tout autour comme seul environnement tangible, le décor est planté. La vie au quotidien, quoi.
Evidemment, y en a toujours un, de crétin, pour nous mystifier avec son sempiternel “c'est fou ce que le temps passe vite”, abruti, oui, va dire ça quand ça craint de tout coté sans joker aucun pour te retourner, les bons moments certes, mais pas la galère, quand elle s'installe, c'est généralement pour durer, la chienne, ça s'attache vite, ces sales bêtes, ça te colle a la peau pour des années, des décennies, voire des vies, c'est ainsi.
C'est pas pour gâcher l'atmosphère que je dis cela, c'est juste qu'il y en a marre de leurs refrains à deux balles, leurs sornettes débiles, leurs enthousiasmes redondants afin de se persuader que tout ça valait la peine d'être vécu, une façon comme une autre de ne pas se suicider tout de suite malgré ce doute qui plane intérieurement jusqu'à ton lit de mort. C'est pas gagné.
On va y aller plus léger dans l'aventure sans avoir à donner des gages de santé mentale à ce point inouïs afin de gaver ceux qui nous entourent que tout va pour le mieux puisque c'est si rarement le cas, hein ?! Jusque-là tout va bien… sauf que la démence devient exponentielle dans la sphère, et qu'on est loin d'être tiré d'affaire. Pas de quoi s'époumoner, donc, ni afficher des sourires béants à tout bout de champ, ça ferait chelou, pas crédible, des fois qu'on te prendrait pour un adepte de ces confréries ivres de béatitude prêt à s'émerveiller au moindre brin d'herbe rencontré en chemin ou autre scarabée déboulant sur ta route aveuglement tel un damné, moustique fiévreux, ortie phalloïde, fourmi tueuse, rafflesia carnivore, sangsue vorace ou bien même bouton d'or et coccinelle des neiges. Font chier, ces contemplatifs.
Pas besoin non plus d'en rajouter ô combien en sens contraire comme ces dingues enragés avides de tout exterminer, le genre humain en premier, le cinoche de ceux qui se proclament épris de bien-commun, de nouveaux bûchers en perspective pour enfin renaître à jamais, les sauveurs de l'humanité, un type récurrent dans l'histoire de la civilisation, un regard manichéen comme il n'en faut plus aucun, le cancer des fortiches et du super héros à la petite semaine davantage en quête de faire régner la terreur chez le voisin que chez lui-même, quoiqu'il soit capable de terroriser les siens aussi, le bâtard, le fils de sa race, le tyran, l'histoire de la poutre et la paille qu'on se fourre dans l'œil, quoi, un classique.
Je disais quoi, là ? Ah oui, la nuance ! Sans cet attribut dans la cervelle, rien n'est possible, un dialogue de sourds, je vous dis, une calamité, le bal des arrogances et des susceptibilités, la bêtise en avant toute pour seul étendard, seul drapeau, une tannée ! Y a mieux à faire, non ? Il suffit de considérer que l'on n'est point le seul élément dans l'histoire sans pour cela devenir le dernier pour autant, loin de là, il est définitivement hors de question de faire des concessions à ce point inouïes et perdre ainsi notre essence, notre poésie.
Suivant ce sage principe philosophique, ce matin, je me réveille, philanthrope comme jamais, juste avant de découvrir – stupeur ! – le chat du voisin qui niquait, là, tranquille, dans mon jardin, sur ma pelouse vierge, ameutant au passage le monde quasi entier par ses exploits sonores tout au moins. Il se voyait sorti d'un bouquin de Kafka, il se prenait pour un tigre, le con, il se la jouait roi de la jungle au pays des mille et une nuits, en pleine matinée ! Ni une, ni deux, je file chez le voisin manière de lui pourrir sa journée, personne n'est parfait. Je lui balance à la gueule son putain de chat tout en l'invectivant à souhait afin de paraître crédible dans ma démarche. Le voici carrément furieux, prêt à me lyncher avec ses deux molosses, un pitbull des Indes et un dingo australien, l'embrouille commence à prendre forme… Le moment idéal pour lui résumer la philosophie de ce pays, de ce peuple Thaï, en deux phrases seulement, je vous les écris afin de les connaître aussi : 1. Eviter le conflit en permanence ; 2. Tout ce qui n'est pas amusant n'est pas digne d'intérêt.
C'est pas gagné, hein ?! Je vous laisse sur l'affaire méditer. Pendant ce temps, je vais m'en jeter un petit, vous le croirez jamais, une cliente m'a envoyé de France une bouteille de Romanee-Conti, on croit rêver, je m'en vais de ce pas la goûter… à votre santé !

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 METISSAGE

L'ombre et la lumière… dans une danse légère sur une folle étincelle, une valse éclectique sur un tango argentin, une musique éternelle dans le silence des dieux, le yin et le yang dans toute sa sphère, sa poésie, son mystère.

Un bout d'azur et un petit nuage, un grain qui passe dans une flaque de soleil, une brise dans le palais des vents, un opéra résonne sous les cieux et puis un silence.
Un olivier planté dans une bambouseraie, un air de rien au milieu de tout, une vague et un palmier trônant sur les cimes, une odyssée particulière, pour lui, pour elle, les tropiques et puis les neiges éternelles.
Un diapason debout sur les flots en transe, un bateau ivre et le chant des sirènes, un bouquet de jungle en délire sous la voûte en plein océan sur un écrin d'écume.
Toi, moi et de la foudre dans l'atmosphère, des éclairs géants et le tonnerre qui déchire cet immense espace surréaliste aux confins du globe dans le pays des tsunamis sur la terre des volcans.
Un rivage oublié et le parfum des tempêtes, un ballet nuptial d'éphémères, les lucioles en fête sous la voûte dans la nuit des îles, une cigale et un grillon aussi, une alchimie qui passe dans l'atmosphère, une métamorphose et un élan lyrique.
Un air de Django et puis un nuage, une musique de Miles, So What, et ce putain de blues qui déchire la nuit sur le Domaine des Apsaras. Un bas-relief sur les temples d'Angkor ou bien sur le Borobudur, Aphrodite sous les tropiques et Shiva qui se prend pour Dionysos.
Le mystère féminin et la folie des hommes, un dièse sur un bémol et toute la sève qui se balance sous la voûte à cheval sur deux hémisphères.
Une brise méditerranéenne dans le palais des moussons, un bouquet de forêt primaire au cœur de la cité millénaire et une grappe de soleil sur des lambeaux d'orage.
Ta misère et la mienne dans ce monde en survie, un écho dans la zone et nos regards qui flambent sur une folle ivresse jusqu'au bout de la nuit.
Salade de fruits jolie jolie et le sourire des anges en guise d'ouverture sous les feux de la rampe dans l'aube naissante.
Une petite frimousse dans le petit matin, un clin d'œil, une grimace et la vie qui danse dans les yeux de Nina.
CHAMPAGNE!

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 UN DOUTE ?!

Seul et déambulant sous la voûte, sur mon bateau ivre, je vogue à l'appel des sirènes qui me dessinent ma route par quelques sillons habilement tracés sur l'écume afin de mieux me perdre. Facile, ma boussole est cassée, elle s'est emballée et n'en fait plus qu'à sa tète, elle a perdu le nord, elle l'a oublié, trop froid là-haut, faut pas déconner, c'est plutôt le sud qui la branche, moi qui la croyais à l'ouest, elle ne penche qu'à l'est, son dada, c'est l'Asie, c'est toujours vers là-bas qu'elle s'aimante, son caprice, sa petite folie. Moi, je suis.
Ebloui par la nuit, dérivant sur les rivages d'Extrême-Orient, le mystère s'épaissit et je glisse irrésistiblement. La magie s'installe, ici plus de carré, tout est rond. Des scènes inouïes défilent sur mes paupières, des opéras fabuleux surgissent devant mes yeux, un océan de lumière passe sous les cieux, un instant de grâce dans le silence des dieux. Ma vie entière dans ce souffle, dans cet élan, je n'ai idée du temps que dans le présent, sans devenir imbécile pour autant, j'ose ma vie sur d'autres éléments. Et même si cela vous parait consternant, demain n'est pas le chemin.
Entendez-moi bien, je n'explique rien, j'ai juste un peu de mal à comprendre tout ce qu'on me dit depuis ma plus tendre enfance. Témoin depuis toujours de ces renversants états d'âme, la vie, quoi, je n'en crois pourtant aucun, autant qu'ils puissent être à me soutenir leurs fables, leurs contes, leurs chimères, je tente un pas contraire, j'ose une autre atmosphère. Demain n'est pas le chemin, quoiqu'ils nous disent, c'est juste une façon pour eux de nous mystifier, papa, maman ou même le voisin, c'est juste un tic, une manière, un refrain récurrent quand on ne sait point se taire, quand on se retrouve sur la chaire à expliquer la vie à autrui… tout ce qu'il ne faut jamais faire.
Ce n'est pas que j'aime à pousser vers le sens contraire, o combien non, je suis plutôt bon public, est-ce une raison pour nous prendre pour des cons ?! S'il y avait un secret, depuis longtemps on le saurait, les secrets, ca ne se garde vraiment jamais, c'est ce qui se dit en premier.
Vous savez quoi?... j'y retourne dans l'histoire, dans la vie, comme nous tous, sans en faire tout un roman, sans appeler maman, je me balade ainsi sous le firmament, sans la ramener aucunement… à chaque jour suffit sa peine, ses tourments.
Tiens, j'ai un trouble à l' instant, je pense à Proust et à Dostoïevski… à la recherche du temps perdu entre crimes et châtiments. C'est juste pour taquiner mon pote Virgule, je lui avais promis de ne plus faire de références, il m'assure que ça déroute, parfois. C'est pas pour vous les casser, certes non, il n'y a pas d'élitisme a la clé, jamais, l'histoire de la littérature est là pour nous le rappeler, mais comment voulez-vous que je ne les croise de temps à autres, on vit tous depuis si longtemps ensemble qu'il serait con de les zapper, de Chateaubriand à Céline, d'Homère à Baudelaire, d'Horace jusqu'au dernier de ma race, « nulla die sine linea ». Et puis quelle importance ? plus personne ne lit désormais, la civilisation de l'image a tout emporté, un véritable tsunami, oui. C'est ainsi. Alors je me permets d'en saluer un ou deux en chemin, je ne peux m'empêcher, je vis dans un monde obsolète ou seuls les fantômes apparaissent… sauf que les filles sont là, ma fille et ma nana, pour me jeter à la face tous ces accents de la modernité… je vous rassure, rien n'a changé depuis l'aurore, depuis l'Antiquité, tout se décline, tout se conjugue avec les mêmes souffrances, la même poésie… c'est peut-être pour ça que j'aime tant la vie.
Allez champagne, c'est ma tournée !

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 LES COPAINS D'ABORD

C'est parti Mesdames et Messieurs, alchimie verbale puissance deux, un putain d'arbre au milieu et la sève qui jaillit sur les feuilles, sur nos cheveux, les racines du ciel plantées dans nos artères, dans notre imaginaire… un, deux, trois : feu !
Des cloches, des tambours, des gongs, des moulins à prières sous le soleil dans l'écume du jour; des psaumes, des cierges et des fumées d'encens sous la voûte embrasant le firmament dans la nuit du monde.
L'humanité s'éveille, rires et larmes abondent, rêves et cauchemars vagabondent, espoirs et vanités défilent sur le pavé, c'est la ronde folle qui commence entre arrogance et humilité, c'est selon selon, il y en a pour tous les goûts, à toutes les sauces, c'est le bal des pitiés, un hymne à la joie aussi, à la gaieté, un hymne fraternel et léger, c'est selon selon… entre guerre et paix.
Du cinoche grandeur nature à faire pâlir Hollywood et ses sbires, un théâtre latin recomposé avec tous les accents du monde, les couleurs de l'immensité. Un deux trois, j'ose : l'Iliade et le Ramayana sur les mêmes planches dans un radio-crochet, Shiva et Dionysos qui se la mettent cher, l'un est Rimbaud, l'autre est Verlaine, Robinson est là aussi, il fait son Crusoé dans l'ombre de Vendredi, toute la bande à Platon déboule telle une gay-pride dans la fumée des pétards sous les éclairs des feux-follets, une zone comme jamais. Romeo s'amène avec Orphée, Juliette, déçue, est partie rejoindre Eurydice dans les enfers, plus de place, plus de ticket, seuls les garçons ont pu entrer. Tristan a largué Iseult afin de se joindre a la rave, il se la joue Apollon aux cotés d'Ulysse, Penelope peut bien attendre. Le concert peut commencer, ils ont fait venir la Castafiore au Simon Cabaret, Aphrodite n'était pas invitée.
Putain, j'ai zappé ! Ca y est, je suis parti en live, excusez, c'est le rosé ! Le toubib m'avait pourtant dit de ne pas exagérer. Font chier ces toubibs, personne ne les écoute plus aujourd'hui, leur secret est percé, ils nous prennent pour des cobayes, pour leur garde-manger ; le serment d'Hippocrate, c'est pas fun, ils l'ont brûlé, seule la Benz compte avec le cash-money, pas de temps pour la pitié. De toute façon, on va tous crever, c'est ce qu'ils se disent dans leurs cabinets. Au suivant, bordel !
Non, je délire, Céline était toubib, ça se respecte, ces conneries. On va pas taper sur les profs, hein, on a tous fait ca en chemin quand on avait que dalle à se mettre sous la dent au hasard de nos pérégrinations afin de gagner quelques ronds quand dans nos vies il faisait faim. Le verbe, quoi. On va pas taper non plus sur les musiciens, sans eux, la vie serait la pire des nuits et puis comment écrire sans ce tremplin ?! On gagne du temps à la clé, sinon, il nous faudrait des millénaires pour accoucher de toutes ces proses, tous ces récits. Tiens, si on tapait sur les yachties, exceptés Michel et les deux Philippe, le noir et le blanc, le yin et le yang, le Barong et le Garuda, le Popeye des mers et Simbad le marin, les deux allumés de l'ile, c'est pas gagné !
Et puis laisse tomber les yachties, font chier aussi, on va mettre la pression sur Antoine, c'est le seul ici-bas à fonder une dynastie, allocations familiales obligent. Li et Lou ont beau servir de vitrine, mille et un enfants illégitimes trainent dans les rues, c'est promis, demain, j'avoue tout à Michelle… Ô putain !
Vous savez quoi? Bacchus m'appelle, il est tout seul dans sa cave, il aurait un petit vin pas dégueulasse à me faire goûter, on va y aller, on sait jamais. Virgule est au courant, il a reçu un SMS afin de se régaler, ils sont capables de siffler la bouteille, ces deux, faut pas trainer… Heureusement que Bobol n'a pas de téléphone et que Teten s'est barré, sinon c'était niqué, l'histoire. Stephan est a Katu, il n'aura pas vent de l'histoire, et Joce fait du tourisme dans les émirats… j'ai peut-être ma chance. Font chier tous, des pique-assiettes, ces radins, oui. Philippe à la guitare et Kamel dans le vent, flute oblige, pour quelques accents lyriques… Et Jean-Lou qui nous la fait Prince de Manchester au milieu de la nuit, je l'aime bien ce petit con, il a une folie commune avec ma fille, la petite Nina, ils sont tous les deux complètement dingues… c'est pas gagné. Sales mioches ! Et voici Hervé qui nous la fait je ne doute de rien, balaise, le mec, tout mon respect.
Et Violette aussi, déconnons-pas… sans oublier Jean-Pierre !
Je vous salue, mes frères !

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 CA DEVRAIT LE FAIRE

Sur un air de mousson, qu'elle se la fait, l'histoire, c'est pas commun que je sache, hein?! Ca ne rajoute pourtant rien au smilblick, qu'on se le dise, rien à tirer du contexte, des circonstances, que dalle. Juste une virgule qui passe dans l'air, un soupçon, un zeste afin de mordre dans la nuance et recomposer la sphère dans toute son atmosphère. Des petits bouts de rien apparaissent au beau milieu de l'infini, quelques lucioles dans la galaxie.
Et moi, petit homme errant dans l'immensité, comme pour ainsi dire tous, en quête de grâce et d'éphémère sur le domaine des grillons et autres cigales, je zone et hurle tel un loup sous la voûte à m'en déchirer les neurones jusqu'au bout de la vie. Epris de contes et de chimères, je m'aventure sur ces terres emplies de légendes et bascule dans le monde d'Homère, mon véritable père, c'est l'heure des mystères. Shiva est là, aussi, et des accents ramayanesques défilent sur mon odyssée, un bouddha géant surgit dans la haute forêt, nous entrons sur les terres des thévadas. Les génies sont là, des elfes, des fantômes en veux-tu en voilà, c'est le bal des esprits. Putain, c'est pas gagné.
Je m'attends au pire, à tout moment, c'est pour ca que je vis dans l'instantané, seul le présent m'occupe, seule la paix, je ne veux rien gâcher. Ma philosophie a peut-être quelque peu changée, il est vrai, depuis ce putain de tsunami. Tout ne tient qu'à un fil, et encore, c'est beaucoup dire, c'est déjà espérer. Quelques âmes s'animent afin de nous bourrer le mou, prétendant que le hasard n'existerait, un air sérieux au milieu du visage, une idée à deux balles, un accent pathétique sur un édredon de bêtise. Font chier ces nouveaux missionnaires, d'où qu'ils viennent, écolos, religieux ou bien humanitaires, prosélytes en tout genre, imbéciles en freelance. Seuls quelques-uns d'entre eux sont nourris par la flamme, beaucoup d'autres nous déversent leur trop plein d'âme, quitte à nous refiler aussi leurs axiomes simplistes, leurs théorèmes, aigreurs, enthousiasmes redondants et complexes mélangés, leurs tabous, leurs névroses, quoi, la nuance n'est plus de mise. Vous me direz, on s'en fout, peut-être pas malgré tout, on vit ici tous ensemble, on est tous locataire, quoiqu'on en pense, c'est pas une raison pour nous prendre pour des demeurés et commencer à nous l'expliquer, l'histoire, la rhétorique ne suffit pas, ni les bons sentiments.
Putain ! Des étoiles filantes comme s'il en pleuvait sous la voûte, des gerbes de lumière, des bouquets, c'est la fête dans la baie, Chalong s'illumine comme jamais, Rawai dévoile son rivage par la lune éclairé, et des lambeaux de mousson participent au spectacle, au show, un rêve, un mirage, là, sous les cocotiers, un accent particulier, un accent de liberté qui me semble échapper à la folie du monde… et même si cela ne devait durer que quelques secondes, ça devrait le faire.
Bonne soirée.

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 C'EST L'HEURE DES VOLUPTES

Bon, ça devrait le faire ou non?! Je sais pas trop à vrai dire, on marche sur un fil, on est tous des funambules malgré les certitudes, pour ceux qui en auraient, on file dans le mur à vitesse grand V. Pas de quoi en faire un fromage, il en est ainsi de tout temps, vraisemblablement, on se gausse du progrès a tue-tête, on s'en gave du petit déj au souper, on s'en repaît. Le progrès, dites-vous ?! C'est l'art de se faire la guerre sans se salir les mains, l'extermination propre, pas de tache de sang sur les jolis habits des dieux, ceux qui pensent le bien pour l'humanité dans un déluge de feu. Le progrès, quoi. On évalue ça à notre lunette de chiotte, a notre bidet.
Un pote m'écrit, on lui prend la tête afin qu'il se trouve un but à la vie, le sens des responsabilités, la femme et les petits, voiture, maison, économies. Il se contente de vivre sans crime, assassinat, mais ça ne passe pas, ça ne suffit pas, sans but pas de ticket, pas de cinéma. Ca tombe bien, des reconnaissances, il n'en veut aucune, il s'en arrange ainsi jusqu'au trépas. C'était sans compter sur les autres, il lui faut coller au projet, au divin apôtre. Sans but, pas de trêve, pas de repos, ça va pas le faire, on lui a pourtant dit devoir et patenôtre, le sens des prières. Il ne veut rien savoir et n'en fait qu'à sa tête, ou selon son cœur, dit-il d'un air moqueur, c'est pas gagné, p'tit Joce, amicalement votre.
Les copains qui débarquent sur un air de jazz, Bacchus est avec eux, quelques bouteilles de bon vin, rouge comme le sang du Christ, les enfants d'Homère qui se la font Iliade dans leur odyssée, les sales gosses au milieu de l'azur sur « nuages » de Django, un refrain de Miles, so what, et des accents d'insouciance dans un monde de pitié. Ici, pas de prophète, pas de casse-tête, on vit sur les notes de la civilisation grecque, on se la joue tous les modes, on extrapole sur toute gamme, on improvise sur un air de mousson, on ose toutes les clés. Rimbaud est là, à nos cotés, mauvais sang et puis le bateau ivre, il nous repasse le calumet et nous invite à fumer, des tabacs forts comme il disait, c'est l'heure des voluptés.

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 ILLUMINATION

C'est le dernier jour de l'année, ou le premier de l'autre, c'est vous qui choisissez… quand sera-t-il de la prochaine, hein ?! Les prévisions sont pas géantes, les chroniqueurs se déchaînent, voilà qu'on nous annonce le pire. Depuis déjà un bon moment, on nous parle d'apocalypse, rien d'original en vrai, pas besoin de lire dans les entrailles d'une chèvre ou d'un putois pour en connaître la matière, pas besoin non plus de plonger son regard dans les étoiles pour en apprendre davantage. Non, il suffit de se relire « Voyage au bout de la nuit » de l'ami Céline pour en deviner la substance. Je vous rassure, c'est loin d'être un scoop, ça commence à dater, le bouquin est paru en 1932, sauf que rien n'a changé depuis, c'est toujours d'actualité et ça m'étonnerait que ça change un jour. Le genre humain y est décrit comme jamais dans toute sa splendeur, sa vérité. Tout est dit sur notre réalité existentielle, aucunement besoin d'en rajouter, Céline a mieux fait que tous sur ce thème, ce sujet, aucune mystification à la clé, la messe est dite dans son entier. Ô putain !
Que cela ne chagrine personne toutefois, il en est ainsi, rien de grave en soi, c'est toute la vie, seul l'angle de vue change, c'est con mais ça vaut le coup d'œil.
Rien ne nous empêche de relire Rimbaud aussi, ses visions extatiques nous font toucher au miracle et ses délires métaphoriques nous ôtent toute limite. En somme, un océan de lucidité dans les fièvres d'un regard bien trempé et les transes de tes neurones dans cette folle zone sous une voûte incendiée. Des émotions qui passent en wagons dans l'atmosphère à la vitesse de la lumière, à fond les ballons.
Des volcans qui dansent tout autour et la peste qui rode, la pourriture de l'âme aux alentours, un rêve qui se dessine, une espérance qui naît sous son plus bel atour. Un ballet sous hypnose et la race des tiens sur le tremplin, cinq cent générations de bâtards qui s'envolent sur le machin, une civilisation entière dans la sphère, une putain de galère… passe en guise de caravane et une meute de clébards se déchaînent sur le rivage afin de coller au décor.
Et pourtant, des mystères comme s'il en pleuvait, des grâces en veux-tu en voilà, des grappes de sourires jusqu'au plus haut de ta hotte, des contes, des voluptés à t'en mettre plein les poches, a t'en remplir les bottes. Petit Poucet aux pompes de sept lieux, assoiffé de lumière jusqu'au bout de la nuit, j'ose semer mes cailloux dans la poussière, dans le vent, j'en balance à tout va, comment s'étonner, après, si je perds mon chemin, la générosité m'étouffe, je prends mes cailloux pour des pépites afin que tous en profite, je me prends pour Jésus après la marée, à la criée, miracle et poissons obligent, c'est Noël encore.
Vous savez quoi? Je vous abandonne sans pitié et sans aucune autre pensée, je vais chercher ma fille qui sort de l'école, je vais chercher ma princesse jusqu'au bout de l'aurore, cette fille m'étonne, du haut de ces sept ans, elle transcende mon être, mon identité, elle me fait toucher à l'inaccessible, à l'ultime volupté, elle m'empêche de devenir carrément dingue ou idiot… cinglé, quoi. Ce qui me laisse penser qu'on a toujours besoin de plus petit que soi, c'est ainsi et c'est tant mieux, depuis quand l'arrogance est-elle de mise, hein?!... Des conneries, oui, nous ne sommes que peu de chose, en vérité, mais assez pour ne point nous faire mystifier par le premier dingue venu, par le fou missionnaire épris de frissons à ce point mystiques. Aussi con que l'on soit, nous valons notre pesant d'or, non ?!
A peu prés que dalle pour ainsi dire…

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 SPLEEN

Je me balade dans la nuit de l'île, je baye aux corneilles sous la voûte et m'enivre de ces essences, de ces atmosphères, je passe tel un fantôme dans ce mystère, j'erre…
Je viens humer le parfum des moussons sur ce rivage, je baguenaude sous la danse des nuages, mes pas dans l'écume folâtre qui se la joue mousse de Champagne sur le sable.
Une mélancolie m'étrangle, je fais corps avec ces paysages, cette terre m'interpelle, cette langue me parle, ces voix, ces rires résonnent dans mes neurones jusqu'au fond de mon ventre…
Des rêves passent sous des lambeaux de firmament, des tranches de vie grosses comme des quartiers d'orange resurgissent jusqu'au tréfonds de l'âme, jusqu'au bout de ma souffrance, allez savoir pourquoi des moments de joie indéfinissable se métamorphosent quelquefois, avec le temps, en souffrance alors qu'aucun bémol n'est dans la sphère pour en diminuer la substance ?! C'est étrange… La nostalgie n'est pourtant pas présente, je la hais, cette chienne, qu'on se le dise, juste la mélancolie m'accompagne… J'entends un cri dans l'immensité, un putain de blues qui déchire la nuit comme jamais, allez savoir pourquoi je ne retiens que ça dans l'histoire, un vrai mystère ?!
Mon alchimie est telle qu'il me faut composer avec elle, les plus grandes fièvres m'habitent, les plus féroces, mon existence n'est qu'un délire paludéen, une parenthèse asthmatique, une balade en surf sur un tsunami, c'est ainsi.
Vous savez quoi ? je vais me débarrasser de la Grèce Antique, au panier (bien fait !), font chier ces Grecs ! A moins que ce ne soit déjà fait, d'où ma présence ici, peut-être, qui sait ? C'est mon ami Virgule qui me l'a soufflé, le thème, mais un vieux coté révérencieux me tenait à l'Olympe, déjà que je n'ai pas grand-chose, il m'a fait toucher à la misère, je n'osais l'anathème, un putain de réflexe judéo-chrétien, même si c'est né après, peu importe. A vrai dire, je n'ai point de révérence à faire, c'est juste un alibi pour dire plus encore, comment se taire ? Il faut faire feu de tout bois pour nourrir sa sphère, quitte à user de rhétorique pour embrouiller l'affaire, n'est pas caution qui veut. C'est pourquoi j'en rajoute, moi, enfant ailé de cette civilisation, moi, enfant de rien au milieu de nulle part, moi, la bohême dans cette folle jungle, j'en rajoute afin de ne paraître rien sur cette terre désespérée. Ce qui ne m'empêche point de saluer qui je veux en chemin, une virgule dans cette putain de vie, c'est déjà pas si mal, non?! Une grimace complice dans le petit matin afin d'y noyer son chagrin, hein ?! Un bouquet de palmes dans une flaque de soleil sous des lambeaux d'azur plutôt qu'un putain de mur, pour sur ! La vie, quoi.
Tout ça pour dire que civilisation grecque ou non, les Romains sont pas mal non plus, c'est eux qui héritèrent du cadeau, va t'en faire après celui qu'on dit être Alexandre le Grand… du Shakespeare, oui, du Corneille, du Racine. Si seulement Rimbaud m'était conté…
Bon, j'arrête de délirer, la vie n'est qu'une larme.
Vive le Siam !
Bonne année !

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 C'EST NOEL !

C'est le temps des pardons, des crèches et des santons, chacun s'anime dans son foyer afin de recomposer l'histoire comme si on y était. Le temps du petit Jésus, mon beau sapin, de la nativité… encore une bonne occasion pour s'en mettre jusqu'à plus soif, pour s'en remplir la lampe comme jamais.
C'est le temps d'allumer la cheminée ou bien la télé, c'est selon selon, ils nous ont mis Sébastien, ils ont viré le curé… putain, c'est pas gagné. Ils vont nous ressortir tous leurs animateurs, les meilleurs, les mêmes qu'on voit depuis tout bébé, ils étaient nés avant la télé, c'est le bal des fantômes. A moins qu'ils nous les aient clonés, qui sait ? Ils avaient la trouille de nous annoncer leur trépas, ils pensaient qu'on ne survivrait guère à une telle calamité, des fois que le suicide nous tenterait, ils nous ont ressorti Drucker et Sabatier.
Ce que j'en dis, moi, en vérité, pas grand chose, c'est juste pour rigoler, du moment qu'on se tape la dinde, ça devrait le faire. Pas celle de la télé, bien sur, je ne pensais point à Miss France, je n'ai pas cette élégance. C'est le temps des joyeuses agapes, c'est Noël. Enfin, peut-être pas pour tout le monde, vu ce qu'ils nous balancent aux infos, famines, révolutions ou tsunamis, c'est le temps des déluges, des grandes dépressions, des conflits. Il parait que la peste bubonique réapparaît, c'est confirmé, sans déconner, j'ai lu ça dans le “Paris-Phuket”, notre Télé 7 jours à nous.
Ce que j'en pense, moi, en vérité, pas grand-chose, c'est juste pour dire, pour rigoler, du moment qu'on se tape la dinde, j'en demande pas davantage, la dinde, c'est sacré. En Australie, c'est l'autruche qu'il se tape, eux, à Noël, le syndrome Obélix, leur sanglier à eux, de gros mangeurs, là-bas, à chacun ses délices, ses voluptés, à chacun son Noël.
Hier, avec les filles, nous avons fait le sapin, Noël oblige, il ne manquait plus que la neige, nous nous en sommes très bien passés d'ailleurs, les tropiques, c'est pas mal aussi. Ma fille veut un château en Espagne, le jour J, et une rivière de diamants au pied du sapin, il fait chier ce Père Noël, ça se voit qu'il a pas de mioche, lui, le con, sinon il ferait pas ainsi le malin. Elle a pété les plombs, oui, la petite fleur de lotus (ma fille), elle se prend pour l'aurore quand elle se réveille, elle lit ça dans les yeux de son père... c'est pas gagné.
On se prépare pour Noël avec ma fille... Ma femme est allée rejoindre les siens à Korat, elle en mourait d'envie, c'est moi qui l'ais envoyée dix jours là-bas afin qu'elle se fasse le nouvel an avec eux. Moi, la famille, ça tourne court, ma fille, ma nana quand elle est la,, un ou deux potes et aussi loin que je cherche, c'est à peu près tout, je vois pas davantage...
On va donc se faire Noël tous les deux avec Melle Nina, je vais me payer une bonne bouteille (c'est tous les jours Noël!), rouge comme le sang du Christ puisque je crois savoir que c'est son anniversaire, et un IPAD pour Nina, elle voulait un château en Espagne comme je vous l'expliquais alors, mais je vais m'en tenir à l'IPAD, c'est pas mal non plus, hein?!
Nina veut aller en France en vacances, j'ose pas lui dire mais l'argent que je gagne, je le dépense, on ne sait jamais de quoi demain sera fait, va t'en lui expliquer, c'est pas gagné... un IPAD, c'est déjà pas si mal, non?! ça coûte un bras, ce machin, 20 000 bahts pour être précis, alors le ticket pour la France, il va falloir attendre...
On pensait être 40 pour Noël, comme dans l'histoire d'Ali Baba, finalement on sera que deux, c'est déjà pas si mal. On va se taper la dinde, ou bien l'autruche si jamais, et on va aller braquer les cadeaux du Père Noël, on va lui faire sa fête, on va le dépouiller comme jamais, on va le mettre à l'amende, on va même lui braquer sa charrette pour filer dans la nuit des îles à fond les ballons, saloperie de Père Noël, une sacrée ordure, oui !

Dites, vous avez vu, ils vont bâtir une cité sur la lune, ils vont y déporter tous les dingues, les allumés, je sais pas vous mais, moi, ils m'ont déjà filé un ticket, je l'aurais gagné dans un concours télé, je serais le premier, il parait, pour une fois que j'ai du bol. C'est Noël !

Je vous la souhaite joyeuse, la veillée… c'est pas gagné

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 ATMOSPHERE

Je me tape un verre à la santé du monde, du vin rouge comme le sang du Christ, un bon vin de messe, je ne vous dirais point lequel, ça vous rendrait jaloux. C'est pas pour faire le malin, mais c'est du bon, un de ces vieux vignobles plantés par nos amis Romains, y a deux mille ans sur ces terres qu'on nomme le panthéon de Bacchus, vous voyez?! Par contre, ça coûte un bras, faut vraiment être léger pour se lâcher, deux semaines de diète après, un petit ramadan en somme, un festival végétarien.
Ne gâchons-pas l'atmosphère, et goûtons-ça avec respect, le coté religieux de l'histoire, des gens ont tout donné, leur amour en chemin, de fameux alchimistes, oui, des épicuriens, des hédonistes. Moissons et vendanges sur des terres de légendes, et Homère qui resurgit pour nous conter l'histoire, c'est parti.
Putain, il est bouchonné, et moi qui m'étais saigné jusqu'à plus soif afin de toucher au miracle, c'est à pleurer. Ouvrons une deuxième, la bouteille, c'est sacré, faut pas déconner, hein ?! Putain, je le crois pas, je vais buter le marchand, je vais lui faire rendre gorge jusqu'à la lie… Et puis, non, je vais lui ramener le tout bien gentiment, philosophie oblige, et… je vais lui faire bouffer les deux bouteilles entières, je vais le faire courir jusqu'en Bourgogne afin qu'il me ramène les deux mêmes. Je déconne, depuis dix ans que je ne suis revenu dans l'hexagone, je bois les meilleurs vins de France, et tous ne sont pas bouchonnés, c'était juste une entrée en matière. Phuket a ce coté extravagant qu'on trouve tout en son royaume, cette île est une idylle, qu'on se le dise. La raison n'a plus de mise, on touche au panthéon. Je vous défie de me dire ce qu'on ne pourrait trouver sur l'île si ce ne sont les neiges éternelles, hein?! Cela dit, qui s'attendrait à les trouver sous les tropiques ? Faut pas rêver !
Cette terre est légendaire, elle recèle encore mille et un mystères, des flaques de soleil l'inondent de toute part, elle ruisselle. Les flots de son rivage la bercent depuis des millénaires, elle baigne dans cette Mer qu'on appelle Andaman, plantée ainsi au beau milieu de l'océan, détachée du continent depuis à peine deux mille ans. Mais, aujourd'hui, reine des îles car la plus grande dans ce royaume, la plus belle de ces contrées, celle qu'on dit posée comme une perle dans le plus bel écrin.
Une dimension existentielle l'anime depuis toujours. Là, sont venus se sédentariser ces fameux gitans, anciens nomades de la mer des archipels birmans jusqu'à ceux d'Indonésie, les Mokens, ils ont élu ces rivages et les ont rendus désormais mythiques, ils les ont choisis. Dans ces temps-la, ils n'avaient que l'embarras du choix, on peut leur faire confiance, la civilisation des loisirs n'était pas née. C'était le temps de l'empire romain, ici naissait la première civilisation bouddhiste theravada, fraichement arrivée de l'ile de Sri Lanka et principalement installée sur l'ile de Sumatra ainsi que dans l'Isthme de Kra, dans cette ville de Nakon Srithamarat, non loin de Phuket. Les Mokens, eux, étaient déjà là.
Comme nous, ils choisirent cette terre, comme nous, ils y restèrent, peut-être y mourrons-nous ensemble ? Qui sait ? Il parait que pour renaître ici, sur cette île de légende, il faut y mourir aussi, je veux bien tenter ma chance. Finalement, c'a du bon la métempsychose, la réincarnation, on se la joue transmigration de l'âme, on se la fait tout feu, tout flamme. Même Kafka en pèterait d'apothéose, il kifferait comme jamais, entrez dans la danse aux métamorphoses… on peut rêver. Et pourtant, la religion des mystères, rappelez-vous, ces trois mythes conjugués, Dionysos, Orphée et Déméter, dans l'Antiquité Grecque, ils y croyaient aussi, ils cultivaient cette atmosphère.
Allez, je m'en refais un petit, pour la route, je vais méditer sur ma prochaine vie, celle-là n'aura pas suffit, un vrai bordel, oui. En attendant, je me retape un verre… Thierry

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

Salut vous,
Appelez-moi Stakhanov, j'ai beaucoup bosser, certes, au moins deux ou trois jours semaine presque, une pause sur le chemin des misères, six jours en novembre pour être précis et quelques pièces dans l'escarcelle afin de tout payer ou presque... quelques bonnes bouteilles partagées avec les muses et le chant des cigales pour me distraire, font chier ces fourmis.


LE SAUT

Une putain d'histoire, oui! Un saut à l'envers dans cette vie-là et peut-être même dans la prochaine, inouï, non?! Vous suivez, j'espère? Sinon, ça va pas le faire. Une histoire de cabriole, donc, une histoire dingue, voire carrément folle, le saut de l'ange dans les affres de la démence, une inédite page sur ce chemin qui ne mène à rien, un interlude sur des lambeaux d'azur afin de toucher au miracle, on se passera de l'oracle.
Je disais quoi, déjà? Ah oui, une putain d'ivresse sur un fil inespéré, le trip du funambule, quoi, la zone sur un trop plein d'azur, les deux pieds dans le plat et ta langue qui fourche, c'est jamais gagné.
On peut cependant douter, la folle étincelle, on peut même se renverser, qui sait ? on peut grave se la jouer, on peut tout faire et aussi le contraire, c'est selon selon, mais pas toujours, ca dépend du hasard, ça dépend du bon vent.
Des grappes, de l'eau bénite, et un suppositoire en guise de tremplin pour l'écho de ta panse, pour le fun des intestins; aujourd'hui, on se lâche, c'est Byzance. Des crêtes mélancoliques qui fusent sous la voûte à la vitesse des étoiles filantes et tes neurones qui captent la lumière dans un déluge digne de l'apocalypse, c'est la fête aux neuneus ! Le feu de tes entrailles et la folie de ta cervelle, une juste balance, la sphère dans toutes ses nuances.
Des feux tout flamme sur le rivage et Rawai qui s'embrase comme une cigarette, comme un bâton d'encens sur le royaume des fantômes, j'en perds tous mes esprits. Une armée d'ombres défile dans la nuit de l'ile à l'assaut du moindre vertige dès que les néons s'allument, tout un monde se presse et grouille, c'est le ballet nocturne des insomniaques, une ronde noctambule.
Un ballet nuptial d'éphémères et le feu des lucioles sous le firmament, un bouquet de sourires et ce putain de cri dans l'immensité, le bonheur dans ses nuances, dans toute sa tragédie.
Souvent du fiel, ce cancer, beaucoup de folie, du cinéma en veux-tu en voila, au petit bonheur la chance, quoi, si ce n'était cette démence… Le monde des paradoxes sur une planète perchée dans la dernière des galaxies, une extrapolation dans l'univers des vivants… la vie, la mort, c'est pareil, ca tue pareil.
Les anges aussi, les bons et les moins bons (les moyens, quoi), un défilé sur le chemin de l'existence, et quelques dièses dans les trappes de l'espérance. Quelques bémols aussi… et tes neurones seules capables d'appréhender toute chose afin de survivre à la zone, avec un peu de chance pour ne pas sombrer. Gardons ces facultés mentales et de cœur aussi issues d'un fond de bon sens et de savoir-vivre malgré toutes nos épreuves afin de rester sympas, si jamais, il est hors de question de se faire dominer par l'aigreur ; sans pour autant se sentir obligé de sourire béatement et de relancer l'enthousiasme à tout moment, chacun fera ce qu'il pourra, à chaque jour suffit sa peine.
Ceci dit, carpe diem d'abord, sinon on est mort, on ne peut rien réussir sans cet adage-là, une formule arithmétique en somme, l'éphémère en rêve et en identité. Ne me soupçonnez-pas d'avoir à ce point trop de légèreté, il n'en est rien, des tonnes s'amassent à mes cotés que je traîne comme un boulet, une tannée en vrai, de casseroles, un véritable ballet, oui, un océan de pitié, c'est loin d'être gagné, personne n'est parfait. Je me masturbe les neurones dans les transes de ma cervelle à m'en faire péter les méninges, ça le fait son et lumière, de tous les coins ça fuse, ça bondit et rebondit, c'est la foire aux mélancolies. J'ai beau faire et refaire, ça le fait pas du tout, j'ai du zapper un ou deux bouts, à trop vouloir croquer dans l'atmosphère, j'ai marché sur les tabous comme sur des braises on le ferait, sur des cailloux.
J'ai filé, là-bas, du coup, sur la terre des volcans et des tsunamis, quelque part en Asie, tout au fond de ma vie, au royaume des bambous… et dire que certains me croient fou.

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 C'EST TOUS LES JOURS DIMANCHE !

Tiens, une onde de volupté qui passe sous la ronde des astres, un rêve tout en couleur, là, à portée. Pas de quoi s'époumoner, en vérité, quelques dièses avant que les grandes orgues ne sonnent sur un air d'apocalypse. Ca y est, j'ai encore plombé l'atmosphère… fallait pas me faire confiance, fallait me couper les doigts comme ils ont fait à Victor Jara, fallait appeler au pugilat. Je vous l'ai pourtant dit, les armes, les mots, c'est pareil, ça tue pareil, des missiles que tu prends dans le bide, les orgues de Staline…
C'est juste pour dire…
Tiens, ma fille qui me fait une crise, existentielle je veux dire, il lui pousse des ailes, des accents de mélancolie, un spleen digne de son père, c'est pas gagné. Je peux comprendre, ceci dit, à son âge, j'en étais déjà ô combien imbibé, la charge me faisait quelquefois plier, fils d'Homère, je voyageais dans mon odyssée…
C'est juste pour dire…
Tiens, les infos qui commencent, des suicides, des guerres, des catastrophes, des tsunamis, c'est parti. Un cocktail Molotov sur ton petit déjeuner, crimes et châtiments sur ton rêve de paix. Un bordel, oui, la course dans les enfers, la vie dans toute sa simplicité, sa vérité, un monde de clébards, tous enragés, et un nonos en guise de pompon dans les transes des hymnes, des défilés.
C'est juste pour dire…
Tiens, un nouveau projet qui naît, je tente de m'associer, manière de participer puisque je suis sollicité, la meute qui débarque, tous les dingues du lieu, l'arène mise à feu, pas de quartier. Un hôpital psychiatrique, oui, des poubelles comme s'il en pleuvait, des redondances a deux balles, des arrogances avec, en magasin, que dalle; et ca voudrait t'expliquer la vie, le monde des rêves et la philosophie. On croit rêver, c'est le bal des furies sur un air d'été, font chier tous ces ânes, ces imbéciles dans leur costume de papier. Un parachute, une bouée pour vite s'échapper.
C'est juste pour dire…
Tiens, le fantôme de Boulbet qui vient me visiter, on se relit Montaigne, La Boétie, on se fredonne quelques airs, Brassens oblige, celui qui troussa la chanson française, disait-il, la danse des superlatifs, et la mémoire qui jamais ne flanche, les copains d'abord.
Une balade sur les sentes des sylves, son rêve illuminé, et un sourire largement déployé devant son astre, le keriodoxa (elegans, s'il vous plait), un incomparable palmier, une grâce dans les profondeurs de la haute forêt.
Retour à la ville et un repas autour d'une bonne attablée digne de Rabelais, des débats, des rires et des coups de poing sur la table en toute franchise, en toute amitié, ici pas de chichi, de cinéma ni de mines pincées, c'est le temps des agapes, une joyeuse équipée.
C'est juste pour dire…
Tiens, mon ami Virgule danse dans la nuit des îles, il m'envoit des proses à fracasser les anges et ose les suivre dans leur sillage tout au bout de la nuit jusqu'au parfum de l'aube, il se la joue lutin dans le petit matin et transcende nos rires, nos larmes sur un air de mousson. Chez lui, le verbe bondit et resurgit au milieu du cratère tel un volcan qui délire dans l'atmosphère, le souffle des éléments dans le palais des vents, il taquine la rime et nous jette la foudre de son imaginaire, il balance son foutre au milieu des géants, c'est le choc des titans.
C'est juste pour dire…
Tiens, Stephan qui nous met le feu a l'azur, il trampoline sur les décibels, ces filles le prennent déjà pour l'enfant caché de Marcus Miller, sa femme le prend pour le petit frère d'Arthus Bertrand, y a que la vieille qui reste lucide, elle le sait cinglé depuis le début, pas cons ces vieux, hein ?!
Je déconne, c'est de la balle... bravo !
C'est juste pour dire…
Tiens, c'est reparti sur la route des temples, faut bien bosser, un parterre digne de la Grèce Antique comme invités et le salon de Platon qui file sous la voûte à l'assaut des nuages et des vertiges qui passent. On grimpera sur la montagne aux oiseaux-mouches, un opéra grandiose défilera devant nos yeux sous le regard de Kuan Him et du Bouddha Doré. Ici se dresse le plus beau des chédis, très haut perché sur le domaine des génies.
C'est juste pour dire…

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 LA DENGUE !

Tout est niqué, je vous le dis ! C'est ainsi. Aucun espoir, quoi qu'on en dise… L'espoir, la belle histoire, des contines pour les tout petits, oui, des formules quand on ne sait plus quoi dire afin de relancer l'enthousiasme. D'un autre coté, on le savait déjà et ça n'aura pas servi à grand-chose que cette connaissance-là. Donc… on reste comme des cons… malgré les circonstances, si ce n'est quelques mystères rencontrés en chemin qui constituent ce qu'on appelle le monde des exceptions, vous voyez ?! Parce que moi, parfois, j'ai du mal, vraiment. Je fais pas exprès pourtant, sans rire… J'ai du chopper une folle dengue, j'ai beau chercher, je ne vois d'autre explication. Sauf que ça commence à durer, l'histoire, j'ai dépassé depuis longtemps crête ou abysse tout genre confondu, je défie la sphère des statistiques, une putain d'énigme pour l'univers des spécialistes si tenté que cela ait un jour existé, les spécialistes ?!

Les fièvres sont là, certes, depuis si longtemps que je ne sais plus vivre sans, une fidélité sans tache nous lie, des extases nous accompagnent, on se la joue tango dans nos errances paludéennes, on se la joue cerise sur le gâteau.

Boulbet me disait que la vie était toujours plus forte. La vie, cette chienne-là, je la respire jusqu'au bout de mes neurones… et plus encore. C'est toute ma quête, c'est ma conquête ! J'irai marcher sur les braises si elle me le demandait, la vie, j'irai cracher sur les tombes. Je serai même capable de plier sans elle, comment faire?! Je suis amoureux de la vie, c'est tout mon drame, ma litanie, je ne peux vivre sans elle… jusqu'à l'infini, jusqu'à mon lit de mort.

Des élans lyriques m'inondent, me bouleversent, je tourneboule dans cette atmosphère. Des poussées mystiques, des raz de marée mélancoliques affluent de tout coté, me percutent, je chavire, je me noie mais trouve, je ne sais comment, quelque oxygène, trois petites bulles posées à la surface que je tête comme un damné. C'est la saison des tsunamis.

Santé !

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 LE PARADIS SI JE VEUX.

Je reviens du cinéma avec ma belle, du coup, j'en finis ma prose un peu dingue, un peu folle. Elle me ressemble (ma prose, non pas ma belle) et grâce a elle, je m'évapore, elle me tient par les couilles, elle me libère ou m'aliène, peut-être, peu importe, je vis avec elle.

Tiens, pour se détendre, deux minutes de silence sur une petite prose légère afin de reconsidérer l'histoire et parfumer l'atmosphère. Une grappe de mots sur une feuille blanche tel un dépucelage, deux ou trois taches d'encre comme un volcan de foutre entre la robe et l'échelle pour grimper au rideau et libérer ton âme de tous ses oripeaux. Font chier tous ces ânes, ces imbéciles dans leurs habits de cardinaux.

La guerre et quelques instants de paix, l'essentiel d'une vie, cette folle alchimie, du Tolstoï en vérité, oui, un théâtre d'ombres et quelques jets de lumière sur le chemin des gémonies dans l'écho des plaintes des suppliciés. Le quotidien, quoi, et la race des tiens pour témoigner de ce pugilat sur des millénaires dans les affres de la civilisation. Un christ ensanglanté sur le coin de la gueule dès que tu nais et ses plaies pour te réjouir dans les transes de la culpabilité sur ton chemin de croix. Le paradis si je veux. Et des millions de casseroles accrochées à ta queue dans le silence des dieux afin de prévenir la meute de ton entrée dans l'arène. Crimes et châtiments sur ton rêve de paix et ce putain de mur pour te lamenter. Peines et tourments comme seul chapelet et cette vaine espérance en guise d'eau bénite dans ton gobelet. Un poisson pourri dans ta gamelle au déjeuner et une couleuvre à t'avaler au moment du diner. La misère en auréole et en identité, une promesse de félicité, mystification oblige, et un élan, peut-être, sur le pont des suicidés. Le paradis si je veux.

Quelques fantômes m'accompagnent, chemin faisant, témoins vivants de ces scènes qui roulent sur mes paupières à m'en faire péter l'œil, de ces paysages dingues qui peuplent ma cervelle, hantent ma mémoire et incendient mes neurones jusqu'aux tréfonds de l'âme, jusque dans mon ventre. O Seigneur !
Entre religions du livre et bouddhisme theravada, sans dieu ni maitre, je bondis, moi, l'enfant d'Homère, pourtant épris de lyrisme et d'élans mystiques mais fils de Descartes et des Lumières aussi, je bondis hors de la sphère à m'en faire péter la rondelle jusqu'a la lie, je jouis. Ma bible : Céline, le voyage, et les poètes maudits.
Moi qui n'ai pas souvent dit maman, je pleure ma mère comme un enfant, je fais feu de tout bois et me prosterne devant l'astre lunaire, fasciné, j'en perds tous mes esprits. Pleine ou croissant, j'en savoure tous les instants, je m'y répands.
A la grâce de dieu ou bien du vent, plume et langue bien perchées, le verbe émancipé, je passe, les godasses trouées, entre désert et océan. Cigale ou grillon, je crève la dalle bien souvent, au hasard des saisons. Je parle aux arbres et aux oiseaux, je bavarde même avec les chiens, je me suffis de que dalle, d'un moindre rien.

Né rat, version Chine, horoscope oblige, et clébard aussi à force de trainer dans la rue, je m'invente une famille, la mienne, celle des romanos, des moins que rien, les fous du roi, les saltimbanques et vis sur le rivage des gitans, ceux de la mer, ces fameux Mokens dans la Mer Andaman. Ici, pas de cinoche, les protocoles, y en a aucun, on n'en fait qu'a sa tète, ou selon son cœur comme ils le disent dans leur langue, à chacun ses images, ses métaphores, à chacun sa zone, son histoire, sa poésie.
Enthousiaste barré, à la limite du péché, je pleure de multiples vies dans le sourire, je me lache, o combien, sans retenue et sans frein, j'ose me branler dans le vent et me foutre de tout, sans peine à jouir. Je me la joue dièses dans leurs bémols, je me la joue opéra, ivre et basané, je me la fais théâtre d'ombres dans mon royaume. Une saison en enfer, et même le paradis si je veux.

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 ENFANT DE NULLE PART AU MILIEU DE RIEN

Issu de la cité au hasard des rues, les poches vides et l'âme vagabonde, je zone sous la voûte en quête de grâce, de volupté, les neurones aux aguets et le verbe en guise de moteur et de bouée.

Dans ma besace, mon balluchon, un bouquet d'éphémères et un calice empli de contes, de chimères, mon garde-manger, mon panier.
Entre ciel et misère, grappes d'azur et morsures, je chemine ainsi sur un parterre de palmes et d'épines jusqu'au bout de la nuit.
Des scènes dignes de la genèse ou de l'apocalypse imbibent mes pupilles à s'en faire péter l'iris, les yeux bouffés par tant de lumière, tant d'incendies.
Entre élans mystiques et raison pure, je parcours ces terres à l'affût du moindre lièvre ou tortue, je cigalise pendant que les crapauds-buffles s'égosillent sur un air de mousson. Désespoir lucide ou bien compassion, mes étapes s'enchaînent au rythme des saisons dans ces contrées ou surgissent volcans et tsunamis.
Eventré de lyrisme, je succombe sous la charge, je me noie… avant que, je ne sais comment, un instinct premier ressurgisse… à moins que ce ne soit cette démence inouïe, cette dingue folie qui me sauve, je n'en ai aucune idée, je me contente de ressusciter, appelez-moi : Lazare.
Et dire que certains veulent vivre un siècle, a mon âge j'ai déjà cette impression, cette illumination, et je suis déjà usé, o combien. Rimbaud, Céline, Cioran, ou êtes-vous ?!

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

Du bleu à l'âme… j'ai choppé ça comme un courant d'air, en passant, au milieu de rien sur un bouquet de tempêtes entre ciel et terre. Des flots de mélancolie déferlent sur mes neurones a la dérive… c'est la fête aux neuneus !! Je me retrouve, seul, devant mon identité, latin que je suis, et un peu grec aussi… entre tragédie et comédie, je surfe sur la vague de ma folie… entre Homère et Socrate, j'hésite : le rivage ou le large ?
Déjà petit, ça déconnait grave. J'arrivais pas à me concentrer. J'étais perché. Pour dessiner, par exemple, à l'école ou au catoch, quand il fallait croquer papa, maman ou le Christ… je leur dessinais un cocotier. Ni une ni deux, ça les calmait. Enfin, pas toujours, des fois, ça libérait leurs furies. C'était plus fort qu'eux. Pour les bluffer, je leur récitais n'importe quoi à l'imparfait du subjonctif. Des fois, ça marchait, ça leur coupait le sifflet. Plus tard, entre Jimmy Hendrix et mai 68, j'abordais la modernité. Quelques accents de Rimbaud dans la pupille, un bouquin de Muriel Cerf en poche, le diable vert, et vogue la galère… humer le parfum des tempêtes sur les rivages oubliés, vous voyez ?!
Moi, je voyais pas tout à fait encore. Il m'a fallu plonger dans le voyage… jusqu'au bout de la nuit. Sacré Ferdinand !
Aujourd'hui, c'est coton. La vie, quoi. Un petit bout échappé de l'azur, une jolie grimace sur le domaine des apsaras… et mon fantôme qui flotte dans ces tropiques insaisissables. Voyage jusqu'au bout du mystère… peut-être?!! Orphée, encore… je suis fatigue. J'ai du bleu à l'âme…
Bacchus m'a privé des dernières vendanges. Zappées, les folles agapes… zou ! Pas une grappe… que dalle! Pas facile, après… la philosophie, tout ça. Le coup du nonos… on veut pas le lâcher, forcement, ça fout un coup. J'entends un chant. Un blues qui déchire la nuit sous les feux follets, un accent lyrique dans l'immensité. Aya ! Pas facile a gérer, j'ai raté un épisode, joker, non?! Tant pis, alors… Putain, ça va pas le faire, la !... laissez-moi 2 ou 3 secondes, le temps de reprendre mon souffle, Eole m'a mis a terre… un rêve de sultane, un petit bout de lune posé sur ce rivage… la bible et le coran face a face, un poids séculaire sur le coin de la gueule et toute la misère du monde sur ma soutane. J'ai pas tout compris… demeure l'essentiel, non ?! J'ai du éluder un truc en chemin, le cote littéraire afin de mordre quand même dans l'atmosphère. Vous ne voulez tout de même pas que je me foute sur la croix… alors, restons dans la métaphore. Jai ien ien. O putain ! c'est pas gagne... j'ai beau faire, j'ai un peu de mal, je vais peut-être pas y arrivé du premier coup, hein ?! J'ai pas droit a un malaise, la?!... allez, un p'tit malaise, quoi, pour le fun ! Je disais quoi, là?! Ah oui, Aphrodite, Héphaïstos… les conneries du genre, version je te la mets à froid dans la stratosphère sous les néons des dieux… la cigale et la fourmi en plus, c'est tout. Pas de quoi en faire un fromage, non?!
Je vous sens distrait, la. Un manque de concentration, sans doute, un p'tit chagrin occasionné par des vents contraires sous le feu d'Hélios. Un abysse, une crête et c'est reparti. J'ai du blues à l'âme…

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 ALCHIMIE

Putain, c'est parti !... Quelques météorites se lancent à l'assaut de cette éponge qui me sert de cervelle, et percutent mes neurones à fond les ballons. Elles hurlent, les folles, sous les flammes, baignant dans un océan de braises échappées des enfers à la gloire de l'apocalypse… Un délire haut en couleur, juste là, sur mes pompes… sur la fourche du diable et dans les crocs du Cerbère !

Une onde de choc digne des gémonies sur le chemin du purgatoire, une marche à l' envers pour une chute en or, une chute qui pèse...

Un tremplin à délires sous la voûte et le tout en vision panoramique, le feu de la terre, en direct, rien que pour ta poire, et l'écran qui t'écrase la gueule te vociférant dans les feuilles l'écho des prières sur des millénaires. Alléluia !

Des ombres qui passent et la lumière qui se la joue redondance, c'est le bal des furies qui déboule dans l'arène, la foire aux mélancolies, une balade en surf sur un tsunami.

Les neurones à vif sur un chemin d'épines, j'entre dans la ronde épris de frénétiques danses jusqu'au parfum de l'aube, dégoulinant d'aurore et de transe. C'est la full moon party sur le domaine des génies, un morceau de spleen, version tropiques, vaste comme un incendie sur un bouquet de fièvres puissance mille. C'est balaise, je vous le dis, c'est de la balle, c'est du lourd...

Perdu dans l'immensité au milieu du néant sous la voûte, j'ose trois pas dans le silence des dieux et, les deux pieds au bord du gouffre, me jette sans parachute, dans ce vide, dans cet abime. Alléluia !

Issu de la Grèce Antique et du christianisme, enfant de Descartes et des Lumières, barré comme Rimbaud ou bien Céline, je chemine aux cotés de ma fille sous le regard des anges en toute évanescence, je ne suis pas un exemple.

Ami du Bouddha aussi, vivant en terre theravada, à cheval sur deux parallèles, Iliade et Ramayana, Dionysos ou bien Shiva, je parcours ces contrées jusqu' à la lisière des confins insoumis, j'entre dans ce domaine ou les ombres sont reines.

Des élans lyriques sous le firmament, des bagatelles, des massacres ; la misère en arrogance, errance oblige, et l'âme des humbles dans mon panier, dans ma besace… c'est mon marché à moi, messieurs dames, c'est mon casse-dalle.

Un hommage, en passant, a deux héros des lettres modernes, Rabelais et Pivot, l'un avec l'almanach, l'autre avec apostrophes, ces deux géants qui ont fait entrer la littérature dans nos chaumières, dans nos putains de vies…

Et puis, juste pour le fun, un bonjour à Fabrice Luchini, le seul mec qui réconcilie Aristote et Platon, l'ami de Céline et de Cioran, le troubadour de la scène, le jazzman de la syntaxe, notre conteur à nous…

Elle est pas belle, l'histoire ?... Une putain d'aventure, oui !

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 FRAGILE

Tout ne tient qu'à un fil quoiqu'on en dise, quoiqu'on en pense. Je traine ce précepte depuis ma putain d'enfance, seule certitude devant l'éternel, seule vérité. L'enthousiasme développé en chemin, agapes et rires, n'y change rien, que dalle. C'est ainsi, aucun chagrin, aucune larme à la clé, pas besoin d'en rajouter, aucune litanie, pas de cinoche particulier ni de grandiloquence dans cet énoncé.

Entre misère et volupté, entre rage et fatalité, quelques bulles de spleen crèvent l'atmosphère comme autant de pétards mouillés, de danses éphémères dans un élan mort-né.

Tout ne tient qu'à un fil quoiqu'il se passe, cet adage ne souffre aucune exception, aucune contradiction ; un chemin de croix en guise de parterre étoilé et un fouet pour te défouler, si jamais, dans les transes de la culpabilité. Alléluia !

Entre dogmes séculaires et laïcité, entre bonnes intentions et état policier, écolos ou bien curés, plus d'espace pour oser respirer, plus de champ ou planter ma graine, ma liberté… je ne suis qu'un humble, qu'un damné. Marre des ces grands seigneurs de l'Histoire ou de la modernité, le monde reste à inventer.

Epris de douces folies, de légèreté, je zone sous la voûte a la recherche de mon moi évaporé, de mon péché. Malgré tous mes excès, ivre de genèse et d'apocalypse, je titube a l'approche de ces mystères qui emplissent ma sphère, je me la joue religion du livre ou bien enfant d'Homère.

Le tout sur un air de mousson entre monolithes karstiques et lambeaux d'azur, c'est mon décor surréaliste, mon panorama en terre theravada sur le chemin des apsaras. Shiva ou Dionysos, Jésus ou bien Bouddha, Iliade ou Ramayana, je vogue entre deux mondes à la lisière de la schizophrénie.

Tout ne tient qu'a un fil…

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

Ce soir, c'est mon anniversaire
Alors je me suis laché, je vous en ai compose une belle
Une barrée, une éphémère
Une dingue qui donne des ailes
Santé !

ET POURTANT…
Au saut du lit, une grappe sur le tapis, un rêve inassouvi et ta misère en garantie. Ta sève, ta rage et ton essence en alchimie, soit à peu près que dalle sous la ronde des astres. Jusque-la, on est d' accord.

Et pourtant…
Un petit bout de folie qui passe dans la nuit, un mystère à ce point inouï que j'en perds tout instinct de survie. Cette petite souris me cloue jusqu'au parfum de l'aube, jusqu'à la lie. Du souffre, du miel et de la fleur de sel. Ta vie, la mienne… soit pas grand-chose, en vérité.

Et pourtant…
Le bal des chimères, la roumba des illusions et des petits bouts de rien jusqu'à l'infini. Une crête, un abysse et tes phantasmes qui surgissent au milieu de la nuit. La course du funambule dans le silence des dieux sous le regard des anges.

Et pourtant…
Ta vie qui passe comme un fantôme et ton âme qui flambe dans la tourmente. Des orages lunaires, des histoires de martien à qui mieux mieux et tes tripes qui baignent sur le parvis.

Et pourtant…
Un morceau de rêve, un bonbon à la menthe et ta douleur dans l'atmosphère. Des feux tout fou dans les bras de Morphée et ta matière grise qui brûle dans la lumière. C'est le bal des furies sous le feu d'Eole, c'est ta putain de vie dans un tsunami.

Et pourtant…
Une bulle de jazz dans la stratosphère, un petit bout d'azur décroché du ciel et ton blues dans l'immensité sous la ronde des astres… ton âme en délire au milieu des flammes, ta rage dans le vent, ton souffle sur les éléments et de la lave dans tes artères.

Et pourtant…
Un petit bout de ciel rien que pour ta gueule sous le regard des anges et ce putain de mystère, sous la voûte, impossible à éluder. Un loukoum sur la voie lactée, un joujou incontrôlable et toute ta putain de sève pour ce challenge. La cerise sur le gâteau, si j'ose, peut-être…

Et pourtant…
Un parfum, une alchimie, et ta mémoire qui bloque sur le nonos. Ta vie entière sur ce brasier et ton essence qui se consume à la vitesse de la lumière. Une pluie de lasers sur ta solitude et une ode lyrique, si jamais, au milieu du néant.

Et pourtant…
La vie, comme ça, la mort quelquefois, l'instant de grâce sur un moment bénin et un petit bout insaisissable dans l'œil du cyclone. Les rires fusent, les larmes abondent, la ronde des mélancolies et la rage de tes neurones pour seul appétit. Un banquet dans la cour des miracles, une incursion sur le panthéon, une immersion chez ton cousin poison et ta balance qui a pété les plombs.

Et pourtant…
Un bouquet de chimères sur un lit d'étoiles en parterre, un ballet nuptial d'éphémères… des odes, des ballades et un concert de casseroles… des mélancolies qui passent, des rêves, des humeurs, des cauchemars dans l'atmosphère… et mon spleen qui vogue sur un tapis volant dans la nuit des iles a fond les gamelles, a fond les ballons.

Et pourtant…
Du fond de ma retraite, moitie ermite moitie anachorète, un croissant de lune en guise de lampe de chevet, des feux follets dans mes cheveux et ce sourire crétin, image de mon reflet, j'ose trois pas dans le silence des dieux… et vous salue, filles, dames et messieurs, amis lecteurs, avec panache et respect… poil au nez.

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

Une lame de fond, un bruit sourd et profond, une lande qui émerge, un bouquet de jungle sur un désert marin, un volcan qui sommeille quelque part en Asie dans l'Océan Indien.

Des nuages qui roulent déboulant sur l'azur comme un bataillon de furies et une mer renversée sous un ciel d'écume embrasé par un soleil englouti.

Des images qui passent à une vitesse folle et le même visage qui apparaît sur ce rivage oublié.

Une fille qui se réveille sous les tamariniers, un petit bout de grâce à s'en décoller la rétine et des éclats de rire sous des lambeaux d'azur.

Un mystère aussi épais que la planète terre, aussi léger que l'atmosphère, aussi dense que d'étoiles un parterre.

Un petit bout de ciel sur un morceau de rêve et toute la voûte concentrée sur cette grappe de soleil au beau milieu du firmament.

Ma vie pour une danse avec elle, mon souffle dans son haleine, sa main dans la mienne pour une ronde éphémère, moitie cigale moitie grillon, et les racines du ciel dans nos artères.

Mes yeux sur ce croissant à jamais posés et les mille et une fièvres de son regard dans mes prunelles, dans mes iris, plantées.

Mes yeux sur cette étoile née, la même que celle du berger, et ma vie portée par ce mystère impossible à éluder.

La foudre qui tombe sur ma poire et un ballet de vents en furie sur mon chemin d'errances empli de grimaces et de parades sauvages.

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 PUTAIN QUELLE AVENTURE !

Je me mate le crépuscule sur Rawai, de la balle ! Des arabesques pourpres comme je les aime et une ribambelle d'écarlates à couper le souffle. C'est de la dynamite ! Ca calme la folie... ou bien ça la multiplie, je sais pas trop. Je crois bien que tout alimente ma démence, en chemin, je fais feu de tout bois afin de me renverser le neurone tout azimut et poser quelques proses sur ce putain de papier. Je côtoie les muses depuis si longtemps... un peu dans la lune, quoi, et tout le feu de la terre qui déferle sur mon être dans le silence des dieux... Putain, quelle aventure !

Bon, vous, ça a l'air d'aller, non?! Le festival de la mousson commence, il parait, c'est la saison des crapauds buffles et de leurs opéras survitaminés, le temps des feux follets et des concours de chants par nos amies cigales. Ca ravive la mémoire que ces tremplins musicaux, tout revient à la surface sous le regard des anges, intact, même pas une virgule éludée, tu replonges dans l'atmosphère comme si tu y étais, comme autrefois, un retour à La Genèse, quoi, inouï. Putain, quelle aventure !

Merde, alors ! C'est l'ami Sek Losso qui déboule à l'instant dans la radio, mon chanteur Thaï préféré, j'en ai la cervelle qui fume et toute mes pores qui éructent, un million d'émotions, d'émois s'engouffrent dans l'histoire, des tranches de vie comme des quartiers d'oranges resurgissent au milieu de mille et une dingueries, c'est la foire aux mélancolies. C'est le bordel, oui ! Dire que la folie nous guette entre deux continents, deux furies... Entre mistral et mousson. Putain, quelle aventure !

Allez, je m'en remets un petit verre, un petit bout de volupté échappé des enfers à la gloire des poètes maudits dans le néant qui nous entoure. Un petit air fou afin de se protéger de toute démence environnante entre fureur et délire. Putain, quelle aventure! Sinon, bonne Songkran... putain, quelle aventure !

Voici venu le temps des joutes aquatiques et des ballets ludiques, le temps de la nouvelle année. Allez, un petit expresso pour la route, j'en suis a mon vingtième, un de plus, un de moins, quelle importance, ça fait bouillir la cervelle, c'est tout, c'est l'antidote contre Alzheimer m'a avoué mon cardiologue, un martien échappé de l'asile qui fume comme Gainsbourg. Un pote, quoi. Et voila que les cieux pleurent sous la voûte... c'est pas gagné. Putain, quelle aventure !

Ma fille tente de m'expliquer que la Terre est ronde en me montrant un globe, je lui réponds que c'est tout des conneries et que la terre est plate, bien sur, il faut pas écouter tous les vents qui passent. Qu'est-ce qu'ils sont cons, les mioches, à cet age, c'est inouï. Elle me sollicite afin de l'éclairer sur les chemins de la vie, dit-elle, je me garderai bien d'y filer le moindre conseil étant donne que j'ai a peu près toujours fais le contraire de ce qu'on m'a dit de faire. J'avais bien une ou deux certitudes, autrefois, mais depuis, elles ont volées en fumée. Donc, je me tais et ne l'ouvre que quand je n'ai rien à dire, sage principe. Putain, quelle aventure !

Ah, j'oubliais, je revais à la plage, incroyable, une décennie que je n'y avais foutu les pieds. Ma sirène de gonzesse m'entraîne dans son sillon, elle manque d'iode la petite fleur de lotus et plonge quotidiennement dans l'océan pour se ressourcer. Elle me fait son cinoch, la demoiselle de la mer, elle me la joue naïade et se métamorphose à souhait, juste pour ma volupté... putain, quelle aventure !

Entre Rawai et Nai Harn, j'hésite... le rivage ou le large?! Ces deux paysages me titillent le neurone, deux tremplins aux mélancolies, deux panoramas sous la voûte qui collent bien à mon délire, à mes folies qui dansent sous des lambeaux d'azur... putain, quelle aventure !

Allez, je me lance, je me jette dans la vie, splash, et tant pis pour la suite, j'ai perdu mon parachute... Putain, quelle aventure !

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

Ca va, vous?! Les volcans se réveillent, il parait, dans les îles insoumises, la terre bouge et les raz de marées déferlent sur les rivages, c'est la saison des tsunamis ! Les hommes meurent, et ceux qui restent les pleurent... Et nous, pauvres fous égarés dans la multitude, écrasés de ténèbres, on déambule dans les décombres, on marche sur les ruines, on court sur les braises, le regard hanté par notre destinée, notre calvaire...

Les dieux n'en ont cure, ils sont blasés. Leurs orgies et banquets terminés, repus à souhait, ils se rendorment dans leur sommeil opiacé. Nous, les damnés, on garde la misère comme seul attribut, peines et labeurs comme pain ou riz, les tourments pour seule joie, seul avenir...

Un ange qui passe, un vertige, une ivresse... et mon âme qui galope dans les enfers. Hyènes et vautours à mes trousses, je zone dans les bas fonds à la recherche de mon moi évaporé, de mon péché.

Allez, venez ! Je vous emmène danser sur les volcans, nous irons toucher au feu sacré, nous irons prendre le pouls de la bête, dans les entrailles de notre terre, de nos tombes.

Bon, j'ai remplacé les tisanes par le café... ça fait chuter la température, il parait.

Un peu de musique, une clope, des folies qui dansent dans la tête... et c'est reparti sur le fil de l'existence tel un funambule perché sur le palais des vents, à l'assaut des tempêtes et des furies qui passent...

Entre fièvres siamoises et délires paludéens, je me réveille au milieu des marées dans un océan de mangroves. Un dédale de racines gît sous les palétuviers, des cathédrales burlesques surgissent entre mer et chlorophylle, et tout un monde semi aquatique émerge de cette fange surréaliste, c'est la fête aux reptiles, aux batraciens.

Des lézards géants, gros comme des longtail-boats, déboulent des Enfers et menacent comme Cerbère pendant que mille et un oiseaux de feu, martins-pêcheurs et pitas, nous la font Septième Ciel. Ils se la jouent multicolore, nos amis piafs, et se drapent des plus beaux atouts, c'est l'heure des voluptés. Crabes, moustiques et sangsues se jettent dans les interstices et inondent vite les derniers espaces afin de participer au festin. On dirait que l'atmosphère change... serait-ce moi, le dîner ?!

Enfin, un rayon de soleil perce à l'horizon, le déluge touche à sa fin, le sud thaïlandais gît sous des inondations historiques et nous baignons dans un décor surréaliste, c'est l'apocalypse...

Je me rappelle... des flamboyants sur la route, des écarlates en délire sous l'azur, un océan de chlorophylle et des pitons karstiques plantés comme des obélisques sous la voûte... des mosquées, des temples rutilants érigés entre ciel et terre...

l'asphalte qui défile et mes neurones qui claquent dans la lumière... je me rappelle.

Les paysages roulent sur mes paupières et semblent surgir d'un songe. C'est sûr, c'est ici qu'est né le monde !
Carpe Diem

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

Soumise à la clémence des flots de la Mer Andaman , Rawai la douce se réveille d'un sommeil de mille ans rattrapée par un réseau urbain tentaculaire aux allures balnéaires. Phuket Ville s'étend désormais jusqu'à son seuil révolutionnant ce rivage légendaire.

Sur un bouquet de palmes décroché de l'azur est venu se poser mille et une résidences pour retraités occidentaux en quête d'un éternel été et d'une jeunesse retrouvée. Au volant de rutilants 4/4 et autres Fortuner, ces messieurs nous provoquent d'étonnants embouteillages avides de croissants pour leur petit déjeuner ou bien pressés et quelque peu angoissés de rater cet heure annonçant l'apéro sous les cocotiers. Bars et boulangeries abondent dans les sois, les ruelles qui parcourent ce lieu et des accents citadins circulent sur le domaine des génies chassés aujourd'hui de leur panthéon terrestre. Les voilà tous rejetés à la mer comme de vulgaires icônes du passé, remplacés par des klébards enragés, cerbères de la modernité aux portes des propriétés qui s'étalent tout autour.

Et pourtant Rawai recèle toujours cet indéfinissable charme issu de la création, il suffit d'ouvrir les yeux sur les contours et de doucement les refermer à l'approche des muses venant pique-niquer au hasard du rivage sous les feux de Morphée. Une alchimie particulière se mélange à l'atmosphère dans la nuit des îles pendant que les crapauds buffles s'égosillent sur un air de mousson. C'est Rawai la nocturne entre mer et parterre étoilé au-dessus des nuages qui dansent sous la voûte. C'est Rawai l'indomptable parfumée d'essences siamoises dans le silence des dieux sous le regard des anges, c'est Rawai la rebelle éprise d'éternité, là ou les Mokens vinrent se sédentariser, il y a de cela plus de deux mille ans, ces fameux gitans de la mer qui élirent ce rivage pour le rendre animé et désormais mythique.

C'est mon Pérou à moi dans ce royaume épique, c'est ce petit bout d'Asie qui colore ma vie, c'est mon croissant de lune, mon étoile du berger, mon temple sacré, ma chapelle Sixtine, mon rêve illuminé.

J'y ai même croisé le fantôme de Jean Boulbet.

O Rawai ! Tu danses dans ma mémoire…

La lettre de Thierry Costes, sur rawai.fr, Phuket

 QUI ES-TU LES TOURISTES

Phuket et plus particulièrement Rawai Beach ont jadis eu la réputation d'être une destination de 'backpackers' venus profiter d'un cadre exceptionnel où il faisait bon vivre. L'ambiance hippie décontractée où s'entremêlaient odeurs de patchoulis affiné à l'encens et soirées électriques finissant au levez du soleil sur la plage ont longtemps été l'image de Rawai.

Les 'visiteurs' arrivaient en nombre - mais pas en masse - des quatre coins du monde curieusement nommé occidental, composés de contingents anglais, allemands, américains, australiens, italiens et, ne nous oublions pas, français. Entre 25 et 40 ans, rarement en couple - nous étudierons ce phénomène ultérieurement -, l'oeil vif, avide de découvertes exclusives et particulièrement joyeux lorsque se profilait l'heure des 'happy hours' dont on gardait les lieux presque secrets tant il étaient rares ...

De retour en l'an de grâce 2011 de notre ère, beaucoup d'anciens 'visiteurs' se trouveront fort étonnés du changement radical qu'a subi la plage de Rawai et ses proches alentours. Non pas que le charme tropical dela région ait succombé aux appétits féroces des 'prometteurs' immobiliers,Rawai se présente aujourd'hui comme une vraie destination internationale, accueillante pour tous où l'on échange ses expériences en russe, en polonais, en espagnol, en tchèque, en portugais, en arabe, en farsi ou en chinois pour ne citer qu'eux.

Les familles nombreuses ont choisi Rawai pour son calme, son large choix d'activités et d'excursions et surtout pour ses tarifs abordables si l'on compare les ardoises pratiquées sur d'autres plages à la réputation très sulfureuse dont bien entendu, nous tairons les noms par respect pour nos lecteurs les plus jeunes. Ainsi Rawai est devenue la belle cosmopolitaine de l'île de Phuket où l'on peut encore se parler, où on ne sourit pas qu'à votre porte monnaie et où l'on rit et prend le temps de vivre, loin des ghettos à milliardaires ou autres bas fonds aux lampions rouges où les "my friend" deviennent chaque jour plus effrayants.

D'où que vous nous lisiez, de Téhéran à Bogota en passant par Johannesburg, Rawai la moderne vous souhaite la bienvenue et vous accueillera comme il se doit.

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On peut découvrir la ville de Phuket, la baie de Phang Nga, les plus beaux temples de la province, Koh Phi Phi et d'autres sites aussi surprenants les uns que les autres...

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